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Les statistiques parlent : depuis 30 ans, la pénibilité explose

Brève publiée le 18 avril 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://ouvalacgt.over-blog.com/2019/04/les-statistiques-parlent-depuis-30-ans-la-penibilite-explose.html

Il y a les impressions, la vie de tous les jours, la réalité du travail, de la fatigue, du mal de dos. Ce n’est pas très clair, mais le sentiment que ça ne va pas dans le bon sens. D’un autre côté, on (les patrons, les chefs, les ministres, les politiciens…) nous explique que ce n’est pas assez, qu’il faut « encore » faire des efforts.

Et puis il y a les chiffres, bruts, froids, matérialistes. Qui disent la vérité, et ça craint.

La DARES (les études statistiques de l’INSEE, institut gouvernemental très officiel) a sorti le 18 février les résultats d’une enquête sur « les contraintes physiques et l’intensité du travail ». Une enquête sur 23 millions de salariés, menée à six reprises depuis 1984, enrichie par de nouvelles questions au fil des ans.

Le document (sauvegardé ci-contre) est carrément indigeste, une masse de 312 pages de tableaux autour de 27 questions, sans une seule ligne de commentaire. Mais passionnant au final : du coup le blog « Où va la CGT ? » (qui ne recule devant aucun sacrifice !) s’est tapé le travail et vous en présente une synthèse.

Synthèse partielle, sans aucun doute. Mais même pas partiale : la réalité crève les yeux. Rien d’étonnant si aucun journaliste économique ne se soit donné le mal d’en faire la une. C’est un peu trop dérangeant.

Alors, voici quelques éléments de réflexion, à méditer, face à toutes celles et ceux qui considèrent que la pénibilité n’est plus un sujet syndical (la Confédération en tête), à toutes celles et ceux qui considèrent qu’il ne faut plus parler pénibilité mais plutôt « Qualité de Vie au travail » parce que le mot fait trop sale, comme disait Macron.

Pour tous les camarades sensibles à l’exploitation, au cœur du capitalisme, c’est par contre une mine essentielle d’informations et de révélations pour nos collègues, pour montrer la réalité vraie des rapports d’exploitation

Le combat contre la pénibilité est un des combats au cœur de l’exploitation capitaliste, on ne répétera jamais assez, et c’est une trahison réformiste que de l’abandonner !

Nous allons présenter les résultats des 27 thèmes abordés en plusieurs grandes parties, dans un ordre différent de la synthèse de la DARES, pour mieux faire comprendre les conséquences de ces chiffres. La numérotation des questions est restée celle de la DARES, donc dans le désordre…

C’est un peu long, mais nous invitons les camarades à faire l’effort de la lecture. Cela vaut la peine.

A)    La réalité de la pénibilité

Il s’agit d’une succession de questions liées à diverses formes de la pénibilité (même si le terme n’est pas utilisé).

1 • Efforts physiques et contraintes posturales

-    50% des salariés restent trop longtemps debout
-    34% restent dans une autre posture fatigante
-    37% font des déplacements à pied long ou fréquents
-    40% portent des chargent lourdes
-    36% font des mouvements douloureux ou fatigants
-    17% subissent secousses ou vibrations

La dégradation tendancielle est permanente sur les six enquêtes depuis 1984, et concerne tous les ouvriers et les employés, les professions intermédiaires de l’éducation et de la santé, et les agents de maîtrise. Et cela quel que soit l’âge.

On retrouve des secteurs particulièrement touchés : transports et construction (vibrations), commerce hôtellerie restauration (station debout), l’agriculture et la construction (port de charges), industrie (un peu tout) etc. avec manifestement un très gros problème spécifique dans la fonction publique hospitalière.

