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"Les manifestions expriment un ras-le-bol contre un système qui verrouille l’Algérie depuis 1962"
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a annoncé qu’il briguait un cinquième mandat consécutif à la tête du pays. Mais la population montre de plus en plus de signes d’impatience et beaucoup appellent publiquement à une alternance politique. Pour en parler, Akram Belkaïd, journaliste au Le Monde diplomatique spécialiste du monde arabe, est l’invité de La Midinale.
VERBATIM
Sur la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à sa cinquième réélection
« Ce qui fait la colère des manifestants et le refus d’un cinquième mandat, c’est qu’il est clair que si Abdelaziz Bouteflika se représente, en connaissant la nature du système politique algérien et la manière dont sont organisées les élections, il ne fait nul doute qu’il sera réélu. »
« Bouteflika, c’est le candidat du système, le candidat du pouvoir et on ne peut pas imaginer qu’il puisse être battu à la régulière. »
« Il y a beaucoup de gens qui ne vont pas se présenter. »
« L’histoire des scrutins présidentiels en Algérie montre qu’à chaque fois qu’on a cru que les jeux seraient compliqués pour Bouteflika, on se retrouve avec des scores supérieurs à 80%. »
Sur la démocratie en Algérie
« On ne peut pas parler de démocratie en Algérie. »
« L’Algérie, c’est une démocratie de façade. »
« Le pouvoir algérien n’a, pour le moment, jamais accepté l’idée d’une défaite électorale. »
« La seule fois où on a assisté à une défaite électorale du système, c’était en 1991 et ça a conduit à l’annulation des élections et aux drames que les Algériens ont connu dans les années 1990. »
« Dans un pays comme l’Algérie et comme dans beaucoup de pays arabes, avant de parler de démocratie, parlons d’Etat de droit. »
« Les droits fondamentaux des Algériens ne sont pas respectés. »
« Le système ne respecte rien et change les règles à la mesure de ses intérêts. »
Sur les manifestations actuelles contre le pouvoir algérien
« Le danger, c’est que la violence prenne le pas sur le reste. »
« A chaque fois qu’il y a eu de la violence en Algérie, le système s’en est toujours sorti. »
« Les manifestations actuelles sont intergénérationnelles et concernent tout le pays sans dimension régionale ou régionaliste. »
« Les manifestions sont l’expression d’un ras-le-bol contre un système qui verrouille l’Algérie depuis l’indépendance. »
Sur la situation actuelle de la population algérienne
« L’Algérie étouffe dans un carcan dans la mesure où c’est un pays qui a énormément de potentiel, de richesses et notamment humaines mais où tout est bridé : les initiatives personnelles, la volonté de développer des entreprises ou de faire des choses par soi-même. »
« Le système actuel entend régir la vie des Algériens. »
« Les schémas de pensée remontent aux années 60-70 au moment des luttes contre l’impérialisme et le colonialisme mais qui aujourd’hui ne sont plus que des discours creux qui s’alimentent d’eux-mêmes sans concéder aucune ouverture politique. »
« Les Algériens sont tenus dans un cadre assez serré résultant de la mainmise du pouvoir depuis l’indépendance : absence d’alternance politique, problèmes de corruption fondamentaux, incapacité à avoir de vrais débats sur les questions de société (éducation, réforme des hôpitaux…). »
Sur les intérêts qui veulent qu’Abdelaziz Bouteflika conserve le pouvoir
« Ceux qui veulent que Bouteflika reste au pouvoir, c’est tous ceux qui veulent que le statu quo perdure ad vitam aeternam. »
« Il y a une rente – pétrolière notamment – à se partager et il y a une sorte d’équilibre qui s’est créé au sein du pouvoir entre divers clans… sans qu’ils aient réussi à s’entendre sur un successeur. »
« Le pouvoir algérien a toujours été un pouvoir qui s’inscrit dans le court terme. C’est pourquoi il veut aujourd’hui seulement gagner un répit de cinq ans. »
Sur le rôle de la France en Algérie en 2019
« L’Algérie est indépendante et la France n’a pas son mot à dire par rapport à la situation mais il y a énormément de relations économiques, les liens politiques sont importants, les dirigeants politiques français ont des relais en Algérie et vice-versa. »
« On a vu des choses étonnantes, notamment lorsque François Hollande était président d’un pouvoir français qui faisait semblant d’avaliser à 100% la thèse d’un Abdelaziz Bouteflika capable de diriger l’Algérie. »
« Il y a des arrière-pensées, des contrats et position économique à préserver : c’est honteux pour la France et pour la diplomatie française. »
« Aujourd’hui, les autorités et la diplomatie françaises sont un peu embêtées et préfèrent garder le silence – et c’est une bonne chose. »
« Il ne faut pas que la France s’occupe de trop près de ce qu’il se passe en Algérie parce que ça pourrait donner des arguments au régime algérien pour conforter la thèse de la main de l’étranger. »
« Dès que les Algériens commencent à manifester contre le pouvoir et leur gouvernement, c’est la théorie du complot qui ressort immédiatement. »




