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    Le capitalisme et les inégalités sociales de santé

    santé

    Brève publiée le 13 juillet 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://www.lariposte.org/2019/07/le-capitalisme-et-les-inegalites-sociales-de-sante/

    Par Chloé Stephan, PCF 76

    La crise économique mondiale de 2007-2008 a jeté des millions de travailleurs dans la précarité, l’isolement ou la marginalité et creusé le fossé des inégalités sociales entre les plus pauvres et les plus riches, dans et entre les pays, mais aussi les inégalités sociales de santé bien souvent occultées mais qui pourtant reflètent les contradictions du système capitaliste.

    On observe ainsi que la plupart des indicateurs de santé (espérance de vie, espérance de vie en bonne santé, santé perçue, adoption de comportements favorables à la santé, utilisation du système de santé…) se dégradent en allant des catégories sociales les plus favorisées aux plus précaires. Par exemple, au bas de l’échelle sociale, le risque de maladie graves ou de décès prématurés est 2 fois plus élevée qu’au sommet.

    Pour lutter contre ces inégalités sociales de santé, il est impératif d’agir sur les facteurs personnels, sociaux, économiques et environnementaux qui impactent la santé. Ces facteurs ou « déterminants de santé » interviennent à différents niveaux : individuel (génétique, comportements),  milieu de vie (travail, école, famille, habitat, quartier, environnement physique, services de proximité) et environnement global, c’est à dire de la société dans laquelle nous vivons (économie, organisation sociale et politique, politiques publiques, valeurs/normes, services de santé, marché du travail, médias, lois).

    Source : La santé et ses déterminants : mieux comprendre pour mieux agir , Publications du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, 2012.

    Ainsi, les inégalités sociales de santé, dans et entre pays, sont causés par des facteurs qui déterminent la façon dont les gens grandissent, vivent, travaillent et vieillissent et qui sont présents à tous les niveaux (mondial, national et local). Comme le résume, l’anthropologue Didier Fassin, les inégalités sociales de santé sont le résultat des inégalités produites par les sociétés et qui s’expriment dans les corps.

    Ainsi, on constate que la structure économique, sociale et politique de la société capitaliste dans laquelle nous vivons aujourd’hui , basée sur l’antagonisme de classe, entre riches et pauvres, capitalistes et travailleurs, est à l’origine de ces inégalités sociales de santé. « La France fait partie des pays où les inégalités sociales de mortalité et de santé sont les plus élevées en Europe occidentale et celles-ci n’ont eu aucune tendance à régresser ces dernières années, contrastant avec l’amélioration du niveau moyen de l’état de santé » (Les inégalités sociales de santé, Actes du séminaire de recherche de la DREES 2015-2016).

    Hors contrairement à d’autres ressources, la santé est une dimension essentielle dans la poursuite de buts et d‘objectifs de vie. Elle devrait être un droit fondamental et universel pour tous.

    Promouvoir la santé pour tous implique la mobilisation individuelle et collective des personnes dans la défense de leurs droits, dans l’amélioration de leur santé et de leur qualité de vie au quotidien. La santé n’est pas l’absence de maladie mais un état complet de bien-être à la fois physique, psychique et social.
    Cet état signifie que les personnes puissent développer leur confiance en leurs capacités individuelles et collectives et disposer d’un plus grand contrôle sur leurs conditions matérielles d’existences. La santé n’est pas un but dans la vie mais un moyen au service de la réalisation du potentiel de chacun. Par exemple, une personne qui souffre de dépression ou qui manque de confiance en elle, aura plus de difficulté à prendre soin d’elle et à atteindre ses buts dans la vie. Il s’agit ici de placer la santé de l’homme et de son environnement au cœur des ambitions politiques afin de répondre de façon concrète aux besoins des populations.

    Sur le plan pratique, il s’agit notamment de développer l’action communautaire en santé. « Il s’agit d’une démarche éthique et démocratique qui place l’humain au cœur de l’action et comme une priorité de tous ses objectifs associant tous les acteurs à sa co-construction, en changeant les relations de domination en relation de négociation et de réciprocité » (Philippe Lefèvre, communication à l’institut Renaudot, 2008). L’action communautaire en santé prend son sens dans l’engagement de tous les acteurs de la communauté (membres d’un groupe qui ont des intérêts communs et qui partagent des principes par exemple des habitants d’un même quartier notamment précaire) pour la justice sociale, la solidarité, la démocratie et le respect.

