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Quand le CNRS recale le meilleur candidat

Brève publiée le 10 juillet 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://www.lemonde.fr/blog/huet/2019/07/08/quand-le-cnrs-recale-le-meilleur-candidat/

L’affaire Menuet pourrait sembler abracadabrante. On y découvre comment le CNRS, sa direction tout au moins, décide de se priver d’un chercheur en économie prometteur, classé premier par un jury de spécialistes dans un concours de recrutement. Une affaire étrange, où l’on cherche en vain une logique scientifique, ou de management des compétences au service de la recherche publique dans son ensemble. Une affaire qui met le CNRS en danger d’illégalité.  Une affaire où la bonne solution pour tout le monde – chercheurs, laboratoires et institutions – semble d’évidence mais n’est pas adoptée. 

Résumons. Le 29 mars 2019 la section 37 du Comité national de la recherche scientifique siège en jury. Elle doit classer des candidats pour 3 postes de chargés de recherche. Parmi les nombreux candidats, Maxime Menuet. Il surclasse tous les autres. Thèse brillantissime (prix de la Banque de France), plusieurs publications remarquées, à 27 ans seulement, il reçoit d’emblée des suffrages sans appel : un soutien massif pour lui au premier tour. Le jury le classe directement premier et passe à l’examen des suivants. Affaire classée ? Non, le 6 juin, le jury d’admission, constitué par la direction de l’Institut national des sciences humaines et sociales, sabote le travail de la section. Le premier, Maxime Menuet, est carrément exclu de la liste. Et le troisième recruté n’avait pas été classé en position favorable par le jury d’admissibilité. L’affaire Menuet commence.

Protestation de la section 37 du CoNRS.

Dérives d’une pratique néfaste

Une affaire révélatrice des dérives auxquelles conduit une pratique néfaste, fondée sur le mépris du jugement scientifique et dont l’ampleur croît.  Il s’agit de la mise en cause des choix de recrutement opérés par les pairs – lors d’examens minutieux des dossiers et de l’audition des candidats aux postes de chercheurs – par la direction du CNRS. Une pratique déjà dénoncée dans d’autres affaires – avec des soupçons de traitement injuste – mais qui prend là un tour étrange : le CNRS se serait tiré une balle dans le pied… pour se plier au désir de l’Institut de recherche pour le développement. Un établissement de recherche aux missions précieuses, destinées à aider les pays du Sud, mais dont le poids institutionnel est minime au regard de celui du CNRS. Une affaire abracadabrante, parce que, selon les mots même d’un membre du jury d’admission, formé par la direction, il n’y a rien de « scientifique » dans cette décision.

Erreur collective

Mais qu’est-ce que cette affaire a d’institutionnel ? A l’origine, une erreur collective où la responsabilité la moindre est celle de Maxime Menuet. Après sa thèse, il cherche un poste. Logique. Dans un contexte de pénurie, il n’hésite pas à candidater à l’IRD. Soutenu par un directeur du laboratoire CERDI (à Clermont-Ferrand), il y est recruté. Le laboratoire où il est affecté est en proie à des dissensions fortes, scientifiques et d’accès à des ressources extérieures, liées à du mécénat privé. Se rendant compte qu’il n’est pas au meilleur endroit pour conduire sa recherche, Menuet candidate au CNRS, où sa qualité scientifique est reconnue par le jury de la section 37.

L’erreur aurait dû s’arrêter là. L’IRD aurait récupéré une capacité de recrutement sur le poste ainsi libéré, le CNRS aurait recruté un brillant chercheur. Tout le monde gagnant. Y compris le laboratoire de Clermont-Ferrand (le CERDI) puisque, avec la démission de Menuet, le CERDI pouvait très bien récupérer un poste. Mais non. Par sa décision brutale, suite à une intervention de l’IRD – à un niveau inconnu – auprès de la direction du CNRS – à un niveau inconnu, mais probablement l’INSHS – le jury d’admission met tout le système la tête en bas. La seule justification avancée  – « on ne se pique pas de chercheurs entre organisme de recherche » – est stupide et contraire à la politique de mobilité prônée par le gouvernement.

Antoine Petit est-il intervenu avant la décision du jury ? Aucun élément ne permet de le dire. En revanche, on a presque envie de lui dire : « puisque vous avez récemment défendu le droit de la direction du CNRS de prendre la décision finale de recrutement, faites-le intelligemment ». En appliquant la règle d’or du CNRS : recruter les meilleurs (c’est d’ailleurs la vraie raison pour laquelle toutes les tentatives de la droite (dès 1986 sous Chirac) de supprimer le statut de chercheur à temps plein des organismes de recherche ont été stoppées, par crainte de voir le système scientifique français affaibli par le recrutement de type universitaire).

Sylvestre Huet

Post scriptum : quelles relations entre mathématiques et économie, par Maxime Menuet.