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Louisa Hanoune : L’égérie emprisonnée
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://www.elwatan.com/edition/actualite/louisa-hanoune-legerie-emprisonnee-16-05-2019

Étrange paradoxe. C’est en pleine insurrection citoyenne qui embrase le pays entier visant à changer radicalement le système politique que Louisa Hanoune, la dirigeante historique du Parti des travailleurs, a été arrêtée par un tribunal militaire et accusée de «complot pour changer le régime».
Une dure épreuve infligée à une militante au long cours qui, dès son jeune âge, s’est exclusivement engagée politiquement contre l’ordre autoritaire, bravant l’implacable régime du parti unique et sa redoutable politique.
Elle, qui naturellement devrait célébrée avec ses compatriotes révoltés en ces temps d’enchantement révolutionnaire l’aboutissement d’un inlassable combat pour la démocratie, se trouve au banc des accusés de la justice militaire.
Guidée par son sens de la responsabilité politique, Louisa Hanoune n’a rien d’autre à l’esprit que d’aider à éviter au pays les périls. C’est le sens de son engagement militant depuis toujours. Un engagement qui l’avait conduite, alors qu’elle n’avait que 29 ans, droit vers la prison d’El Harrach.
Condamnée, en 1983, à six mois de prison ferme par la Cours de sûreté de l’Etat pour «mise en danger de la sécurité de l’Etat». Une peine qu’elle a purgée en compagnie de l’héroïne de la Guerre de Libération nationale, Fatma Ouzeguène.
L’épreuve carcérale ne l’a pas anéantie. Si manifestement elle lui a laissé des séquelles, elle a assurément renforcé sa conviction et bétonné son engagement.
Elle est née pour se battre. Issue d’un milieu social dans le douar de Chakfa, à Jijel, qu’elle a été contrainte avec sa famille de quitter, parce que leur maison (refuge des maquisards) a été bombardée par l’armée coloniale, Louisa a dû se battre avec ses parents pour étudier. C’était déjà les prémices d’une femme au caractère bien trempé.
Louisa Hanoune, qu’on a voulu assassiner symboliquement en ce maudit jeudi 9 mai, en la désignant à la vindicte populaire à travers des images diffusées en boucle par les chaînes de télévision à charge, était plutôt digne. C’est une femme de poigne. La calomnie dont elle été couverte depuis son incarcération ne pouvait pas l’atteindre.
Elle a connu et vu pire. Elle est de la même race que ses vaillantes sœurs de la lutte de la Libération nationale. C’est dans cette même lignée qu’elle a inscrit son combat et avec le même courage.
En arpentant les marches du tribunal militaire de Blida, c’est tout un combat qui défile. Le moment devait durer une éternité pour elle, parce qu’elle devait se dire : «Que fais-je à cet endroit ?» surtout qu’elle ne savait pas si elle allait ressortir libre ou être envoyée derrière les barreaux.
S’appuyant sur son long combat jalonné de victoires et d’amertume et sûre d’elle, la pasionaria de la gauche algérienne a dû faire face à cette épreuve avec la dignité propre aux vaillants combattants de la liberté. «Elle n’a rien à se reprocher, elle n’a commis aucun acte criminel, Louisa est une dirigeante politique qui fait de la politique.
Elle est arrêtée pour ses opinions, c’est une détenue politique», insiste son bras droit au sein du parti, Ramdane Youssef Tazibt. «Si elle est poursuivie parce qu’elle veut changer le régime, il faut dans ce cas alors arrêter tous les Algériens», poursuit-il.
Une Femme aux multiples combats
Inoxydable, Louisa Hanoune est une femme à part, une militante politique d’exception. Déjà qu’être une femme dans notre société est un défi, mais être une femme politique aux idées jugées subversives est un double défi aux multiples risques.
Foncièrement engagée dans la gauche radicale, celle que Hocine Aït Ahmed surnommait affectueusement «Dda Louisa», en raison de ses positions extrêmement risquées durant la décennie noire, a eu à affronter des situations extrêmes lorsqu’elle menait des batailles que peu d’hommes politiques avaient le courage d’engager. «Je sais que je peux prendre une balle dans la tête ou me faire renverser par une voiture à tout moment», répétait-elle à chaque fois.
Figure politique charismatique dont l’aura a dépassé les frontières nationales, la leader du Parti des travailleurs qu’elle a fondé avec, entre autres, le vétéran du Mouvement national Mustapha Ben Mohamed, est une femme aux multiples combats. Radicale mais jamais dogmatique. Tacticienne mais sans perdre de vue sa stratégie et surtout sa perspective historique.
L’instauration d’un ordre démocratique fondé sur le progrès social pour tous et le respect de la dignité humaine. Ses adversaires politiques lui reprochent sa «proximité» – supposée ou réelle – avec le régime Bouteflika, tout en feignant d’effacer son long combat. Pour elle, Bouteflika, qu’elle a épargné à certains moments, n’est que le «représentant temporaire d’un système politique agonisant».
Luttant franchement pour les libertés démocratiques, Louisa Hanoune fait partie des rares dirigeantes au sein de la classe politique qui assument pleinement leurs positions en faveur de toutes les libertés individuelles, l’égalité des sexes, la reconnaissance de la langue et l’identité amazighes…
Son opposition à l’islamisme politique ne l’avait pas empêché de s’opposer à l’arrêt du processus électoral en 1992 et de défendre les droits politiques des choyoukh du FIS dissous. Mais son cœur de bataille demeure la classe ouvrière et les démunis.
C’est le socle idéologique de son parti politique. Militante internationaliste, Louisa Hanoune ne cesse de lier les événements nationaux aux circonvolutions mondiales.
Ardent défenseur de la cause palestinienne, anti-impérialiste racée, elle est l’adversaire redoutable des monarchies du Golfe, à 64 ans Louisa Hanoune incarne un courant de combat global. En l’envoyant derrière les barreaux, c’est tout ce long parcours qu’on emprisonne aujourd’hui.




