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Algérie: le point ce dimanche avec un camarade du PST
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
“Coordonner tout ça pour essayer d’imposer une autre Algérie, qui répond aux besoins de ses travailleurs, ses chômeurs, ses étudiants, des femmes, des masses populaires”
Crédit Photo: ANZAR . PHOTO
LT est militant du PST à Bejaïa. Il fait le point avec nous ce dimanche 10 mars, début de la semaine en Algérie, après la mobilisation du 8 mars, la décision du pouvoir d'avancer les vacances universitaires et le début de grève de masse dans le pays.
Où en est la mobilisation ?
La grève générale est un fait. Tous les secteurs sont touchés, la Sonatrach est en grève : dans les raffineries du sud, à Bejaïa, à la direction à Alger, dans la filiale Naftal, même s’il est difficile de savoir à quel niveau précis. Les établissements publics sont fermés, les secteurs industriels privés sont touchés eux aussi. À Bejaïa, le port et la zone industrielle, à Akbou la zone industrielle et les établissements publics sont fermés. Pas mal d’universités sont occupées à la suite de la décision du ministre de fermer les universités avant l’heure.
Le mouvement est donc spontané ?
Les travailleurs, les enseignants, les étudiants, ont appelé à désobéir à la décision du ministre, de rester dans les universités et de les occuper. À Alger, à Tizi Ouzou, à Bejaïa le mouvement est très fort. Il s’agit de décrédibiliser la décision du ministre, d’empêcher qu’elle s’applique.
Tous les établissements scolaires sont en grève : école, lycées, universités. Il y a aussi les établissements publics, comme les impôts, qui sont en grève. Tout est bloqué.
Et au-delà de la fonction publique ?
C’est l’effet boule de neige qui a provoqué la grève et qui entraîne tout le monde. À Cevital, la direction est en conflit avec l’état et cherche à surfer sur la vague populaire. Elle a laissé faire les travailleurs… mais de toute façon, elle n’aurait pas pu les empêcher.
Il y a pas mal de sections syndicales qui remettent en cause la décision de la direction de l’UGTA de soutenir le pouvoir. Ils ont rejoint le mouvement avec des appels concrets. Actuellement, les bastions industriels, les bastions combatifs sont en rassemblement ce dimanche.
La section syndicale de l’Eniem, l’usine d’électroménager de Tizi Ouzou s’est désolidarisée de la direction de l’UGTA1. Il y a aussi la déclaration de la section locale du secteur industriel de Rouiba2. Il y en a un certain nombre d’autres qui ont pris cette décision. Avec la grève d’aujourd’hui, la direction de la centrale syndicale n’a plus le contrôle sur sa base militante, sur la base des travailleurs. On espère que cela conduise à une remise en cause de la hiérarchie pour imposer une centrale syndicale au service des travailleurs. C’est l’orientation qu’il faut se donner.
Quelles perspectives proposez-vous au mouvement ?
On appelle à deux choses : le service minimum dans la santé, le commerce, les transports pour ne pas bloquer la population. La grève partout, avec le mot d’ordre de donner une auto-organisation et une coordination à tous ces secteurs en grève pour aller de l’avant.
Il faut coordonner les différents secteurs industriels, les services, mais aussi les travailleurs et les régions. On appelle les quartiers, les communes, les populations pour s’auto-organiser pour créer des comités de base pour coordonner tout ça. Ça avance dans les universités, dans des communes.
Je considère qu’on peut parler d’une révolution, car la révolution est l’irruption des masses sur la scène politique. Des millions d’Algériens sont mobilisés, sont dans la rue. Tous les secteurs, sans exception, sont touchés. Mais il n’y a pas de coordination. La nécessité de la coordination est d’être efficace dans ce processus révolutionnaire, efficaces pour remettre en cause le pouvoir en place et imposer un autre système, qui répond aux besoins aux besoins des masses. Si les travailleurs sont en grève, c’est parce que leur situation est désastreuse. Leur pouvoir d’achat est désastreux. Les libertés syndicales sont bafouées. Les chômeurs n’ont pas de travail, les étudiants ne sont pas satisfaits de leurs conditions pédagogiques. L’universités publique, gratuite, ouverte à toutes et à tous, n’est pas garantie, ils demandent une autre université.
Il faut donc coordonner tout ça pour essayer d’imposer une autre Algérie, qui répond aux besoins de ses travailleurs, ses chômeurs, ses étudiants, des femmes, des masses populaires. Le moyen le plus efficace est de s’organiser pour imposer une assemblée constituante représentative de cette majorité de travailleurs. C’est le meilleur moyen d’aller dans ce sens.
L’auto-organisation et la coordination entre tous ces secteurs, les démunis qui sont en lutte, c’est pour empêcher l’opposition ultra libérale, qui a assez de moyens financiers, l’accès aux médias privés, de surfer sur cette vague pour imposer sa présence comme alternative. Ils ont des moyens, nous on n’a que notre mobilisation, notre auto-organisation pour empêcher tout courant, tout groupe, toute personne de s’autoproclamer dirigeant de ce processus révolutionnaire.
Propos recueillis par Antoine Larrache





