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    En Indonésie, Aleta Kornelia Baun aux avant-postes du combat écologiste

    écologie Indonésie

    Brève publiée le 25 avril 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article48527

    Dans les années 1990, Aleta Kornelia Baun s’est opposée à l’exploitation du marbre sur son île de Timor. De nombreux combats plus tard, elle est devenue une icône de la protection de l’environnement et briguera, le 17 avril, un second mandat dans son Parlement régional.

    Une nuit de 1996, Aleta Kornelia Baun est réveillée en sursaut. Elle vient d’apprendre qu’une entreprise exploitant une mine de marbre a promis une récompense à quiconque l’éliminerait ce soir-là. Au milieu des ténèbres, la jeune femme attrape son bébé et s’enfuit dans la forêt. Pendant des jours et des jours, elle se cache, et elle finit par échapper à ce contrat placé sur sa tête.

    Si elle est menacée de la sorte, c’est parce qu’elle lutte contre l’exploitation du marbre dans la région du mont Mutis, sur la partie occidentale [et indonésienne] de l’île de Timor. Depuis les années 1980, ces activités mettent à mal l’écosystème de cette montagne considérée comme sacrée par le peuple mollo [lire encadré].

    "Je pleurais en voyant la roche éventrée et les arbres abattus, puis les blocs de pierre emportés loin de notre village.”

    Trois femmes résistantes

    Aleta parvient à convaincre deux autres femmes d’entrer en résistance. Toutes trois arpentent la région, vont de maison en maison, marchent parfois pendant six heures pour mettre en garde contre les dangers que représentent ces carrières de marbre.

    Aux femmes mollos qu’elles rencontrent, Aleta leur dit que les sources d’eau, les plantes comestibles et les pigments naturels utilisés pour leurs tissages proviennent tous des monts Mutis et sont menacés de disparition.

    Si Aleta conduit cette lutte, ce n’est pas uniquement à cause du risque d’une pénurie d’eau ou de nourriture. Mais pour une raison bien plus vitale.

    Un lien spirituel avec la nature

    Les Mollos croient en effet en l’existence d’un lien spirituel entre les hommes et la nature. Ils traitent l’écosystème qui les entoure comme leur propre chair. Quand les arbres sont abattus et que la montagne est éventrée, c’est comme si le corps des êtres humains était mutilé. Nausus, un des points culminants du mont Mutis, est considéré comme le lieu d’origine du peuple mollo.

    Aleta convainc de plus en plus de femmes mollos de s’engager à ses côtés. Parti de trois, son mouvement rassemble pas moins de 150 militantes en 2006. Cette année-là, elles décident de bloquer l’accès aux carrières en campant derrière leur métier à tisser au milieu de la route. Leur action s’étend sur une année.

    “Le tissage est devenu l’expression de notre résistance contre les carrières de marbre parce que toutes nos matières premières proviennent de la nature.”

    L’extraction du marbre stoppée par des tisserandes

    Après un an, face à la détermination de ces femmes qui tissent sans interruption au milieu de la route, les carrières de marbre du mont Mutis interrompent leurs activités. Mais, aux dires d’Aleta, ce n’est qu’en 2010 que l’entreprise finira par enlever l’ensemble de ses engins de la zone.

    Le combat d’Aleta a été récompensé par plusieurs prix pour la protection de l’environnement, dont le Goldman Environmental Prize en 2013.

    Si les femmes se sont trouvées propulsées au premier plan de cette mobilisation, c’est parce que, selon les croyances du peuple mollo, la femme est la propriétaire légale et naturelle de la terre. Mais ce n’est pas pour autant que les actes de résistance d’Aleta et de centaines de femmes mollos n’ont pas été soutenus par les hommes. Bien au contraire.

    Pendant que les mères manifestaient devant les carrières, les pères prenaient en charge la cuisine et la garde des enfants à la maison. Mais, ce n’est pas tout. Car, précise Aleta :

    “Mobiliser les femmes en première ligne est également une stratégie visant à dissiper les affrontements potentiels avec les agents de sécurité des carrières.”

    Campagne de reboisement

    Après le départ de la société minière, Aleta a mis sur pied des groupes pour reboiser la zone montagneuse dont la végétation avait été rasée par l’exploitation du marbre. Elle choisit de planter des avocatiers, des citronniers et des mûriers [dont se nourrissent les vers à soie] pour leur haute valeur économique. Elle crée également des communautés d’agriculteurs, d’éleveurs et de tisserandes.

    En coopération avec ces communautés, qui sont aujourd’hui au nombre de 2 300, elle cartographie les forêts relevant du droit coutumier afin de les protéger de toute exploitation massive. Elle enseigne aussi à leurs membres à utiliser des engrais naturels.

