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Européennes 2019 en Grèce : Syriza boit la tasse sous une vague bleue

Grèce

Brève publiée le 27 mai 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

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Syriza est lourdement sanctionné, se retrouvant 9 points derrière Nouvelle démocratie, la droite conservatrice. Dans la soirée, Alexis Tsipras a annoncé la tenue d'élections anticipées...

En Grèce, le vote du 26 mai avait une valeur test importante. Pour la première fois depuis septembre 2015, près de 10 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour un triple scrutin : européen, régional et municipal. Quel signal allaient-ils envoyer à Syriza, le parti de la gauche dirigé par Alexis Tsipras, au pouvoir depuis janvier 2015 ? Les résultats sont tombés : c'est une sanction. A tel point que le Premier ministre a annoncé la tenue d'élections législatives anticipées.

Professeur de sociologie politique à l'Université d'Athènes, et candidat de Syriza pour les élections européennes, Michalidis Spourdalakis prévenait, avant les élections, « de septembre 2015 à août 2018, Syriza a été obligé d'opérer dans le cadre d'un mémorandum très stricte. Il en est sorti depuis, mais reste sous surveillance accru. Malgré tout, le gouvernement a su adapter son programme pour faire passer des mesures en faveur des plus défavorisés. Il tente de résoudre la crise humanitaire, de résoudre l'excédent dégagé par le gouvernement et a fait passer des lois favorables aux droits civils et aux libertés. »

Manifestement, ces décisions n'ont pas convaincu les électeurs dans un pays où les créanciers ont refusé une renégociation de la dette, pourtant à 181 % du PIB et où le taux de chômage, qui est monté jusqu'à 27,7 % en octobre 2013, s'élève encore à 18,5 % en février 2019. Aux élections européennes comme aux élections régionales, les premiers résultats montrent que Syriza s'est fait battre par la droite. Selon les estimations du ministère de l'Intérieur grec, 9 points séparent Syriza (24 %, 6 sièges) de son adversaire de la droite conservatrice, Nouvelle démocratie (33 %, 7 sièges). Arrivent ensuite KinAl (les anciens sociaux-démocrates du Pasok, 7,2 %, 2 députés), le KKE (parti communiste grec extrêmement dogmatique, 5,8 %, 2 députés), les néonazis d'Aube dorée (4,9 %, 1 député), un parti pour la défense de la Macédoine (4 %, 1 député) et MeRA25, le parti de Yanis Varoufakis (3 %, 1 député). Les scissions de Syriza (Unité Populaire de Panayotis Lafazani, ou Cap vers la liberté, de Zoé Konstantopoulou), elles, ne franchissent pas la barre des 3% que ce soit aux européennes ou aux régionales.

Comme un symbole, Syriza perd l'Attique

En 2014, en recueillant 26,6 % des voix, Syriza prenait 6 des 21 sièges dont la Grèce dispose au Parlement européen, et Nouvelle Démocratie, avec 22,7 % des voix, en obtenait 5. Mais surtout, Syriza s'implantait localement, le symbole le plus évident évident étant la prise de la région Attique, qui concentre un tiers de la population grecque, par Rena Dourou. Selon les premières estimations – qui doivent être prises avec précaution, elle essuierait une déculottée : la présidente de la région Attique récolterait 15 points de moins que son opposant de droite. La campagne a été certes féroce. Les opposants à la présidente de région n'ont eu de cesse de la renvoyer à une « gestion catastrophique » des incendies qui ont ravagé l'Attique cet été. A l'évidence, sa réponse, selon laquelle la situation est le résultat de nombreuses années de laisser-faire et de clientélisme, n'a pas convaincu l'électorat.

En outre, pour arriver au pouvoir en 2015, Syriza avait fait campagne sur la remise en cause de l'austérité imposée par les créanciers à la Grèce depuis 2010 et la sortie des mémorandums, ces textes imposant des réformes à appliquer dans le pays en échange de prêts. Six mois plus tard, Alexis Tsipras avait signé, un flingue sur la tempe, un troisième mémorandum afin d'éviter que son pays soit exclu de la zone euro. Sa stratégie semblait confortée par les Grecs qui l'avaient reconduit à la tête du gouvernement en septembre 2015 après qu'il avait déclenché des élections anticipées. Cette fois, c'est donc une sanction. Mais pour Yannis Androulidakis, journaliste à la radio Kokkino, proche du parti au gouvernement, « Syriza a subi une défaite cuisante, écrasé par le nationalisme. »

LA QUESTION MACÉDONIENNE EN TOILE DE FOND

En effet, si la droite est en première position dans la plupart des régions, elle caracole en tête en Macédoine. ND récolte plus de 60 % en Macédoine centrale où Syriza n'obtient que 11 %, et dans les autres régions du Nord, la droite se situe à environ 50 % quand Syriza rassemble environ 25 % des votes. Dans le reste du pays, l'écart entre ND et Syriza est beaucoup plus faible. Il semble donc que l'accord de Prespes n'a pas été digéré par la population. Signé en début d'année 2019, ce texte mettait fin à un conflit de près de 30 ans notamment en trouvant un terrain d'entente sur le nom du pays frontalier, la République de Macédoine du Nord. ND a fait campagne contre cet accord... tout en reconnaissant qu'il ne reviendrait pas dessus. « C'est cette politique anti-nationaliste menée par Syriza qui a fait passer la société massivement à droite », analyse Yannis Androulidakis.

Si le constat d'un vote-sanction s'impose, c'est donc d'abord plus une sanction contre la politique de règlement du conflit macédonien que contre la politique économique menée par ce gouvernement. Dans ce contexte, un autre constat est donc de mise : un nouveau bipartisme s'impose en Grèce. Depuis la chute de la dictature, en 1974, jusqu'en 2012, deux formations dominaient le pays et alternaient au gouvernement : la Nouvelle Démocratie et le Pasok, parti social-démocrate. Aujourd'hui, les deux partis forts sont ND et Syriza. Les plus jeunes se retrouveront-ils longtemps dans cet affrontement entre ces deux formations ? Pour la première fois, les jeunes de 17 ans pouvaient se rendre dans les isoloirs. Chez les 17-25 ans, le taux de vote pour Aube dorée était donné à plus de 13 %...