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    16 mars au soir : où en sommes-nous en France ?

    Gilets-jaunes

    Brève publiée le 17 mars 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://aplutsoc.org/2019/03/17/16-mars-au-soir-ou-en-sommes-nous-en-france/

    Les pendules à l’heure.

    Les manifestations de ces 15 et 16 mars 2019 ont un mérite : avoir remis les compteurs à zéro, ou plus exactement avoir remis les points sur les i. Le « grand débat » (ni grand, ni un débat) n’y a rien changé, la perte de légitimité de l’exécutif de la V° République est entière, et les forces sociales d’en bas sont en mouvement, plus ou moins rapidement, plus ou moins lentement, mais en mouvement.

    Il était parfaitement prévisible et prévu que le mouvement des gilets jaunes, qui s’était conforté dans l’idée qu’avec la fin officielle du « grand débat » il allait en force se rappeler au bon souvenir des gouvernants ce samedi 16 mars, reproduirait à cette occasion les formes qui avaient fait sa force explosive, parce que ce sont les formes de l’insurrection populaire démocratique, en décembre dernier : la concentration sur Paris et ses beaux quartiers, vers l’Élysée.

    Le pouvoir exécutif a, une fois de plus, délibérément favorisé et recherché la violence, en concentrant l’essentiel des forces armées de l’appareil d’État sur la protection de l’Élysée évacué par le président (au dire par exemple de l’UNSA-Police), de façon à ce que les médias mettent en évidence les dégradations sur les Champs, cela non pas en laissant agir « les casseurs » comme le déplorent les « syndicats » policiers, mais en violentant à nouveau les manifestants, la population. Macron était parti ostensiblement au ski et est revenu tout aussi ostensiblement. Ces gesticulations tournent à vide : les scènes de violence ne renforcent pas l’image du pouvoir et l’incendie du Fouquet’s peut difficilement passer pour « la profanation d’un symbole républicain ».

    Certes, c’était là une répétition, un rappel, rien de plus, mais rien de moins, indiquant que la lame de fond, en gilet jaune ou non, est là et va encore se déployer.

    Important est à cet égard le fait que les gilets jaunes n’étaient pas isolés, et que le mouvement mondial dans la jeunesse pour que la crise climatique soit enfin prise à bras le corps, une exigence qui menace l’ordre capitaliste dont le taux général de profit reste addict aux hydrocarbures, s’est développé simultanément, avec la seconde vague de grèves lycéennes de masse dans le pays depuis celle de décembre et les larges manifestations de ce samedi.

    Il résulte donc de la « mise au point » opérée par ces deux journées de vendredi et de samedi, que la crise n’est en rien réglée et que la cassure que le président Macron et le régime de la V° République ont subie n’est pas réparée. Nul besoin ici de s’appesantir sur le « grand débat » !

    Le régime de la V° République, animal blessé.

    Mais en même temps, l’exécutif et le régime ont tenu. Dans quel type de régime sommes-nous exactement ?

    Avant la crise pré-révolutionnaire de novembre-décembre-janvier, Macron avait entrepris de restaurer la V° République dans tout son autoritarisme, par la mise en œuvre de réformes antisociales violentes visant à faire « drastiquement », comme disent les journalistes, baisser le niveau de vie réel des plus larges masses – ce qui a commencé à se produire.

    Plus qu’une restauration, c’était même un achèvement de la construction bonapartiste de la V° République, qui était engagé. Ce régime en effet, était resté à mi-chemin dès ses origines, ce qui permet aux constitutionnalistes de le qualifier pompeusement de « régime semi-présidentiel ». A la différence du Premier et du Second Empires, il ne s’est pas formé par des guerres de conquête, mais dans la guerre coloniale perdue d’Algérie, c’est-à-dire en assurant la préservation de l’impérialisme français face à la première révolution algérienne.

    Taillé pour le général De Gaulle, il a conduit à la grève générale de mai 68. Resté plusieurs décennies dans une situation intermédiaire, où un parlement sans pouvoir législatif réel était néanmoins nécessaire à la légitimité présidentielle, ce que le quinquennat, avec le calendrier électoral présidentielles-législatives, devait pérenniser, il s’avérait trop fragile pour mener à son terme l’offensive capitaliste engagée depuis des années contre l’ensemble des acquis sociaux et démocratiques.