    En 2017, la “gardienne de la montagne de marbre”, qui est également membre du conseil d’administration de l’Alliance des peuples autochtones de l’archipel (Aman), fonde Mama Aleta Fund, une organisation à but non lucratif pour les femmes engagées dans la protection de la nature.

    Aleta a reversé la quasi-totalité des 150 000 dollars qu’elle a reçus au titre du prix Goldman pour l’environnement à cette fondation. Et, elle lance :

    “J’espère que cela va encourager de plus en plus de femmes à prendre soin de l’environnement.”

    Sa méthode fait des émules

    Cette bataille pour la montagne de marbre du peuple mollo a fait des émules loin du Timor. Pendant deux ans, à partir de 2013, Aleta a multiplié les allers-retours Kupang [Timor occidental]-Malang [Java oriental] pour soutenir les habitants de cette région qui s’opposaient à la construction d’un hôtel sur le site d’une source utilisée par plus de 500 familles.

    Ony Mahardika, l’ancien directeur de la branche régionale de Walhi [la plus importante ONG environnementale indonésienne], dit avoir invité Aleta à venir conseiller les villageois après avoir constaté sa victoire contre les carrières de marbre.

    La militante a ainsi partagé avec eux son expérience, notamment sur la façon de construire une résistance en partant de la base avant de la consolider et de l’étendre. “Nous avons appliqué la stratégie de Mama Aleta pour rejeter le développement hôtelier et ça a marché”, affirme Ony.

    D’activiste à députée

    Aleta s’est également déplacée aux monts Kendeng de Rembang, dans le centre de Java, où la population s’opposait à la construction d’une cimenterie. Elle commence alors à prendre conscience que sa contribution à la protection de l’environnement pourrait être plus décisive si elle pouvait changer les lois.

    C’est ainsi qu’en 2013, elle décide d’adhérer au PKB [Parti de l’éveil national fondé par des dirigeants du Nahdlatul Ulama, la plus grande organisation musulmane d’Indonésie de tradition soufie] et de briguer en 2014 un mandat au Parlement régional des petites îles orientales de la Sonde.

    “Helmy Faishal Zaini [secrétaire général du Nahdlatul Ulama] m’a dit que mes actions correspondaient tout à fait au slogan du PKB, ‘le Parti vert’ [le vert étant aussi la couleur de l’islam]”, raconte Aleta.

    Mais elle assure qu’elle n’hésitera pas à s’opposer au PKB s’il ne tient pas ses promesses écologiques. Car la protection de l’environnement n’a pas de prix et ne peut pas se négocier contre un siège au Parlement.

    “Le vert n’est pas seulement la couleur d’un parti, c’est avant tout l’esprit qui nous guide dans nos décisions politiques.”

    Elle est élue avec 3 997 voix. Après avoir représenté le PKB à la commission chargée des questions de protection sociale, elle passe à la commission chargée des finances. Aleta dit avoir contribué à l’édiction d’un certain nombre de réglementations favorables à l’environnement et aux peuples autochtones.

    Des graines sur sa route de campagne

    Aujourd’hui, Aleta se représente, toujours sous la bannière du PKB, au même Parlement régional lors des élections législatives du 17 avril [concomitantes avec les présidentielles]. Sa stratégie de campagne ne s’éloigne pas des thématiques qui lui sont chères, à savoir la protection de la nature et la défense des peuples autochtones.

    Elle a préparé 600 000 graines de mûriers, d’avocatiers, de jacquiers et de banians qu’elle distribue aux électeurs de sa circonscription. Mais Aleta ne se fait pas d’illusion. Elle voit bien que les problèmes environnementaux ne figurent pas parmi les premiers sujets d’inquiétude de ses concitoyens.

    Ceux-ci sont plus préoccupés par les questions économiques telles que l’emploi et le prix des produits de première nécessité. Ce n’est pas grave. Le devenir des 600 000 graines qu’elle a distribuées à la population au cours de sa campagne suffit à la réjouir. Elle avertit :

    “Sans une nature verte et fertile, notre survie est menacée.”

    Repères

    Le peuple mollo compte quelques milliers d’âmes vivant dans la région indonésienne de Timor occidental autour du mont Mutis (2447 m), un des points culminants de l’île de Timor dont la partie orientale, le Timor oriental, est indépendante depuis 2002. Ils parlent le uab meto, la langue la plus parlée par le 1,9 million d’habitants du Timor occidental. Ils vivent principalement de la récolte du miel sauvage dans les forêts de la montagne Mutis qui signifie “blanche immaculée” et qu’ils considèrent comme sacrée. Convertis à la religion protestante au moment de la colonisation hollandaise (1605-1942), ils demeurent néanmoins profondément attachés à leur culte des ancêtres et de la nature avec un dieu qu’ils nomment Uis Neno.


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    P.-S.

    Courrier International
    https://www.courrierinternational.com/article/elections-en-indonesie-aleta-kornelia-baun-aux-avant-postes-du-combat-ecologiste