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Martinez contraint de durcir son discours sous les pressions des déléguéEs

CGT

Brève publiée le 18 mai 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

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Crédit Photo: Photothèque Rouge / Martin Noda

Les débats dans le cadre des points 2  (statut des salariEs et NSTS) et 3 (construction du rapport de forces et convergences des luttes) du document d'orientation se sont souvent croisés. Pour la direction confédérale le Nouveau statut du travail salarié (NSTS), la Sécurité sociale professionnelle restent l'alpha et l'oméga à la fois des batailles immédiates et de leur horizon lointain. Une position fortement contestée par de nombreux structures regrettant notamment que les revendications et objectifs de lutte soit repoussés dans un document (plate-forme revendicative) qui n'est plus discutée lors des congrès. Une orientation dont de nombreuses interventions soulignent le danger d'une adaptation aux orientations libérales "effaçant" les licenciements et légitimant mobilité et précarité. D'où, plusieurs interventions réclamant la (ré)affirmation de revendications précises : interdiction des licenciements, retraite à 60 ans, SMIC à 1800 euros. dans le même temps de nombreux/euses intervenantEs demandent que les exigences du retrait le loi sur la Fonction publique, du maintien des 42 régimes de retraites, du refus des retraites par points défense des cHSCT, soient clairement mis en avant. 

Après la défaite de la direction confédérale sur la question du syndicalisme international et les multiples interventions sur la nécessaire convergence des luttes, notamment avec les Gilets jaunes, du 3èmejour du congrès, la journée de jeudi a permis de nombreuses interventions combattives sur les deux thèmes restant du document d’orientation à savoir, la « constructions du rapport de force et la convergences des luttes »et le renforcement syndical.

Contre les journée saute-mouton

Quelques amendements maintenus ont pu être voté à main levée comme celui sur la démarche de construction d’un « mouvement social de grève prolongée à l’échelle de tout le pays qui seul peut inverser le rapport de force nécessaire pour les salariés», pour en finir avec une stratégie revendicative molle consistant à « une succession de journées d’action isolées sans lendemain, sans plan de lutte, sans revendications précises. », amendement minoritaire selon le bureau de congrès qui n’a cependant pas osé annoncer le résultat !

De nombreux amendements ont été vaillamment défendus par la frange gauche du congrès qui refuse le concept de « syndicalisme rassemblé »derrière lequel se cache, selon eux et elles, une volonté d’unité syndicale large avec la CFDT notamment sur des revendications à minima. Si des quatre coins de la salle, de nombreux/euses militantEs constataient un vote extrêmement serré, la commission des votes annoncera le rejet de l’amendement sans en préciser le résultat. Il faut dire qu’une seconde défaite d’importance en 2 jours aurait mis en forte difficulté Philippe Martinez.

Le thème de la convergence des luttes aura permis aux Gilets jaunes de se réinviter au congrès de Dijon mais aussi de confirmer la volonté pour la CGT de renforcer ses actions avec le monde associatif notamment concernant les questions écologiques ou encore le soutien aux migrantEs.

Si le document adopté affirme son opposition à l’état d’urgence, à la loi anticasseurs, à l’interdiction des manifestations, et se prononce pour l’annulation des condamnations et sanctions à l’encontre des militantEs, la direction sortante a refusé d’inclure une phrase spécifique sur la répression inouïe subie par les gilets jaunes …

Des restructurations internes qui ne passent toujours pas

Concernant le renforcement syndical, la perte de la première place en termes de représentativité au profit de la CFDT a été au centre de nombreuses interventions pour galvaniser les troupes en vue de la revanche. D’autres militantEs, nettement moins nombreux/euses, ont défendu l’idée qu’il était absurde de chercher à tout prix à obtenir des voix supplémentaires craignant que pour y arriver certaines structures CGT défendent des revendications aux rabais.

Les liens entre les différentes structures de la CGT, unions locales et départementales, comités régionaux, fédération, confédération, en lien avec le projet de réforme statutaire de renforcer le poids politique des régions notamment sur le revendicatif, à l’instar de ce que la CFDT a adopté, a été largement contesté par les déléguéEs. Si bien qu’après 2 heures de débat, la direction sortante a renoncé à soumettre le projet au vote estimant, à juste titre, qu’elle en sortirait très minoritaire, ce qui aurait été de mauvais augures avant d’entamer le débat sur la future direction.

Débats tendus pour l'élection de la Commission exécutive confédérale

Pour la première depuis sa création, les dirigeants des Unions départementales et des fédérations n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur la composition de la nouvelle CEC. Une vingtaine de structures exigeaient qu’y soient intégréEs quatre militantEs qui n’avaient pas été retenuEs au regard de leur orientation sur la convergence nécessaire avec les Gilets jaunes et tous ceux et celles qui luttent contre le gouvernement et le patronat. Bien évidemment, jamais la direction sortante n'a invoqué le moindre argument politique pour justifier son refus des quatre candidatures. La tribune n'a pas hésité à nous expliquer que ces quatre candidatures (dont trois femmes) auraient mis en péril la parité... Il y aurait eu "trop de femmes". Malgré un débat passionné et un appel à rajouter « les quatre » sur les bulletins de vote, les soutiens de la ligne Martinez ont cette fois ci emporté une majorité de votes. Là non plus nous ne savons combien chacunE des quatre candidatEs a reçu de voix.

Cela n’a pas empêché une poursuite du débat sous une forme lors du repas fraternel entre le « on est là, même si Macron ne veut pas…. »et d’autres chants plus identitaires.

Un "Appel du congrès" a confirmer... 

La clôture du congrès vendredi matin a pris elle une tonalité toute différente autour de l’appel du congrès, votée à l’unanimité sous un tonnerre d’applaudissements. A la surprise générale, y figurent des éléments qui avaient pourtant été rejeté du document d’orientation comme la défense des 42 régimes de retraites spéciaux, la dénonciation des violences policières . Même les Gilets jaunes. y sont mentionnés, certes parmi une liste de luttes à soutenir, mais c'est malgré tout un progrès. Si le texte appelle à « amplifier et à généraliser les mobilisations par la grève », reste à savoir si une intersyndicale interprofessionnelle nationale sera convoqué rapidement. Mais ni dans le texte d'appel ni dans le discours de clôture de Martinez, le moindre signal n'est donné d'une rupture avec la politique des journées action "saute-mouton"...

Avec un peu de 65,84% de vote pour le document d’orientation (27,38% contre et 6,77 % abstention), voilà qui confirme l’affaiblissement de la ligne défendue par Philippe Martinez qui en a immédiatement tenu compte dans son discours de clôture qui s’est considérablement gauchisé en comparaison de celui de l’ouverture du congrès. Malheureusement, il y a peu de chance que cela perdure plus de quelques jours.

Gérald Le Corre et Robert Pelletier