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Au Mexique, le mouvement zapatiste à nouveau mobilisé

Mexique

Brève publiée le 13 mars 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://information.tv5monde.com/info/au-mexique-le-mouvement-zapatiste-nouveau-mobilise-289590

Vingt-cinq ans après le soulèvement au Chiapas, le mouvement zapatiste fait à nouveau parler de lui. Dans sa ligne de mire, les grands travaux du président de gauche Andres Manuel Lopez Obrador qui dirige le Mexique depuis 3 mois.

"A bas la mal gouvernance !", "Nous n’allons pas accepter qu’ils viennent ici nous détruire !". Nous sommes au coeur du territoire zapatiste. La région est autogérée par le mouvement révolutionnaire. Sur le bord de la route, des affiches sont là pour le rappeler. Ce soir-là,  le camp de la Realidad ressemble à un camp militaire. Les combattants de l'EZLN, en treillis complet, passe-montagne sur le visage ont défilé toute l'après-midi devant des invités triés sur le volet. Les critiques fusent à l’encontre du nouveau président mexicain pourtant de gauche, Andres Manuel Lopez Obrador. Les combattants, pour la plupart des petits paysans des villages voisins sont venus débattre, évoquer les combats à venir. Et danser jusqu’à l’aube.

Anonymat

Les combattants de l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) portent tous la cagoule. L'anonymat est une manière pour le mouvement d'imposer une égalité de fait. Tout le monde est tout le monde. Pas de différence de sexes. Les décisions se prennent conjointement. 

Objet de cette nouvelle révolte, le projet d’un gigantesque train touristique qui reliera bientôt la grande station balnéaire de Cancun plus à l’est au principaux sites archéologiques Maya, la grande civilisation indienne du sud, au Yucatan. Quelques jours plus tôt, le président Lopez Obrador est venu demander à certains représentants indiens la permission de construire son train.
La démarche n'a pas convaincu Oscar Espino, membre du Congrès National Indigène, affilié au mouvement zapatiste : "Aujourd’hui, le président a même fait croire qu’il demandait l’autorisation à la terre-mère. Mais tout cela ressemble plutôt à du théâtre, s'indigne-t-il. Soi-disant qu’il respecte la terre ! On sait très bien que ce qu’ils vont faire, c’est la dévaster, en mettant en péril la bio-diversité et la méga-diversité culturelle et écologique. Alors nous allons nous défendre."

Culte de la lenteur

Le Chiapas regorge de richesses et notamment de pétrole, mais c'est aussi la région la plus pauvre du Mexique. Après les accords de San Andrès signés en 1996, concédant plus d’autonomie et une reconnaissance des droit indigènes, les zapatistes se sont organisés en Conseils de Bon gouvernement, en opposition à la mal gouvernance des autorités centrales. Comme ici au Caracol d’Oventik, une communauté autogérée par ses habitants, avec ses lieux de réunions, son dispensaire médical, son école. Là, l’état ne rentre pas. "Un Caracol, ou escargot en espagnol, fait référence au coquillage que les mayas utilisaient pour appeler la communauté à se réunir, explique l'historien Jérôme Baschet. C’est là que siègent les conseils de bon gouvernement. Dans la philosophie Maya, l’escargot, c’est aussi le culte de la lenteur, avec la symbolique de la spirale, anti-linéaire, c’est lento pero avanzo, lentement mais j’avance".

A 29 ans, Esperanza est sympathisante zapatiste. Elle dirige avec son compagnon une petite exploitation agricole, solidaire et bio. Elle a fait partie du premier rassemblement féministe zapatiste dans l’un de ces Caracols en mars 2018. Elle raconte : « J’étais encore à l’université lorsque j’ai découvert le mouvement zapatiste. J’étais sensible à leur lutte contre les politiques néo-libérales de nos gouvernants, la lutte pour les indigènes. Et puis Amlo (surnom du président Andres Manuel Lopez Obrador, NDLR) a changé, il n’est plus le candidat de gauche comme en 2006. Son discours a beaucoup évolué ces 12 dernières années. Et en réalité, la Gauche n’est pas contente de ce changement ». 

San Cristobal de la Casas, là où le soulèvement a débuté en 1994, est devenu le haut lieu du tourisme zapatiste, où l'on vient s’inspirer du modèle révolutionnaire local. Avec ses marchés traditionnels, cette région sous contrôle zapatiste, semble avoir davantage résisté à l’américanisation culturelle du pays, loin des centres commerciaux et des fast food. Au Mexique, deux visions de la gauche semblent désormais s’affronter, l’une centralisatrice, social-libérale, l’autre, proche de la philosophie Maya, dans le respect de l’environnement et de la diversité.