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Pourquoi Bordeaux est l’autre capitale des gilets jaunes
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Ce samedi 19 janvier, pour l'acte X, la préfecture de Gironde s'attend encore à une forte mobilisation.
POLITIQUE - Pour le dixième samedi consécutif, les regards seront tournés vers Paris où les gilets jaunes envisagent de se rassembler sur l'esplanade des Invalides ce samedi 19 janvier. Mais aussi vers le sud-ouest où deux villes ont pris l'habitude d'être le théâtre d'importantes mobilisations.
Comme Toulouse où Maxime Nicolle sera cette semaine, Bordeaux est devenue au fil des semaines la capitale du mouvement en régions ; très régulièrement 5000 personnes s'y rassemblent autour de la place de la Bourse. Pour le sociologue Frédéric Neyrat, qui y a observé les manifestations bordelaises dans le cadre d'une vaste étude nationale menée par Sciences Po Bordeaux, le choix de ce lieu est symbolique puisqu'il représente le "Bordeaux bourgeois, celui de la puissance et de la richesse commerciale".
Frédéric Neyrat y voit aussi une explication conjoncturelle. "Il y a aussi une dynamique de mobilisation. A Bordeaux, on sait qu'il va y avoir du monde. C'est très agréable. Les gens viennent, reviennent. Le monde attire le monde", indique-t-il à l'AFP.
"Bordeaux est un petit Paris"
Mais le chercheur, comme plusieurs observateurs et acteurs de la vie politique locale, pointe aussi des raisons plus profondes qui ont fait de la préfecture de Gironde un réceptacle de la colère. "Aujourd'hui, Bordeaux est une nouvelle ville, un petit Paris. Les différentes sociales s'y sont considérablement accentuées", note-t-il.
C'est également le constat fait par Vincent Feltesse, ancien président PS de la métropole bordelaise et actuel adversaire du maire Alain Juppé. "Bordeaux est un territoire où tout ce que dénonce les gilets jaunes est concentré. C'est par exemple ici que les prix de l'immobilier ont le plus augmenté ces dix dernières années. Certes la ville est régulièrement en tête des palmarès mais il y a un sentiment de relégation et de ségrégation qui est né, créant un ressentiment très fort", pointe l'ex-conseiller de François Hollande.
Cela se manifeste, illustre Frédéric Neyrat, par la présence importante dans les manifestants de personnes venues du Médoc et du Blayais, "deux territoires qui, en terme d'indicateurs sociaux, sont des zones de relégation". Député LREM de Gironde, Véronique Hammerer dit entendre des revendications similaires dans la bouche de ces électeurs. "Les retours que j'ai chez moi dans le Blayais et depuis longtemps, c'est le mépris de la métropole 'Y en a que pour Bordeaux'. C'est valable pour la mobilité, le logement, les services publics", explique-t-elle à France 3.
Juppé abandonne une idée polémique
S'il n'élude pas le fait que "la gentrification des métropoles est une tendance nationale voire occidentale", Vincent Feltesse n'exempte pas Alain Juppé de certains reproches. "Il y a une défaillance politique locale, notamment dans la construction de logement social qui n'est pas suffisante ou dans les coûts d'accès à certaines infrastructures locales comme le stade de football ou la cité du vin", souligne le socialiste.
Après avoir pointé les violences dans sa ville et appelé au calme, l'ancien premier ministre a pris une première décision en réponse à cette crise. Pour combattre l'idée d'un Bordeaux des riches contre une Gironde en souffrance, Alain Juppé a renoncé à l'idée de métropolisation qui aurait confié à la métropole les compétences dévolues au département (collège, routes, solidatrité...), annonce France 3 ce vendredi. "La métropole bordelaise n'est pas repliée sur elle", disait-il lors de ses voeux à la presse le 9 janvier en annonçant aussi des "assises du territoire".
Elles sont sa réponse, à l'échelle locale, aux problématiques mises à jour par les gilets jaunes.