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    Soudan, la révolution à l’épreuve

    Soudan

    Brève publiée le 23 juin 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article49373

    Le Conseil militaire au pouvoir au Soudan tente de noyer la révolution dans le sang. L’assaut brutal contre le sit-in devant le commandement général à Khartoum de la semaine dernière a entraîné la mort de 110 martyrs, - certainement d’avantage. Les Forces de Soutien Rapide, - ces unités de tueurs endurcis au fil d’années de massacres au Darfour -, ont eu libre cours pour agresser, assassiner et violer, sans parler de la répression violente des sit-in dans treize autres villes, et du nombre de victimes non comptabilisées.

      Sommaire  

    Il s’agit là d’un tournant crucial dans la révolution soudanaise : soit nous assistons à la victoire de la terrible contre révolution soudanaise, soit la révolution s’approfondit par une radicalisation accrue et une poussée vers un changement radical.

    La carnage a eu lieu après six mois de manifestations croissantes qui ont commencé d’abord contre l’augmentation du prix du pain en décembre dernier, puis se sont développées pour devenir un soulèvement politique d’une envergure incontestable, au point que l’armée à dû destituer le dictateur Omar Al Bachir, qui a dirigé le pays pendant trois décennies. L’armée soudanaise a évincé le président Al Bachir, mais a conservé tous les éléments essentiels de sa méthode de gouvernement.

    Maintenant, le conseil militaire de transition qui dirige le pays veut la dictature de Al Bachir sans Al Bachir. Le régime militaire divise pour régner, ce dont atteste des jours très difficiles. Près de deux mois de sit in ont vu des milliers de citoyens lambda participer directement à des tentatives désespérées d’instaurer un régime civil.

    Les grèves se sont étendues à nombre d’entreprises et des industries entières pour culminer sur la grève générale des 28 et 29 mai dernier. Et c’est la peur de ce mouvement de masse qui a poussé l’armée à intervenir à son encontre.

     Polarisation

    Lorsqu’un dictateur tombe sous les coups d’une résistance ou d’une révolution, il y a trois types de réactions dans la société :

    - La première vient de ceux qui profitaient de l’ancien régime et qui aspirent à ce que les choses reviennent au stade précédent. En Russie en 1917, la révolution de février a renversé le tsar au pouvoir, puis des pans de son entourage, ainsi que des propriétaires d’usines et des propriétaires terriens et des dirigeants de l’armée ont commencé à cherché une occasion de restaurer le régime. En Égypte en 2011, la révolution a renversé le dictateur Hosni Mubarek, et les réseaux qui bénéficiaient de son régime, dans l’État ou dans des entreprises diverses ont mis toute leur énergie à revenir à l’ère ancienne. Et parce qu’ils devaient affronter un peuple insurgé, ceux qui voulaient anéantir le changement révolutionnaire ont eu recours à des méthodes de terreur, d’assassinat à une large échelle, en ayant fréquemment recours au soutien de forces étrangères.

    Le dirigeant du Conseil militaire de Transition au Soudan et son vice-président, se sont rendus en Égypte, en Arabie Saoudite et aux Émirats avant de commettre leur massacre. Tous sont des alliés des États Unis dans la région, qui tremblent à l’idée d’une révolution. Ils ont fourni des armes et des milliards de dollars au Conseil Militaire de Transition.

    - la seconde réaction vient de ceux qui sont satisfaits d’en avoir fini avec l’ancien régime, voire même qui s’en réjouissent ouvertement. Mais ils bloquent tout développement ultérieur et traitent avec des éléments de l’ancien régime et étouffent toute tactique révolutionnaire. Dans l’exemple russe, ce pole couvrait un groupe importait qui se regroupait autour du gouvernement provisoire qui remplaçait le tsar au pouvoir. Dans l’exemple égyptien, les Frères Musulmans ont voulu, suite à leur élection à la suite de la chute de Mubarek, introduire des « réformes » , mais il ne s’agissait nullement de restructurer la société aux niveaux politique et économique.

    Au Soudan, ce groupe est représenté y compris au sein des manifestants, qui veulent le départ de l’armée, mais par le biais de négociations et de compromis.

    Ce pole conçoit les sit-in et les grèves comme une monnaie d’échange pour consolider leur position dans les pourparlers. Quant à l’armée, elle en a joué pour se renforcer après le choc initial qu’avait occasionné le renversement de Al Bachir, puis elle est revenue à l’attaque.

    - Le troisième pôle reste lui, minoritaire au début du processus révolutionnaire. Il exige plus que de nouveaux visages à la tête de la société et a pour objectif d’écraser l’élite dirigeante toute entière. Ceux-là ambitionnent de détruire l’ancien État et de mettre en place une forme nouvelle de pouvoir démocratique.

    Pour en revenir à l’expérience russe, les bolcheviks ont joué ce rôle et ils ont gagné en popularité grâce à l’expérience pénible que les masses avaient faite du négociateurs libéraux. Ces derniers ne voulaient pas en finir avec la première guerre mondiale ni remettre les terres aux paysans, pas plus que les usines aux ouvriers.

    En période de crise profonde ces trois pôles se disputent l’influence et le pouvoir.