    En d’autre termes, il s’agit concrètement de mobiliser et faire participer (réellement) la communauté à : l’identification des besoins et leur priorisation, la prise des décisions, l’élaboration et la mise en œuvre des stratégies de planification, la recherche de la meilleure utilisation des ressources, la stratégie la plus adaptée, la mise en place d’un processus d’évaluation permanente. Tout ceci basé sur un mode de concertation et de participation des intéressés en vue d’atteindre une meilleure santé. Cela implique de partager le pouvoir et le savoir entre les élus, les militants, les professionnels et les habitants au sein des communautés. Dans cette démarche, les communautés sont ainsi considérées comme capables de prendre en main leurs destinées et d’assumer la responsabilité de leurs actions. Bref, c’est agir concrètement pour mettre en place une nouvelle forme d’organisation, bien plus démocratique qu’à l’heure actuelle. Dans cette perspective, toute tentative sérieuse de lutte contre les inégalités sociales de santé va de pair avec la lutte contre le capitalisme et l’État bourgeois, responsable des inégalités en tout genre, reproduisant les inégalités économiques et sociales dans le domaine de la santé. La question de la promotion de la santé, en tant que droit et ressource universelle globale , apparaît aujourd’hui comme une stratégie potentiellement mobilisatrice, face à l’urgence sociale, démocratique et climatique.

    Cette forme de mobilisation et de développement social existe (bien que marginal) et est expérimenté dans des quartiers prioritaires via la constitution, la formation et l’accompagnement de groupes d’habitants qui souhaitent contribuer à l’amélioration de leur santé, de celles des autres et de la qualité de vie dans leur quartier. L’utilisation de techniques d’animations issu de l’éducation populaire, la posture de l’animateur (partenariat, non-jugement, altruisme et évocation) permet d’instaurer une dynamique de groupe et un espace d’intelligence collective. Cette dynamique constructive et positive vient du fait que les habitants font l’expérimentation concrète d’une organisation démocratique basée sur des principes d’équité. Cette approche vise à conscientiser les populations de l’action de tout un chacun sur sa santé, sur son environnement, bref, qu’il est possible d’agir mais que cela nécessite une organisation démocratique. En incluant les habitants dès la conception des projets qui concourent à l’amélioration de leur santé et de leur cadre de vie, on renforce leur estime d’eux-même, leur croyance en leur capacité d’action et on leur redonne confiance en l’action collective. Cette approche à la vertu de reconnecter les populations avec l’idée de la Politique, c’est à dire de la gestion de la société en commun, non plus faite par une minorité dont c’est le métier et bien souvent au service du capital, mais par l’ensemble de la population.

    Les élus et les militants communistes doivent, partout ou cela est possible, accompagner cette libre association des habitants entre eux et instaurer une gestion démocratique des collectivités, au service de la santé des populations, avec l’ensemble des acteurs concernés, à savoir ceux qui travaillent (les professionnels), ceux qui militent (les élus, les associations, les syndicats) et ceux qui vivent (les habitants) sur le territoire.

    « C’est seulement grâce à un travail systématique, constant, inlassable, courageux d’agitation et d’organisation, toujours en relation avec l’expérience des masses elles-mêmes, qu’on peut extirper de leur conscience les traditions de soumission et de passivité. » (Trotsky).

    En ce qui concerne le programme du mouvement ouvrier, il doit comprendre non seulement des revendications immédiates mais aussi un projet de société. Il lui incombe de faire comprendre aux militants, aux travailleurs et aux habitants que tous les problèmes de société qui pèsent sur leur vie quotidienne sont liés à la structure capitaliste de la société. Le mode de production industriel actuel basé sur l’exploitation des ressources naturelles et humaines a des conséquences désastreuses sur la santé des populations et de l’environnement (pollution, déchets, risques psychosociaux, pénibilité au travail, troubles psychiques, disparition des espèces, réchauffement climatique…). Plus que jamais, nous avons besoin d’un programme révolutionnaire, porté par des organisations. La seule solution pour à terme mettre fin à ces inégalités est le renversement du capitalisme via la mobilisation des masses et leur appropriation démocratique de la gestion de la vie au quotidien. Dans cette perspective, il s’agit désormais de remettre en cause la question de la propriété privée des grands leviers de l’économie et les pratiques démocratiques actuelles, aussi bien au niveau des États, des Pays, des Collectivités et des Entreprises.