2 • Nuisances sonores

Pareil, la dégradation est visible, on passe de 13,8% de la population salariée concernée à 15,7% entre 1984 et 2016, particulièrement dans toutes les professions industrielles (mais aussi dans le commerce et la restauration), les femmes un peu plus que les hommes. Le bruit, c’est le fléau du travail, et la seule chose qu’on nous propose c’est les EPI, protections malléables ou casque lourd…

3 • Risques professionnels

Il s’agit là de la respiration des fumées et poussières, ou d’être en contact avec des produits dangereux.
On constate une relative stabilité depuis 2005, avec une petite amélioration sur les fumées et poussières (probablement avec l’extension des aspirations). Cela dit, cela concerne quand même 30% de la population salariée totale, une paille, plus de 7 millions de travailleurs ! Cela touche essentiellement des ouvriers et techniciens de l’industrie, la construction ou l’agriculture, plus les hommes que les femmes. Les territoriaux sont également très concernés.

11 • Les rythmes de travail

(1)    Contraintes machiniques et techniques, dépendance vis-à-vis des collègues.

Il s’agit de la production automatisée, où le rythme de travail est imposé par le déplacement automatique d’un produit ou d’une pièce, par exemple le travail à la chaîne. Ou la dépendance vis-à-vis de collègues (il faut suivre un rythme collectif).

La proportion de salariés concernés est passée de 2,6% en 1984 à 7,4% en 2016 pour le déplacement automatique d’une pièce, de 4,4% à 7,1% pour la cadence automatique d’une machine, de 11,2% à 28,9% pour la dépendance vis-à-vis de collègues. Et c’est encore plus frappant chez les femmes ! Autrement dit, la soumission au processus de production, l‘aliénation de la force de travail s’est considérablement dégradée en 30 ans.

Après, on voit un état différencié assez logique selon les secteurs en fonction du processus de travail : plus d’automatisation dans l’industrie, plus de dépendances des collègues dans la fonction publique hospitalière.
Mais la tendance est la même. Pas une surprise pour nous qui sommes dans la situation, mais voilà qui remet à la place tous les beaux discours sur « la qualité de vie au travail ». C’est bien de pénibilité de l’exploitation qu’il faut parler !

12 • Les rythmes de travail

(2)    Normes ou délais à respecter, demande extérieure

Pareil, très forte dégradation entre 1984 et 2016, tout s’accélère. La part des salariés qui doivent respecter des délais de moins d’une heure est passée de 5,2% à 28,5%, et de ceux qui doivent répondre immédiatement à une demande extérieure est passée de 28,3% à 57,6%.

Autrement dit, moins de temps, plus d’urgence, etc. Évidemment un facteur de pénibilité supplémentaire.
Là, tous les secteurs sont concernés : ouvriers, employés, professions intermédiaires, cadres, dans tous les secteurs de l’industrie, du commerce et des services. C’est le processus de production dans son ensemble qui s’accélère, probablement aussi via les NTIC (nouvelles techniques d’information et de communication), dans une guerre économique de plus en plus effrénée.

13 • Les rythmes de travail

(3)    Contrôles hiérarchiques, contrôle ou suivi informatisé

Il s’agit là de la pression des chefs.

Logiquement, c’est la même tendance que l’accélération et l’automatisation : le contrôle hiérarchique permanent est passé de 17,4% de la population salariée en 1984 à 30,6% en 2016, avec un contrôle informatisé qui concerne maintenant 35,5% de l’ensemble des salariés.

Il n’y a pas de mystère : la concurrence s’accroit, l’urgence s’accélère, et pour que le capital y parvienne, il faut que la dictature d’entreprise s’accroisse en proportion.

14 • Le travail à la chaîne ou sous contrainte automatique

Le capitalisme détruit le corps et le cerveau des prolétaires. Encore une preuve : le travail à la chaîne ou automatisé passe de 2,8 à 5,4% de la population salariée (pratiquement le double) en 30 ans, entre 1984 et 2016, évidemment essentiellement les ouvriers (10,8 % de l’effectif) et encore plus les ouvrières (28,7% de l’effectif) concentrées dans les emplois déqualifiés. Elles et ils sont regroupés dans l’agroalimentaire, l’industrie et la restauration, avec un pic entre 25 et 35 ans, avant que le corps ne soit complètement cassé par les TMS…, les anciens jetés au chômage ou dans l’inaptitude.

