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Les fermes-usines se multiplient partout dans le monde

agriculture écologie

Brève publiée le 23 mars 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://www.anti-k.org/2019/03/23/les-fermes-usines-se-multiplient-partout-dans-le-monde/

notre-planete.info, 20 mars 2019

Végétalien, végétarien, flexitarien, paléo, cétogène… Tous ces régimes atypiques recensent de plus en plus d’adeptes. Ces modes alimentaires traduisent un malaise insistant de notre société dû à une prise de conscience de nos excès alimentaires. Parmi les aliments sur la sellette, la viande. Pour être précis, la viande issue de l’élevage intensif, fabriquée dans des fermes-usines dans le seul but de rassasier des populations entières, quel qu’en soit le prix.

Depuis plusieurs années, beaucoup de lanceurs d’alertes, mettent en garde contre certaines de nos habitudes alimentaires comme la surconsommation de sucre, de sel, mais aussi du lait de vache. L’exercice n’est pas facile tant les lobbies sont puissants et les consommateurs addicts. Une de ces industries qui n’échappent pas à la règle, c’est bien l’industrie de la viande. Entre des éleveurs qui se sentent menacés et des consommateurs culpabilisés, la dénonciation des dérives de l’élevage intensif n’est pas un exercice simple. La production de viande industrielle a grande échelle répond à une demande de plus en plus croissante des consommateurs et réciproquement, cette consommation de viande est incitée par la publicité des grands groupes et chaînes de fast-food. La nourriture transformée n’a jamais été aussi disponible, abondante et bon marché dans l’histoire de l’humanité.

Pour suivre la cadence, les fermes-usines se sont multipliées. Les conditions de vie des animaux y sont déplorables et la viande qui en ressort de très mauvaise qualité. La robotisation des animaux connaît son paroxysme. Longtemps signe de richesse, manger de la viande est devenue une habitude quotidienne. Derrière cette réalité, des prix de plus en plus bas, rendus possibles par des infrastructures hors normes, une mécanisation déraisonnable et un non-respect du rythme biologique des animaux. Les premières fermes-usines sont apparues en France il y a moins de cinquante ans. En prenant un peu de hauteur, on remarque des hangars immenses, des silos imposants, contenant des dizaines de milliers d’animaux qui ne voient jamais la lumière du jour. Il n’est pas très difficile d’imaginer l’entassement des animaux dans de tels locaux. Plusieurs caméras cachées ont fait des millions de vues sur internet pour dénoncer cette maltraitance animale.

L’élevage intensif en chiffres;

En France :

  • 83% des 800 millions de poulets de chair sont élevés sans accès à l’extérieur (ITAVI, 2016) 
  • 69% des 48 millions de poules pondeuses sont élevées en batterie de cages (CNPO, 2016)
  • 99% des 36 millions de lapins sont élevés en batterie de cages (ITAVI, 2006)
  • 95% des 25 millions de cochons sont élevés sur caillebotis en bâtiments (CNPO, 2016)

Les fermes-usines se construisent dans le monde entier

1ère puissance agricole d’Europe et 8ème du monde, la France est en cours de mécanisation massive des exploitations. Bien qu’à la traîne par rapport à la Suède, l’Allemagne ou encore les Pays-Bas, l’objectif est à peine dissimulé : rivaliser à l’échelle internationale avec les géants du secteur agro-alimentaire. Pour cela, la robotisation des exploitations, l’augmentation de la rentabilité et par conséquent l’élevage d’une quantité démesurée d’animaux par exploitation est nécessaire pour cette compétition. L’élevage intensif est rendu possible grâce à de nouvelles technologies présentant des avantages certains pour faciliter la pénibilité du travail des éleveurs. Néanmoins, l’extension des fermes-usines se heurte aux associations militantes pour le bien-être animal et n’est pas très bien accueillie par l’opinion publique en générale. Pour preuve, le cas de la « ferme des 1000 veaux » dans la Creuse. Cette exploitation qui comptait près de 400 animaux, a été autorisée il y a un an à s’étendre dans le but d’accueil 800 bovins.

