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La partie de Monopoly touche à sa fin

Brève publiée le 23 juin 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://tvgj.fr/actus-gilets-jaunes/la-partie-de-monopoly-touche-a-sa-fin-6367/

La partie de Monopoly

Si je vous dis Monopoly, vous pensez tout de suite au jeu de votre enfance qui a faillit causer un drame familial quand vous avez mis un membre de la famille,  ou des amis{…} en banqueroute. Mais le Monopoly c’est plus que ça:

Le monde dans lequel on vit est un jeu de Monopoly.

le respect et la compréhension des règles du jeu dictent la réussite. Trois éléments distinguent le jeu réel de celui de Parker Brothers : le capital de départ, la planche de jeu disponible et le nombre de joueurs.

L’Origine anti-capitaliste du jeu

L’inventrice de ce jeu de société mondialement connu voulait faire prendre conscience aux gens que la propriété terrienne était quelque chose dont tout le monde avait le droit de jouir.

Née en 1866,  Elizabeth Magie était une femme fermement opposée à la politique de son temps. Elle voulait dénoncer les dangers du capitalisme, du monopole et de la location ne faisant qu’accroître les inégalités entre riches et pauvres. Elle voulait imposer le système de la taxe unique afin de limiter les bénéfices des propriétaires fonciers d’après les théories de l’économiste Henry George dans son livre Progress and poverty, qu’elle résumait par l’idée que

«les hommes ont un droit égal à utiliser la terre de la même manière qu’ils ont un droit égal à respirer l’air –c’est un droit proclamé par le simple fait qu’ils existent».

Magie conçoit le jeu, appelé a cette époque : The landlord game pour démontrer les conséquences habituelles de l’accaparement des terres, s’inspire des principes économiques énoncés par Henry George, tentant ainsi de démontrer que les rentes enrichissent les propriétaires fonciers et appauvrissent les locataires. Jugeant que des personnes pourraient éprouver des difficultés à comprendre pourquoi un tel système provoque cette conséquence, elle veut leur enseigner ce qu’elles peuvent faire pour s’opposer à ce système. Magie souhaite également que les enfants perçoivent l’injustice d’un tel système et qu’ils puissent tirer des leçons qu’ils pourront appliquer à l’âge adulte.

Dans ce jeu, Lizzie présentait de l’argent fictif, des actes et des propriétés pouvant être achetées et vendues. Les joueurs empruntaient de l’argent, auprès de la banque ou les uns aux autres, et devaient payer des impôts. Et il comportait un chemin qui permettait aux joueurs de contourner le tableau. La Poor House et le parc public se trouvaient dans un coin, et la prison était omniprésente. Un autre coin contenait une image du globe et un hommage au héros politique de Lizzie, l’économiste Henry George , dont les idées sur le cout du fardeau fiscal imposé par les riches propriétaires terriens ont inspiré le jeu:

“Le travail sur la Terre nourricière produit des salaires”

Et les trois mots qui perdurent depuis plus d’un siècle après que Lizzie les ait griffonnés: GO TO JAIL  (allez en prison)

Lizzie a tracé neuf espaces rectangulaires le long des bords du tableau entre chaque ensemble de coins. Au centre de chaque groupe de neuf espaces se trouvait un chemin de fer, avec des espaces à louer ou à vendre de chaque côté. Les cases de nécessités absolues proposaient des produits tels que du pain et un abri, et les espaces de franchise offraient des services tels que l’eau et la lumière. 

Au fur et à mesure que les joueurs parcouraient le tableau, ils travaillaient et gagnaient un salaire. Chaque fois que les joueurs passaient dans l’espace de la Terre nourricière, ils étaient «supposés avoir accompli un travail sur la Terre nourricière» et recevaient 100 dollars de salaire. Les joueurs à court d’argent étaient envoyés à la Poor House.

