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Grande-Bretagne : le Brexit aggrave la crise de régime
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
La fin de l’année 2018 a été pénible pour la Première ministre britannique, Theresa May. Au fil des semaines, son autorité n’a cessé de décliner dans la population, mais aussi dans son propre parti et parmi les dirigeants européens.
En cause, l’impasse des négociations sur le Brexit. L’année 2019 débute dans la plus grande incertitude sur la façon dont la Grande-Bretagne va formellement quitter l’UE. Aucun accord n’a été trouvé entre la Grande-Bretagne et l’UE. Or la date limite, pour le grand saut, a été fixée au 29 mars prochain.
May minoritaire
Après deux ans d’intenses négociations avec l’UE, l’accord négocié par Theresa May n’a réussi qu’une chose : unir contre lui une majorité de députés. Qu’ils soient contre la sortie de l’UE (les « remainers ») ou, à l’inverse, pour une rupture claire et nette avec l’UE (les « hard brexiters »), tous ont une raison de s’opposer aux termes de l’accord auquel étaient parvenus May et les dirigeants européens. Les protestants nord-irlandais du DUP s’opposent à l’idée d’une frontière entre leur île et le reste de la Grande-Bretagne, prologue éventuel à une réunification de l’Irlande. De leur côté, les remainers trouvent que la rupture proposée est trop nette – et les brexiters, qu’elle ne l’est pas assez !
Virtuellement minoritaire au Parlement, May a dû se lancer dans une tournée des capitales européennes, pour supplier qu’on lui cède quelques miettes supplémentaires. Mais les dirigeants de l’UE sont restés inflexibles. Sauver la peau de Theresa May n’est pas leur priorité. Ils ont leurs propres intérêts à défendre. En refusant un accord trop souple avec Londres, ils veulent faire passer un message clair aux autres pays européens : « on ne peut pas à la fois quitter l’UE et bénéficier de ses avantages ».
Dans l’impasse, le gouvernement britannique a dû reporter le vote du Parlement sur l’accord, initialement prévu le 11 décembre. Immédiatement, les brexiters conservateurs ont demandé un vote de confiance interne au parti. Les députés conservateurs ont voté, May a tremblé, mais a finalement survécu : à 200 voix contre 117, elle a été maintenue à la tête de son parti et du gouvernement. Cependant, elle n’a jamais été aussi faible – et son parti, aussi divisé.
Guerre interne
De fait, les brexiters du parti conservateur détiennent un droit de veto sur l’accord de May. Ils rêvent d’un Premier ministre issu de leur rang. Ils entretiennent l’idée absurde que le Brexit permettra à leur pays de regagner sa « souveraineté » et sa grandeur passée. A les entendre, le Brexit serait la solution miracle aux problèmes économiques du pays ! Il n’en sera rien. La crise du capitalisme britannique va se poursuivre – et même s’aggraver. Par ailleurs, une Grande-Bretagne « indépendante » de l’UE ne sera qu’un satellite de l’impérialisme américain.
Le fait est que le grand patronat britannique a perdu le contrôle de la situation – et du parti conservateur. On ne peut exclure une scission : l’aile « modérée » (hostile au Brexit) du parti conservateur pourrait s’unir à l’aile droite du parti travailliste (également hostile au Brexit). La date butoir du 29 mars approchant, les appels à un gouvernement « d’union nationale », au nom de « l’intérêt général », se font de plus en plus pressants.
Un nouveau référendum ?
Une idée grandit parmi les partisans du maintien dans l’UE : organiser un nouveau référendum, dans l’espoir d’annuler le résultat du premier. Ils n’ont qu’une envie : mettre fin à toute cette histoire, qui de leur point de vue est insensée. Mais l’organisation même d’un tel scrutin dévoilerait le peu de crédit que les dirigeants accordent au résultat d’une élection démocratique. Cela aggraverait la crise de régime du capitalisme britannique. Theresa May a souligné qu’un nouveau référendum « romprait la confiance du peuple britannique ». Mais cela n’a pas empêché Amber Rudd, ministre du Travail, de la contredire en appelant à l’organisation d’un nouveau scrutin « si le Parlement échoue totalement à trouver un consensus ». Les violons du gouvernement sont irrémédiablement désaccordés.
Le pire scénario, pour la classe dirigeante, serait qu’un nouveau référendum se tienne et confirme le Brexit. Compte tenu de la volatilité de la situation, on ne peut l’exclure. Du point de vue des dirigeants pro-UE, le coup est donc trop risqué pour être tenté (en plus des autres problèmes politiques et démocratiques). Et même si un nouveau référendum se prononçait pour le maintien dans l’UE, cela ne mettrait pas fin à la division de la classe dirigeante britannique et de ses représentants politiques.
Le Brexit ne pourra pas être remisé et oublié. Il n’y a pas de retour en arrière possible. Les dirigeants britanniques apprennent à leurs dépens que l’instabilité politique est la nouvelle normalité, sous le capitalisme.