Les chiffres sont impitoyables, comme l’est la réalité du capitalisme : l’exploitation détruit, la pénibilité n’est pas une formule excessive, c’est la vraie vie des prolétaires – plus de 1,2 millions de travailleurs quand même !

15 • Le travail répétitif

Le travail répétitif explose de la même manière, en passant de 20% à 42,3% de la population salariée totale, atteignant 61% chez les ouvriers et 84% chez les ouvrières !!!

Tous secteurs confondus, la décomposition du travail exploité s’accentue année après année, en concentrant les tâches intellectuelles chez une minorité, tout en accentuant le caractère répétitif, manuel et contraint chez une majorité toujours plus importante. C’est l’évolution « naturelle » du capitalisme qui trouve là le moyen d’augmenter l’exploitation (et donc le taux de profit, la rentabilité de ses capitaux) dans un contexte de guerre économique et de concurrence mondialisée de plus en plus féroce.

Là encore, les chiffres sont impitoyables…

18 • Abandon d’une tâche pour une autre non prévue

Non seulement le capitalisme accentue la division sociale du travail, de plus en plus répétitif, manuel, « décervelé », et il parcellise l’exploitation en micro-tâches de plus en plus distinctes, avec passage de l’une à l’autre au gré des priorités du capital – via bien sûr la hiérarchie.

Aujourd'hui, 65% des salariés doivent abandonner une tâche pour une autre non prévue (48% en 1991), et seulement 14% voient cela comme positif… On aurait pu s’en douter. A noter que cela concerne toutes les catégories sociales, des ouvriers aux cadres en passant par les personnels de santé, c’est d’ailleurs un facteur connu du burn-out, dans tous les secteurs économiques (un peu moins dans l’agriculture et les transports, logique quelque part…).

20 • Attention et vigilance

Très nette augmentation de l’attention et de la vigilance au travail : de 15% en 1984 à 43% en 2016, c’est encore un des effets de l’augmentation de la productivité au travail (en France, la productivité instantanée est une des plus importantes au monde) et donc de l’exploitation. Chasse aux temps morts, chasse aux défauts, augmentation des cadences, il faut être toujours plus vigilants, là encore les chiffres sont parlants. C'est bien sûr la fatigue nerveuse qui augmente...

Cette évolution en très forte hausse se constate dans toutes les catégories sociales, même si elle n’est que de 27% chez les cadres et de 61% chez les ouvriers.

B)    Les effets de la pénibilité sur la santé

On a regroupé là le rapport à la santé au travail, à la maladie, aux accidents.

8 • Dernière visite médicale avec un médecin du travail ou de prévention

L’évolution de la législation, et la quasi disparition de la médecine du travail ont des effets immédiats : la durée s’allonge et est maintenant supérieure à un an, alors qu’en 2005, les deux tiers des salariés avaient une visite médicale tous les ans. Les ouvrier.e.s restent un peu plus contrôlé.e.s, mais c’est exactement la même tendance sur la durée.

Alors que la pénibilité s’accentue, que les pathologies augmentent, la surveillance professionnelle se dégrade : les exploiteurs ne veulent pas de témoins directs à leurs agressions contre les corps et les esprits des travailleurs.

9 • Survenue d’accidents du travail

Le nombre d’accidents du travail continue à augmenter régulièrement, et passe de 6,9% de la population salariée en 2005 à 10,2% en 2016, essentiellement chez les ouvriers. Et on ne parle que des accidents déclarés, car la pression pour ne pas déclarer les accidents est de plus en plus forte, on le sait bien.

Les secteurs les plus touchés sont la construction, les transports, et chez les employés dans la restauration et la fonction publique hospitalière.

