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France insoumise et PCF aux européennes : le jeu des sept erreurs
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
L'essayiste Aurélien Bernier analyse les "sept erreurs" de la France insoumise et du Parti communiste français, dont les programmes convergent de plus en plus.
Aurélien Bernier est essayiste. Il a publié publié plusieurs ouvrages dont La gauche radicale et ses tabous : pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national (Seuil, 2014) et plus récemment La démondialisation ou le chaos (Utopia, octobre 2016).
Tout le monde connaît ce jeu de magazines pour enfants : deux dessins à première vue identiques dans lesquels se cachent quelques différences, des détails graphiques, qu'il faut retrouver. Dans cette campagne des européennes 2019, les positionnements de la France insoumise et du PCF font penser à ce jeu des "sept erreurs". Des lignes politiques équivalentes, à quelques détails près qu'on peine à identifier. Cela n'a pas toujours été le cas, et cette convergence procède d'un double mouvement : un recul en terme de radicalité pour la France insoumise, une avancée pour le PCF.
Le mot d'ordre du mouvement de Jean-Luc Mélenchon est la "sortie des traités", une expression utilisée depuis la campagne de 2017, assez floue pour pouvoir être comprise soit comme une rupture unilatérale soit comme une réforme "de l'intérieur", produit d'un compromis entre tous les États membres.
En 2017, le programme des Insoumis mettait en avant la stratégie "Plan A – Plan B" : d'abord des mesure unilatérales prises par la France, suivies d'une phase de négociations avec l'Union européenne pour porter des exigences sociales et, en cas d'échec, une sortie possible, en fonction du résultat d'un référendum. Dans L'avenir en commun, l'expression apparaissait en toutes lettres : l'Union européenne, "on la change ou on la quitte". Concernant l'euro, la perspective affichée dans le "Plan B" était sa transformation en monnaie commune, ce qui signifiait un retour à des monnaies et des politiques monétaires nationales (mais coordonnées).
UN "PLAN B" MOINS RADICAL
Depuis, la France insoumise a sensiblement modifié son discours. En particulier, le "Plan B" ne comprend plus l'option de sortie, mais consiste à "construire de nouvelles coopérations européennes libérées des traités austéritaires avec l’ensemble des pays qui partageront ce projet". Sur l'euro, plus question de retour aux monnaies nationales doublées d'une monnaie commune : la France insoumise veut "transformer" l'euro "pour servir l’emploi et la transition écologique" et souhaite que la BCE "[rende] des comptes à une instance démocratique" ; elle n'envisage une monnaie commune qu'à l'échelle mondiale, en tant que monnaie de réserve. Le mot d'ordre du mouvement de Jean-Luc Mélenchon est la "sortie des traités", une expression utilisée depuis la campagne de 2017, assez floue pour pouvoir être comprise soit comme une rupture unilatérale soit comme une réforme "de l'intérieur", produit d'un compromis entre tous les États membres. Et s'il affirme qu'il appliquera son programme indépendamment des contraintes européennes, il ne dit pas comment.
Pendant longtemps (de 1997 à ces derniers mois), la réforme "de l'intérieur" fut également l'horizon indépassable du PCF. Mais en 2019, la liste emmenée par Ian Brossat semble durcir ses positions. Dans une interview accordés au média en ligne "Le vent se lève", le candidat affirme que les communistes français sont "favorables à une sortie des traités". Concrètement, il propose que la France prenne des mesures unilatérales : "Je suis convaincu que si la France pouvait mener sa propre politique, personne ne ferait sortir la France de l’UE. Nous devons mener notre propre politique." Sur la monnaie aussi, le PCF dit la même chose que la France insoumise : il souhaite placer la BCE sous contrôle démocratique pour réorienter l’investissement monétaire vers le financement public et l’écologie.
Pour être réellement audibles, les programmes de gauche doivent à minima prévoir la sortie de cette impasse.
Que l'on veuille prendre des mesures contraires aux traités européens seul ou à plusieurs États, ces mesures se heurtent à la primauté du droit européen sur le droit national. Que l'on veuille contrôler les capitaux pour les taxer, empêcher l'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire et de l'électricité ou bloquer les importations d'OGM ou de poulet chloré, les lois qui permettraient de le faire sont incompatibles avec le droit européen, dont les dispositions l'emportent sur le droit français. Or, les tribunaux administratifs français contrôlent cette conformité du droit national avec le droit européen. Ils rendront inopérant tout texte de loi qui sera contraire aux principes du libre-échange et de la libre-concurrence si chers à l'Union européenne.
Pour être réellement audibles, les programmes de gauche doivent à minima prévoir la sortie de cette impasse. Contrairement à la France insoumise et au PCF, je ne crois pas à la possibilité de faire céder les forces libérales européennes sur les grandes questions économiques et monétaires, et je ne crois donc ni au succès d'un "Plan A" négocié ni à une quelconque réorientation écologique et sociale de l'euro. Mais peu importe. L'essentiel se trouve ailleurs, dans la volonté et la capacité de la gauche à prendre des mesures de rupture nationales en amont de toute négociation. De mesures qui, pour s'appliquer, doivent être légales.
Il existe une façon d'y parvenir, démocratique et tout à fait légitime : réformer la Constitution française par référendum pour autoriser à nouveau le droit national à primer sur les traités, les directives et les règlements européens. Il suffirait qu'un parti de gauche accepte d'assumer cette option pour que l'expression "sortie des traités" commence à devenir concrète.