    Macron prétendait donc le parachever, comme Sarkozy avant lui, et comme Hollande et Valls après le crime de masse du Bataclan. Un jeune roi de France, avec une garde prétorienne menée par son pote Benalla, et une assemblée de larbins en mode start up, avec une révision constitutionnelle à la clef annulant le caractère de couverture de l’exécutif qui était encore celui du parlement, pour en faire une chambre d’applaudissements à la façon du Premier et du Second Empires. Comme on le sait, c’est précisément l’affaire Benalla qui a produit le report de cette révision constitutionnelle, que Macron, Castaner and co envisagent de refourguer au nom du « grand débat ».

    Car ils n’ont pas le choix. Leur seule raison d’être est la poursuite des « réformes » voulues par le capital financier. Or ils sont politiquement cassés. Plus jamais Macron ne sera le jeune roi de France pour lequel on a voulu le faire passer et pour lequel, sans doute, il s’était pris. Comme il n’y a pas, pour l’heure, d’alternative du point de vue du capital financier, il lui reste à passer du statut de jeune roi à celui de vieux patriarche autoritaire, en faisant oublier le moment où il fuyait devant la population un soir de décembre au Puy-en-Velay, tel Louis XVI reconnu à Varennes. Voila qui est loin d’aller de soi.

    Donc l’exécutif prépare la mise en œuvre des « réformes » déjà programmées, contre les retraites, par ordonnances sur le système de santé, et en tout premier lieu les lois Blanquer et Dussopt, la première s’attaquant aux libertés démocratiques des personnels de l’enseignement public ainsi qu’à son caractère national, la seconde s’attaquant au statut de tous les fonctionnaires, en généralisant la contractualisation, ainsi que, pour ce faire, aux attributions des commissions administratives paritaires où siègent les représentants syndicaux. Telles sont les lois les plus urgentes du point de vue de ce pouvoir, avant même la contre-réforme contre les retraites annoncée de très longue date. Il est essentiel de comprendre que leur urgence tient à ce qu »elles touchent aux libertés publiques, en détruisant fonction publique, services publics, école publique, en tant qu’institution dont les règlements et statuts avaient intégré des conquêtes sociales égalitaires.

    Du coup, ces deux lois scélérates que sont les lois Blanquer et Dussopt sont en cohérence profonde avec la loi « anti-casseurs », ou plutôt anti-gilets jaunes, qui permet aux préfets d’interdire à tel ou tel individu, arbitrairement, d’exprimer son opinion en manifestant.

    Le fait que l’auteur de cette dernière loi scélérate soit le dirigeant LR Bruno Retailleau a son importance. La peur sociale a agrégé au pouvoir macronien une partie de la vieille camarilla néo-gaulliste de LR, avec les ralliements « spectaculaires » de M.M. Juppé (dont la nomination au Conseil constitutionnel n’a pas d’autre signification) et Raffarin.

    L’adoption, dans la loi Blanquer, du ridicule amendement Ciotti sur la Marseillaise et le drapeau dans les salles de classe, venant renforcer l’article 1 sur un prétendu « devoir d’exemplarité » des enseignants, a le même sens. Il s’agit de reconstituer le bloc présidentiel non plus en prétendu parti du mouvement, mais en parti de l’ordre social menacé, uni par la haine sociale contre les gueux.

    Les gueux, justement, frappés, énucléés, massivement … et Macron qui ose dire qu’il est « inadmissible dans un État de droit » de parler de « violences policières » !

    Le niveau de violence d’État en France n’a jamais été tel depuis la première révolution algérienne, celle contre laquelle est né ce régime, qui l’appelle « guerre d’Algérie ». Le négationnisme officiel sur la violence vaut permis de frapper, de même que le silence sur les morts, dont au moins une, Mme Zineb Redouane, a été clairement tuée par des tirs policiers (à sa fenêtre). Le procureur de Paris assume d’ordonner la garde à vue illégale de tout gilet jaune appréhendé, de même que les arrestations préventives. Symbolique est la polémique entre l’ancien ministre chiraquien, « défenseur des droits », Jacques Toubon, et le ministre Castaner, qui fait de M. Toubon un défenseur de l’État de droit contre l’illibéralisme violent de ce pouvoir.