10 • Interruption, signalement et mesures de prévention

Il s’agit du nombre d’arrêts lors d’un accident du travail. La gravité est plus forte chez les ouvriers et les employés. Paradoxalement (mais qui s’en étonne ?) dans la fonction publique hospitalière, fort taux d’accident du travail (12,5%) mais très faible taux d’arrêt, bien plus faible que dans tous les autres secteurs : 44,8% pour un taux moyen de 53,3%. La pression idéologique pour le suivi des patients est plus forte que l’autoprotection des travailleurs par l’arrêt maladie : ce ne sont pas des machines qu’on a en face de soi, mais la souffrance d’êtres humains…

27 • Aller travailler en étant malade

Le % s’accroit, de 41,2% des salariés en 2013 à 43,9% en 2016 qui ont été malades au moins une fois – donc sur une courte période, la question est nouvellement arrivée dans le panel.

Il ne s’agit plus là de ressenti, mais de réalité objective, qui conforte la tendance générale au renforcement de la dictature d’entreprise, et à la dégradation des conditions de vie et de travail : même si on est malade, on va travailler, par crainte des chefs, de sanctions, ou de répercussions indirectes sur sa vie professionnelle.

C)    La perception de la pénibilité

Toute l’enquête montre une aggravation absolument incontestable de la pénibilité au travail.

Pourtant, une série de six questions finales donne l’impression de l’inverse :

-    Recevoir des ordres contradictoires (question 21)
-    Charge de travail jugée excessive (question 22)
-    Obligation de se dépêcher (question 23)
-    Travail sous pression (question 24)
-    Penser à trop de choses à la fois (question 25)
-    Penser à son travail en dehors (question 26)

Sur l’ensemble de ces six questions finales, les chiffres montrent soit une stabilité ou l’apparence d’une amélioration depuis 1998 ou 2013 selon les questions. Et en tous les cas une contradiction apparaît avec les résultats des questions précédentes.

Selon nous, la contradiction n’est qu’apparente et reflète la réalité du capitalisme, la contradiction entre la réalité (celle des chiffres) et sa perception (le ressenti).

C’est d’une part l’effet de l’acceptation/soumission/résignation que nous connaissons bien, ainsi que des offensives idéologiques du patronat : évaluations, discussions etc. L’effet aussi même des évolutions du capitalisme : plus le travail est parcellisé, plus la division sociale et technique du travail s’accroît, moins on s’interroge, plus ou réagit au coup par coup, sans réfléchir, une seule chose à la fois mais de plus en plus rapidement, sur injonction de la hiérarchie. Du coup, l’impression d’être moins sous pression, en mode « normal », sans s’interroger sur la réalité qui s’aggrave de fait.

C’est l’intégration dans les esprits de l’aggravation de l’exploitation (ce qu’on appelle l’aliénation) ; jusqu’au jour où ça explose sous la pression accumulée !

D)    Questions peu claires ou peu concluantes

Nous regroupons ici des questions dont les réponses sont peu concluantes en tant que telles, en général. Qui peuvent éventuellement être utiles dans des cas particuliers, mais, honnêtement, on n’a pas cherché à creuser. On les cite ici pour information.

D’abord trois questions (5, 6 et 7) sur les informations sur les risques du travail pour la santé, la formation à la sécurité, la connaissance du Document unique des risques. Les résultats montrent une amélioration des résultats au fil des ans, une meilleure information et connaissance des travailleurs, soit. Donc on est mieux informés, ce qui n’empêche pas que la pénibilité continue à s’accentuer… La belle affaire !

Et pour finir et compléter, les questions dont les résultats ne donnent rien… Du moins en notre première analyse. Après chacun peut se reporter aux tableaux originaux pour en faire son miel !

4 • Conduire un véhicule dans le cadre professionnel
16 • Atteindre des objectifs chiffrés précis
17 • Intervention sur la quantité de travail
19 • Suivre des procédures de qualité