Le photographe reporter George Steinmetz, a sillonné la planète une année pour jauger de l’impact de l’élevage intensif. Il s’est concentré plus particulièrement sur trois pays : les Etats-Unis, le Brésil et la Chine. Il a découvert entre autres, que le sperme pour inséminer les vaches en Chine était importé du Canada et qu’aux Etats-Unis, 99 % de la viande consommée provient de l’élevage industriel. Des pratiques absurdes, monnaie courante dans ce milieu, qui a de quoi effrayer et interroger.

Avec l’Arabie Saoudite, on passe à un niveau nettement supérieur. Le pays s’est doté d’une des plus grandes fermes laitières du monde. Un format XXL dans laquelle on dénombre près de 94 000 vaches ! Un nombre qui donne le vertige, tout comme celui de la production, soit plus d’un milliard de litres de lait par an. Plus de 2 800 personnes travaillent sur cette exploitation jour et nuit.

En Asie, la Chine devient rapidement un « bon » élève de ce secteur, comme en témoigne les multiples fermes usines qui apparaissent chaque jour. Dans la province du Heilongjiang, la « Big Farm » est conçue pour accueillir à terme pas moins de 100 000 vaches. Le pays voit sa consommation de viande par habitant augmenter. Grand importateur de viande de porc, l’élevage intensif se généralise pour répondre à la demande.

Le Brésil reste un eldorado pour les exploitations à grande échelles. La ferme Granja Mantiqueira ne détient pas moins de 4 millions de poules entassées à 26 par cage. Un mode de production permettant de récolter 2,7 millions d’œufs par jour. Il n’est pas difficile d’imaginer le stress des animaux et la basse qualité des aliments qui y sont produits.

Les trois menaces majeures de l’élevage intensif

1) Problème éthique

Selon Florence Burgat, philosophe et directrice de recherches à l’INRA, l’alimentation carnée serait liée à une obsession humaine de nous distinguer des animaux. La maltraitance animale, notre surconsommation de viande aurait un lien avec notre façon de considérer la vie animale comme inférieure à la nôtre ou un moyen de nous rassurer que nous, êtres humains, nous ne sommes pas des animaux. Cette réflexion discutable n’en est pas moins intéressante puisqu’elle pourrait expliquer en partie notre capacité à fermer les yeux sur les conditions d’élevage pratiquées au sein des fermes usines ainsi que notre déni de responsabilité quand nous achetons de la viande issue de l’élevage intensif. Même si nous assistons à une prise de conscience, le sujet reste encore tabou.

Sélection génétique, mutilation forcée, entassement, stabulation, séparation des nouveau-nés des mères, reproduction artificielle et accélérée, mortalité élevée, voilà le quotidien des animaux élevés en fermes-usines. Des pratiques d’un autre âge, qui mettent à mal les progrès fait ces dernières décennies en matière de bien-être animale.

2) Problème de santé publique

Les scandales sanitaires impliquant la viande se sont multipliés ces dernières années : La vache folle durant la décennie 1986-1996, l’épidémie de grippe aviaire en 2003 partie d’Asie, l’affaire Spanghero de 2013 avec de la viande de cheval originaire de Roumanie retrouvée dans des lasagnes ou encore récemment de la viande d’animaux malades de Pologne, envoyés sans contrôle dans une dizaine de pays de l’Union Européenne. La liste est longue. Tous ces scandales ont fait de quelques dizaines à plusieurs centaines de morts. C’est toute la sécurité alimentaire qui est remise en question. Face à ces scandales à répétition, une défiance émerge progressivement vis-à-vis de l’industrie agro-alimentaire. Les consommateurs se montrent davantage exigeant, les normes et contrôles s’intensifient. Malgré tout cela, beaucoup opposent un mouvement de résistance en adoptant un régime alimentaire sans viande, et les raisons invoquées sont multiples, tantôt sanitaires, tantôt écologiques ou les deux à la fois.

Les risques élevés de propagation des maladies dans les espaces confinés des fermes-usines font que les animaux prennent des doses importantes d’antibiotiques. Les animaux sont parfois soumis à des parasitoses inhabituelles dans les élevages intensifs, ce qui nécessite un suivi vétérinaire particulier. En 2009, 1 000 tonnes d’antibiotiques ont été administrés aux animaux d’élevage en France et 50% de la production mondiale d’antibiotiques est destinée aux animaux.