Les joueurs entrés malgré eux sur une case sans droit du sol étaient envoyés en prison, où les malheureux devaient s’attarder jusqu’à ce qu’ils purgent leur peine ou paient une amende de 50 $. Servir leur temps signifiait attendre jusqu’à ce qu’ils obtiennent un double dé. The landlord game avait deux règles : la règle initiale,  anti-monopole (on gagne lorsqu’il y a création de richesse) et la suivante, pro-monopole (le Monopoly actuel , on gagne quand on a tout pris aux autres).

*****

L’histoire attribue l’invention du Monopoly à Charles Darrow en 1934. Il présente alors le jeu à la société Parker Brothers. Ces derniers trouvent les règles trop complexes. Du coup Darrow modifie les règles pour en faire un jeu plus capitaliste où seul la victoire par monopole est valide. C’est un best-seller qui sera vendu à 20 000 exemplaires par semaineEn 1936, la firme Parker prend soin de racheter les droits originaux du jeu à son inventrice pour la somme dérisoire de 500 dollars. Elle souhaitait que le jeu soit diffusé afin que son message anti-capitaliste touche le plus de monde. Mais le livret de règles qu’elle avait créé est supprimé du jeu. Résultat : fini la diffusion d’idées anti-capitaliste on passe à la glorification de l’idéologie liée au monopole.

Darrow, qui devient le premier vrai milliardaire du Monopoly,  affirma jusqu’à sa mort, en 1967, qu’il avait inventé le jeu, effaçant toutes traces d’Elizabeth Magie. Il faut attendre 1974 pour qu’Elizabeth Magie soit reconnue comme la réelle inventrice du Monopoly. En effet cette année là, le docteur Ralph Amspach crée un Anti-Monopoly pour revenir aux vrais valeurs du jeu. La société Parker Éditions poursuit alors Amspach pour utilisation du nom “Monopoly”. Pour sa défense, il affirme que le jeu a été créé par Elizabeth Magie et que le but était à la base de dénoncer le capitalisme. Son jeu est donc la version de Landlord game.

Après un procès de dix ans, en mars 1983 , la cour d’appel de San Francisco attribue définitivement l’invention du jeu à Elizabeth Magie et autorise Amspach à utiliser le nom d’Anti-Monopoly.Pendant la période du procès le jeu avait été commercialisé mais juste sous le nom d’Anti.

Le Monopoly est un jeu de société édité par Parker Brothers, une filiale de Hasbro.

Les joueurs se font concurrence pour acquérir des propriétés et gagner de l’argent grâce a l’achat, la location et l’échange de propriétés à l’aide d’argent fictif. Les joueurs se déplaçent à tour de rôle dans le jeu en fonction de jets de dés. Le but du jeu est de posséder tous les biens en poussant les autres joueurs à la faillite. Le jeu tire son nom du concept économique de monopole, la domination d’un marché par une seule entité.

Les Règles du jeu.

Au début, tout le monde  commence la partie avec un capital équivalent et tout le monde est content… La banque (l’état) dirige ± le jeu.(1 billet par ci, 2 billets par-là)… Les enfants s’amusent bien…super…

Ensuite, comme le jeu est individualiste et a pour but de gagner de l’argent sur le compte des autres. de devenir riche en appauvrissant les autres…(le gâteau ne grandit pas, il y a juste des « joueurs » qui prennent une part de plus en plus grosse)…Ça dégénère…

Davantage qu’un simple jeu, le Monopoly est un révélateur/ formateur social

Chaque partie pourrait faire l’objet d’une étude comportementale destinée à démontrer que «l’homme est un loup pour l’homme»

Observez comment les enfants endossent les rôles prévus par l’agencement du jeu:

