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Cinema: Yao

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Brève publiée le 21 février 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

Film français de Philippe Godeau, 1 h 44, sorti le 23 janvier 2019. 

À la fois quête des racines, conte, et road trip à travers le Sénégal : Omar Sy nous propose le film de ses rêves. Il s’agit une adaptation du roman de l’autrice ivoirienne Véronique Tadjo, le Voyage de Yao. Yao est un enfant à l’esprit voyant et déterminé qui va faire sortir Seydou Tall – un auteur franco-sénégalais à succès incarné par Omar Sy – de son confortable séjour d’auteur au pays des origines. Tall a grandi en France, et il vit comme amputé d’une partie de lui-même : cette rupture du lien avec le pays de ses parents se manifeste par sa difficulté à nouer des liens assez forts avec son fils. Il décide donc de voyager dans le cadre d’une biennale des arts et des lettres à Dakar, et de l’y emmener. Or tout ne se passe pas comme prévu : son fils ne vient pas. Il se rend donc seul là-bas et est rattrapé par son milieu social et sa position d’immigré : pas tout à fait d’ici, pas tout à fait de là-bas.

Variété spirituelle et culturelle

Cette rupture du lien filial et du lien avec le pays est renforcée par deux images contrastées de la société sénégalaise : il y a d’un côté la bonne société, avec pas mal de blancs, qui définit ce qu’est la culture. De l’autre, des pauvres, riches de valeurs et de savoirs ancestraux. Entre les deux, il faut choisir, et l’image la plus saisissante du film suit l’atterrissage au Sénégal. Tall arrive un vendredi après-midi et, embarqué dans une voiture avec chauffeur, il file à travers la ville à toute vitesse, trop vite à son goût. Mais c’est trop tard : la ville est paralysée par la prière du vendredi et le voilà bloqué dans sa voiture, entouré des siens qui prient devant lui. Cette scène à la la fois mélancolique pour le personnage, est aussi une dénonciation de l’islamophobie en France… 

Yao, prénom qui signifie « vendredi » en Baoulé (langue d’un groupe ivoirien), va aider Tall à sortir de sa prison dorée. Le petit garçon, venu de l’autre bout du pays pour le voir, initie le grand auteur au Sénégal. Juste retour car c’est le roman de Seydou Tall, Fils de tailleur, qui lui a donné des ailes. Les deux sont fils de tailleurs, quoi de mieux pour tisser des liens ! Leurs discussions sont cocasses, enjouées, les personnes qu’ils rencontrent sont autant d’exemples de la variété spirituelle et culturelle du pays. Reste une question en suspens, soulevée par une merveilleuse chanteuse malienne en itinérance (interprétée par Fatoumata Diawara) : alors que Tall lui propose de faire connaître son talent en France, elle lui répond fièrement que ça ne l’intéresse pas. Les artistes africains ont-ils besoin d’aller en France pour faire carrière ?

À mille lieues des représentations misérabilistes et des poncifs racistes et coloniaux sur les AfricainEs, ce film est un véritable coup de cœur pour qui veut connaître ou reconnaître l’Afrique de l’Ouest conté par le regard franco-sénégalais d’Omar Sy. Le film est un bijou esthétique et sonore grâce aux compositions de Mathieu Chédid.

Sellouma