    Il faut le dire : la France est clairement sortie de l’État de droit. Cette tendance à la « sortie du droit » (du droit bourgeois avec toutes ses limites, mais aussi ses garanties) a été récurrente sous la V° République. Elle est à présent ce qui reste de la tentative d’achèvement du bonapartisme par Macron. L’accumulation de lois, mais aussi le non respect assumé des lois par président, ministres, certains procureurs et certains commissaires, dessinent en France une situation où il ne tient qu’au rapport de force social, dans les entreprises et dans la rue, de tenir en respect la dérive vers une situation à la Orban ou à la Erdogan.

    Nous avons donc affaire à un régime bonapartiste affaibli, qui, tel une bête blessée, est d’autant plus dangereux.

     Montée dans l’enseignement public et dans la jeunesse.

    Dans cette situation, l’étape suivante est constituée par la journée d’action de mardi 19 mars, appelée par la CGT, la CGT-FO, la FSU et Solidaires. Ce n’est rien de plus qu’une journée d’action, une fois de plus, appelée longuement à l’avance sans tenir compte du rythme réel des mobilisations. Mais il est clair, dans le secteur de l’enseignement public, qu’elle va être importante – premier appel « interpro » à être suivi massivement dans ce secteur depuis des années. Car, que ce soit dans les écoles, chez les profs, chez les lycéens, et dans les facs, il y a montée vers l’affrontement dans ce secteur, qui, faisant écho à la crise pré-révolutionnaire de novembre-janvier, et découvrant l’ampleur des attaques – « réforme du lycée », suppressions de postes, cartes scolaires, loi Blanquer et loi Dussopt – est à nouveau entré en mouvement, pour la première fois à cette échelle (même si ce n’est pas encore à ce niveau) depuis 2003, et après plusieurs années de reflux.

    Voila qui confère à nouveau une responsabilité particulière à la FSU qui, pour l’heure, en même temps que ses syndicats, sections et militants animent un nombre croissant de lutte locales, appelle à des manifestations le samedi 30 mars. La question qui va se poser est celle de manifester centralement aux ministères, de l’Éducation nationale et de l’ « Action et des Comptes publics » (rappelons qu’il n’y a plus de ministère de la Fonction publique dans l’exécutif Macron, mais un secrétariat d’État), de généraliser et de centraliser ces affrontements locaux en train de se multiplier, car tous ont le même contenu : le retrait des lois Blanquer, Dussopt et de la réforme du lycée. Ce qui ne signifie rien d’autre qu’infliger une nouvelle défaite à l’exécutif, sur la voie de son renversement.

    Un mot sur les élections européennes.

    Dans ce contexte, la préparation des élections européennes apparaît comme un théâtre d’ombres, totalement déconnectées des préoccupations et des mouvements réels.

    En l’état actuel, ce scrutin ne peut que servir Macron. Non pas qu’il parvienne à nouveau à passer pour l’anti-Orban et l’anti-Poutine, ce qu’il n’est pas, mais qu’il faisait croire plus facilement avant ces derniers mois. Mais la décomposition de la gauche, des partis issus du mouvement ouvrier, décomposition qui concerne aussi la FI qui avait voulu passer pour la solution « populiste », ainsi que le caractère même de ce scrutin, consistant à élire une assemblée bidon préposée à la figuration, font que, toutes choses égales par ailleurs, le parti de l’ordre autour de Macron, d’une part, et le RN (flanqué des divers « souverainistes »), d’autre part, ont la voie libre pour former deux blocs électoraux équilibrés, le RN et les « souverainistes » étant les faire-valoir de Macron (et LR étant étrillé entre les deux). Le tout sur fond d’abstention massive.

    La bataille politique de l’heure n’est pas celle-là.

    Même sur les questions européennes, la bataille politique de l’heure n’est pas la préparation de ce scrutin, mais l’action de solidarité active avec la seconde révolution algérienne qui a commencé – et qui va impacter la crise de régime en France, c’est obligatoire ! -, le soutien aux prisonniers politiques catalans de la monarchie espagnole, la défense du droit d’asile pour tous les migrants arrivant par la Méditerranée, et la prise en compte (nous y reviendrons) de l’impasse politique totale et combinée de l’UE et du Royaume-Uni.

    La bataille politique de l’heure est dans la lutte pour la rupture de tout « dialogue social » des syndicats avec le pouvoir, et la centralisation des luttes sociales qui, à leur rythme, sont dans un processus de montée.

    Car c’est bien là une bataille politique, et c’est dans cette bataille, visant à dégager Macron, le régime de la V° République et à imposer la démocratie à tous les niveaux, que peut et doit se construire la force politique représentant le prolétariat et la majorité.

    16-03-2019.