     L’organisation ouvrière

    La trans croissance de soulèvement en révolution suppose qu’une force soit en capacité d’organiser le mouvement pour défaire l’armée et administrer la société d’une façon nouvelle. D’où la nécessité de conseils ouvriers à partir de représentants élus sur les lieux de travail et devant rendre compte en permanence. Ces conseils sont en capacité d’être l’axe qui rassemble d’autres secteurs qui ont émergé lors de la révolution, par exemple, les organisations féministes et les mouvements exigeant les droits et l’égalité au Darfour, dans le Kordofan méridional et le Nil Bleu.

    L’organisation ouvrière n’est pas seulement le fruit de vœux pieux et de discours. Elle émerge dans la réalité de la grève de masse et du besoin de contrôler la production et la distribution. A titre d’exemple, lorsque les travailleurs des boulangeries arrêtent le travail, où les travailleurs vont-ils aller chercher leur nourriture ? Il est alors nécessaire qu’une organisation comprenant des travailleurs et des pauvres leur permette de décider démocratiquement de la manière dont les boulangeries doivent être gérées et de déterminer à qui revient le pain. Il en va de même pour les centrales électriques, les hôpitaux et tous les secteurs de la société soudanaise.

    Les sit-in n’étaient pas organisés par des conseils ouvriers mais ils comprenaient des commissions révolutionnaires organisant les mesures de sécurité, de ravitaillement et de communications de manière rudimentaire. Cette expérience émergeant des sit-in pourrait servir de catalyseur pour le développement de conseils ouvriers sur les lieux de travail. En effet, il y a des indices incitant à l’espoir en ce sens. Les grèves se sont déclenchées immédiatement après le massacre devant le commandement général à Khartoum dans six champs de pétrole du Kordofan occidental, sans parler des grèves des enseignants, des travailleurs des hôpitaux, de travailleurs d’aéroports, du port stratégique de Port-soudan.

    Plusieurs villes ont vu des manifestations hostiles à l’armée et c’est avec un courage sans précédent que des groupes de jeunes ont édifié des barricades pour empêcher le passage des Forces de Soutien Rapide.

     La défense de la Révolution

    Cette résistance fermeté héroïque a ravivé les tensions dans l’armée. c’est ainsi que le chef du Conseil Militaire de Transition, Abdelfattah Burhan, a fait part à deux reprises de sa disposition à reprendre les négociations avec l’opposition, sans préalable. Quant au général Mohammad Hamdan Deglu (Hamidti), chef des criminelles Forces de Soutien Rapide, il a annoncé une enquête « indépendante et loyale » sur les assassinats lors du sit-in.

    Il faut tenter de gagner des soldats des forces armées à la révolution. Des indices révèlent que c’est de l’ordre du possible. La chaîne soudanaise Canal 4 a réalisé un entretien avec un membre de l’agence des renseignements qui a fait défection pour rejoindre la révolution. Il a dit que les soldats de l’armée régulière avaient été dépouillés de leurs armes et transférés de leurs postes à proximité du sit-in avant le carnage et qu’à leur place on avait mis des membres des Forces de Soutien Rapide. En d’autres termes, les généraux n’étaient pas totalement convaincus de la loyauté de l’entièreté des troupes, qui auraient peut-être désobéi aux ordres de tuer des manifestants.

    Un puissant mouvement révolutionnaire pourrait convaincre au moins des pans de l’armée-principalement des recrues-, de rejoindre la révolution et d’en « neutraliser » d’autres. Cela suppose de fournir les moyens de défendre la révolution contre les Forces de Soutien Rapide, et de mettre fin aux négociations et aux transactions avec l’Armée.

    Trois décennies de dictature ont pénétré tous les domaines de la société soudanaise où se sont perpétués des réseaux de privilèges et de domination. Il faut procéder à un nettoyage en profondeur des éléments de l’armée dans la société soudanaise. Le désir existe, et partant, l’offre également.

    Lorsque les travailleurs de la Société de distribution de l’électricité de Khartoum ont fait grève le mois dernier, l’une de leurs revendications était d’évincer le directeur et le vice directeur de la société. Les enseignants en grève depuis des semaines dans le Darfour occidental ont déclaré vouloir « évincer du processus décisionnel les symboles de l’ancien régime et dissoudre les syndicats mis en place par l’ancien régime ».

    Mais pour que l’opportunité se concrétise il faut un leadership politique. Dans ces moments-là, s’avère nécessaire un parti révolutionnaire, centralisé au cœur des secteurs exploités et opprimés, pour dessiner une voie vers le futur et vaincre la politique de ceux qui veulent arrêter la révolution à mi-chemin.
    Revenons un autre fois à la révolution russe, après l’échec du général Korniloff d’écraser la révolution, le dirigeant révolutionnaire Léon Trotski a écrit : « La révolution peut avoir besoin du fouet de la contre révolution de temps à autre ». Il voulait dire que la révolution s’est radicalisée après que les gens aient vu le visage véritable de la classe dirigeante à travers le coup d’État manqué de Korniloff.

    Toute notre solidarité avec les militants pour la victoire de la révolution au Soudan.

    Socialist Worker (UK)

    8 juin 2019


    P.-S.

    • Article source parut sur le site des Socialistes révolutionnaires d’Egypte. Il s’agit une traduction arabe de la version originale anglaise de la revue britannique Socialist Worker :

    https://revsoc.me/arab-and-international/39895/

    • Traduction de l’arabe vers le français à partir de la version des SR : Luiza Toscane.