3) Problème écologique

Même si l’industrie agro-alimentaire ne pollue pas autant que l’industrie pétrolière et textile, la quantité de gaz à effet de serre reste importante. Selon le rapport de l’ONG Oxfam International publié en mai 2014, les dix plus grosses entreprises du secteur (Associated British Foods, Coca-Cola, Danone, General Mills, Kellogg’s, Mars, Mondelez International, Nestlé, PepsiCo et Unilever) émettent chaque année 263,7 millions de tonnes de gaz à effet de serre. C’est un peu plus que la Finlande, la Suède, le Danemark et la Norvège réunis. Paradoxalement, les gaz à effet de serre libérés par ces élevages proviennent principalement de la production de nourriture pour nourrir les animaux eux-mêmes ! Des aliments tel que le soja sont acheminés depuis l’autre bout du monde avec tous le transport longue distance et les engrais utilisés que cela implique et responsable de nombreuses déforestations.

L’élevage industriel pollue les terres, les eaux et les mers. En 2006, l’ONU et la FAO ont décrit l’élevage intensif comme un des contributeurs les plus importants des problèmes environnementaux graves actuels. 7 900 litres d’eau sont nécessaires pour obtenir 1kg de protéines carnées. Les fermes-usines polluent les nappent phréatiques en rejetant des nitrates via l’épandage des déjections des animaux en grandes quantités qui finissent dans les cours d’eau. En Bretagne, ces déjections sont en grande partie responsables du problème des algues vertes.

Avec l’élevage intensif, l’homme a franchi un pas de plus dans son divorce avec la nature.

Question du gaspillage alimentaire

Pour sa défense, l’industrie agro-alimentaire affirme qu’il faudrait une production supplémentaire de viande de 70 % d’ici l’horizon 2050 pour nourrir une population mondiale qui atteindra les 9,6 milliards d’individus et que seul l’élevage intensif peut atteindre cet objectif. Il s’agit d’une stratégie pour justifier ces fermes-usines. Bien entendu, l’industrie agro-alimentaire omet volontairement le problème d’épuisement des sols.

La principale raison de la faim dans le monde est la non redistribution des denrées alimentaires. Le même argument est utilisé pour justifier la commercialisation et l’expansion de notre alimentation génétiquement modifiée et transformée des OGM.

Avec des produits transformés à bas coût, le gaspillage alimentaire est inéluctable. La conscientisation des aliments n’existe presque plus dans nos pays occidentaux. On mange pour le plaisir, pour remplir son estomac, on mange sous le coup des émotions, on vit pour manger et non l’inverse. C’est un chamboulement assez récent dans l’histoire de l’humanité puisque le corps humain depuis son existence a toujours plus manqué de nourriture que l’inverse. Biologiquement parlant, notre corps n’est pas prêt. Pour preuves, les nombreuses maladies liées à un excès de nourriture recensées dans les pays riches et ceux en voies de développement. La disponibilité permanente des produit issus des fermes-usines et de l’élevage intensif, explique en partie le gaspillage alimentaire massif. La viande n’est plus un luxe, elle est devenue quotidienne et accessible. Jeter quelques morceaux de viande à la poubelle n’est plus aussi choquant, le supermarché n’étant jamais bien loin.

Vers un retour au pâturage extensif ?

A l’opposé des fermes-usines et de l’élevage intensif, le pâturage ou élevage extensif (connu sous le terme anglo-saxon « ranching ») est une méthode d’élevage avec laquelle les animaux vivent de manière peu concentrée dans les pâturages. Hormis le sel et le fourrage en cas de sécheresse, aucun apport supplémentaire de nourriture n’est requis. Les animaux sont choisis parmi les races dites rustiques, c’est-à-dire adaptées au milieu dans lequel elles vivent.

L’élevage extensif est un mode d’élevage séduisant au regard de la dure réalité des fermes-usines. Le pâturage extensif peut paraître comme un idéal difficilement applicable à l’échelle planétaire aujourd’hui, bien qu’il s’agisse du modèle d’élevage initiatique utilisé depuis la nuit des temps par l’homme. Sans essayer de retourner en arrière dans l’absolu, il est urgent de trouver une forme d’équilibre entre « le trop » et le « pas assez », sans quoi, l’humanité sera la plus grande perdante, la nature ayant la faculté de se réguler d’elle-même. Les fermes-usines et l’élevage intensif ne sont pas des modèles viables sur le long terme pour l’ensemble des habitants qui peuplent la Terre, pour les hommes comme pour les animaux.