  • Celui dont le principal plaisir est de gérer la banque (l’état), de distribuer les salaires et les terrains acquis par les joueurs. Remarquez sa transformation en gardien obtus des règles, qui fait régner la terreur de sa voix fluette, refusant toute manigance, tout don aux démunis, parce que «ce n’est pas écrit!». Le voilà qui apparaît alors sous les traits d’une administration tyrannique.
  • Cet autre enfant, béni par la chance. A chaque passage d’un joueur sur ses hôtels rue de la paix (vous savez les cases bleu), il encaisse avec jubilation «Quarante mille francs s’il te plaît!» un problème de versement de loyer? une fleur, un petit rabais; pour les arranger, mais surtout parce qu’il espère bien renouveler son plaisir de les tondre au prochain tour. Faire durer le supplice, juste un petit peu, quelle jubilation!
  • Et les autres enfants, les perdants (les pauvres), ceux qui, comme vous, n’ont pas su acheter au bon moment, qui ont acquis des canards boiteux ou que la chance a délaissés, et bien, ils tentent comme ils peuvent de s’en sortir. Ils supplient la clémence des nababs ou cherchent à les arnaquer, volent la banque, pipent les dés. A leur décharge,  ils prétendront que c’est le système de jeu qui les y a poussés.

Fin de la partie ? Nous observons  3 possibilités:  

  • Soit les enfants se bagarrent… les pauvres s’énervent et se révoltent et ça se termine en pugilat …Ce que nous n’avons pas envie…Nous n’aimons pas que nos enfants se battent entre eux.
  • Soit les riches et/ou la banque donnent de l’argent aux pauvres pour continuer à jouer…
  • et ensuite ? Nous nous retrouvons dans la même situation.

C’est ce qui se passerait si par exemple les revendications économiques  (hausse de minima sociaux, taxation des dividendes,…) étaient acceptées…Cela ne servirait pas à grand-chose…juste à jouer un peu plus longtemps au « jeu du Monopoly»…nous nous retrouverions un peu plus tard dans la même situation qu’actuellement.

  • Soit les pauvres décident d’arrêter et de jouer à un autre jeu et laissent les riches jouer entre eux…(Ce que nous avons envie)…
  • Soit des riches décident d’arrêter de jouer au Monopoly pour jouer avec les pauvres à un autre jeu, les joueurs discutent ensemble et se mettent d’accord sur le simple fait de changer de jeu puis se mettent  d’accord sur à quel jeu ils vont jouer…ce qui est loin d’être le cas à l’heure actuelle…

La société se trouve au bout du rouleau.

C’est la fin de la partie de Monopoly,

là où les gagnants raflent tout et plus, où les prix ont décuplé, où les droits s’envolent, et où les effets redistributeurs des cartes «chance» n’ont plus qu’un effet dérisoire. Celui où les perdants n’arrivent plus à rembourser les sommes toujours plus démentielles qu’on leur demande. La fin d’une partie de Monopoly est un effondrement et c’est tant mieux : c’est un jeu, il doit se terminer pour que la vie reprenne ses droits.

« Les règles sont les règles, on s’est mis d’accord au départ, on ne peut rien changer » Emmanuel Macron.

Président de la fin de partie, il organise la curée des vainqueurs.

Les réformes ne se font qu’au profit de ceux qui ont déjà gagné, qui trouvent que le dépeçage des perdants traîne en longueur, qui pensent qu’une fois la partie gagnée, rien ne doit rester aux mains de «ceux qui ne sont rien». Les gagnants s’ennuient dans la partie de Monopoly qui se termine en France, déjà ils lorgnent sur les autres tables, où ils rêvent de  se confronter  avec leurs millions à d’autres joueurs.

« Les Français sont mauvais joueurs ! Ils aiment se plaindre ! Qu’ils payent donc leur dû, qu’ils nous laissent jouer plus gros avec d’autres gagnants ! » disent les premiers de cordée occupés à couper la corde.

C’est l’effet éducatif de ce jeu :

Au Monopoly comme dans le capitalisme dérégulé, la partie finit en effondrement.

  • Dans le jeu, c’est heureux : il faut bien que la partie finisse.
  • Dans la vie, c’est inadmissible : il faut bien que la société continue.

C’est pourquoi, ces règles du jeu, il faut les revoir. Sans ménagement. Sans excessive délicatesse. Dans la brutalité de l’urgence.