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Quand la tête de liste de LFI donne des conseils de répression au gouvernement
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Après s’être insurgée contre le vote à l’assemblée de la loi anti-casseurs, Manon Aubry, tête de liste LFI aux européennes, estime que « l’arsenal juridique est suffisant pour arrêter les casseurs. » Rejoignant les positions de la droite, elle reproche au Ministère de l’intérieur de ne pas mieux utiliser ses capacités de répression. Une attitude à l’opposé des traditions du mouvement ouvrier.

Un appel au ministère de l’intérieur pour réprimer les casseurs !
Il y a une semaine, les députés de LFI ont fait partie des 81 députés, avec un certain nombre de députés PS, qui ont déposé un recours auprès du conseil constitutionnel contre la loi anti-casseurs, votée à l’assemblée avec un taux significatif d’abstentions dans les rangs de laREM.
Mais, après l’acte 18 et les affrontements du 16 mars, le mouvement opère un spectaculaire changement de braquet. Interrogée sur France info à propos des « violences », la tête de liste aux élections européennes, Manon Aubry, estime que disposant de « l’arsenal juridique suffisant » le ministère de l’intérieur devrait interpeller les casseurs. « Arrêtez-les ». Renvoyant en boomerang à Castaner, qui affirme « connaître les casseurs », ses propres déclarations, elle va même jusqu’à lui donner le mode opératoire : « Dès qu’ils cassent une vitrine, arrêtez-les. Je pense que le maintien de l’ordre en sortirait bien grandi. Il ne faut pas laisser agir les casseurs. ».
Et de faire appel, au « maintien de l’ordre », semblable en tous points dans son propos aux représentants de droite, voire d’extrême droite, qui se relaient pour condamner les atteintes à l’ordre public perpétrées dans le cadre des manifestations des Gilets Jaunes. Sous couvert de critique, c’est finalement un bon coup de main qu’elle donne à Macron tandis que, franchissant un pas déterminant dans l’escalade répressive, il annonce, pour le week-end prochain, le recours à la mission militaire antiterroriste Sentinelle.
Non, tout le monde n’est pas d’accord
« Tout le monde est d’accord pour arrêter les casseurs. Personne ne cautionne ça »ajoute la représentante de LFI. Elle accrédite ainsi non seulement sa propre position, mais aussi celle de Macron qui se targue de représenter la volonté générale et les lois de la République lorsqu’il prend de telles décisions. Dans son souci d’opérer un clivage entre les « bons » gilets jaunes et ceux qui éprouveraient des sympathies ou protègeraient les plus subversifs, qu’ils soient Gilets Jaunes ou Black blocs, elle lui apporte une sérieuse caution.
Ce faisant, il semble que la LFI ait quelque peu oublié les valeurs traditionnelles communes du mouvement ouvrier. Lors des manifestations et des insurrections qui ont jalonné son histoire, il n’a jamais été admis de confier à la police, force de répression de l’Etat bourgeois aux côtés de l’armée, le soin de réprimer la violence populaire, d’où qu’elle vienne.
Ce n’est pas un hasard si les cortèges du mouvement ouvrier, quel que soit le niveau de conflictualité d’une manifestation, d’un rassemblement ou d’une occupation, se dotent systématiquement d’un service d’ordre.
Il a toujours été dans la tradition du mouvement ouvrier de prévenir les risques que certains pourraient, dans leur colère, ou éventuellement leur malveillance, faire subir aux intérêts qu’il défend ou à ses manifestants eux-mêmes. Mais en aucun cas il ne s’agit de s’en remettre à la police pour effectuer ce travail.
Il est regrettable que la tête de liste de la LFI ait piétiné un principe aussi essentiel à l’indépendance de classe et à la lutte des opprimés.




