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Médias: le risque du vase clos
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https://www.liberation.fr/debats/2019/06/19/medias-le-risque-du-vase-clos_1734861
En haut, des journaux qui imposent l’agenda du débat public. En bas, des médias périphériques aux idéologies disparates, qui s’affirment en s’opposant aux premiers. Le système hexagonal a une particularité : sa verticalité, selon une étude de Sciences-Po et du MIT. Au risque de la fracture élitiste et de se couper de la vie réelle, comme le mouvement des gilets jaunes l’a prouvé.
«Bloc élitaire» contre «bloc populaire». Selon le politologue Jérôme Sainte-Marie, auteur du récent ouvrage Nouvel Ordre démocratique,cette nouvelle opposition est en passe d’effacer le clivage droite-gauche dans la structuration du paysage public français. A en croire une étude de l’Institut Montaigne, publiée cette semaine en français, cette dissociation est aussi à l’œuvre au sein de l’espace médiatique hexagonal. Dans cette fructueuse analyse, réalisée en partenariat avec le Médialab de Sciences-Po et le Center for Civic Media du Massachusetts Institute of Technology (MIT), le think tank libéral trace les contours d’une polarisation des médias d’information «à la française», bien différente de celle en vigueur aux Etats-Unis.
Outre-Atlantique, elle se déploie sur un axe «horizontal», de la gauche à la droite. Surtout depuis que des nouveaux acteurs hyperpartisans, comme le média complotiste de droite radicale Breitbart, naguère dirigé par l’ex-conseiller de Donald Trump Steve Bannon, ont fracturé le champ historique, durcissant les oppositions vers les extrêmes, obligeant par exemple Fox News à s’aligner sur sa radicalité.
Éparpillement numérique
Rien de tout cela en France, où l’idée de lancer un «Breitbart local», caressée un temps par certains, n’a pas encore abouti. Dans notre pays, la polarisation s’étend selon cette étude sur un axe «vertical». En haut, on trouverait une «élite» composée des médias aux teintes politiques pourtant très différentes (le Monde, BFM TV, Libération, le Figaro, RTL, le Point…). Sa caractéristique : ses membres, souvent de grosses rédactions professionnelles et déjà bien installées avant l’éparpillement numérique, s’observent, se citent et se répondent, formant l’architecture centrale du débat public. Une sorte d’autorité autolégitimée. En dessous, des médias «périphériques», «satellites» et «de niche», aux positionnements idéologiques aussi disparates que leur niveau de rigueur journalistique (Valeurs actuelles, Causeur, le Monde diplomatique, Alternatives économiques, RT France, Sputnik, Egalité et Réconciliation, les Crises…). Peu considérés par le cœur élitaire, ils se construisent sur la conflictualité avec lui. Ce qui aboutit paradoxalement à renforcer la position dominante de celui-ci, référence par rapport à laquelle les médias d’en bas se placent (lire l'interview de Dominique Cardon, directeur du Médialab de Sciences Po, et d'Ethan Zuckerman, directeur du Center for Civic Media du MIT).
Comment les partenaires de l’Institut Montaigne en sont-ils arrivés là ? Entre mars 2018 et février 2019, les laboratoires de Sciences-Po et ceux du MIT ont analysé 65 000 articles de 420 sources médiatiques afin de relever les citations par lien hypertexte d’un média par un autre. Résultat : le «cœur» a fait un renvoi vers l’un de ses membres 2 889 fois, contre 206 fois vers un média dit «périphérique», 845 fois vers un média «satellite» et 66 fois vers un média «de niche».
Dans le même temps, ces trois catégories citaient abondamment l’élite médiatique (respectivement 1 261, 1 094 et 3 215 fois), beaucoup plus que leurs congénères. Cette structure binaire et hiérarchique se trouve confirmée par une autre partie de l’étude. Sur la même période, 18 millions de messages sur Twitter renvoyant via une adresse URL à l’une des 420 sources passées au scanner ont été analysés. «Les utilisateurs de Twitter qui partagent des articles de l’hypercentre (l’élite de l’élite médiatique) partagent peu d’articles des médias satellites et vice-versa», constatent les auteurs du rapport.
Soupçon de déconnexion
En exerçant cette forme de solidarité, cette pratique de la reconnaissance mutuelle, pas nécessairement de façon consciente, les journalistes du cœur médiatique gardent la mainmise sur la structuration de l’espace public. Le bienfait évident : ils érigent une barrière à l’entrée du club, contrariant l’émergence de sites d’information qui ne seraient pas fiables et verseraient dans le complotisme ou la désinformation. Le défaut : en accordant si peu d’attention à ces satellites, donc aux revendications et thématiques politiques qu’ils tentent d’imposer, l’élite médiatique est susceptible de passer à côté de préoccupations pourtant bien réelles et d’alimenter au sein de la population un soupçon de déconnexion. A terme, le risque, avertit l’étude, est celui d’un détournement du public de ces médias, jugés trop institutionnels, et de leur «fossilisation». Soit «le processus par lequel certains médias perdent leur capacité à façonner les débats publics parce qu’ils sont ignorés par d’autres groupes de médias».
A cet égard, le mouvement des gilets jaunes, qui a débuté pendant la période d’observation de l’étude, est tombé à pic. Les auteurs voient en lui une illustration de vices inhérents au système français. Les médias s’y sont intéressés tardivement et se sont trouvés débordés par l’ampleur de la protestation, avant de se reprendre. La chose a eu pour effet d’accroître la méfiance des gilets jaunes envers la presse. Ces derniers se sont rabattus sur des médias n’appartenant pas à l’hypercentre. Comme RT France, le site russe financé par Moscou et cité par l’étude, qui a beaucoup progressé en audience depuis le début de la crise. Un premier signe de fossilisation.




