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    Gilets jaunes: le jour où les quartiers chics ont eu peur

    Gilets-jaunes

    Brève publiée le 25 juillet 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    Le Monde montre ici toute son empathie pour nos amis les riches... Leur traumatisme est vraiment horrible, nous compatissons également...

    (Le Monde) Depuis l’automne 2018, les « gilets jaunes » saturent l’actualité. Cet été, « M » revient sur des aspects méconnus de cette crise sociale inédite. Après les violences sur les Champs-Elysées, la panique s’était emparée des habitants des arrondissements voisins.

    Par Vanessa Schneider 

    Elle est arrivée d’un coup, comme une soudaine chute de grêle au cœur d’un hiver doux. Elle a saisi ceux qui s’y attendaient le moins, s’est glissée dans les maisons et s’est faufilée dans les esprits. Le samedi 1er décembre 2018, la peur s’est abattue sur les beaux quartiers de Paris. Elle a revêtu une couleur, le jaune, celle des gilets du même nom, et un slogan, « sus aux riches », qui les fait encore frémir.

    Pour la première fois de leur vie, les habitants des 8e et 16e arrondissements parisiens, les plus huppés de la capitale, ont subi la violence aux portes de leurs appartements, craignant pour leurs biens et parfois pour leur vie.

    La casse, les voitures en feu, les vitrines brisées, ils les voyaient jusqu’alors sur les chaînes tout-info confortablement installés dans leurs salons douillets. Ils se sentaient à l’abri, si loin des cortèges habituellement cantonnés dans l’est de la capitale, sur les grandes artères qui relient les places de la Nation, de la Bastille ou de la République. N’était-ce pas pour le calme et la tranquillité qu’ils avaient choisi de vivre ici, dans cet Ouest aux vastes avenues élégantes et aux parcs parfaitement entretenus ?

    « C’était la première fois qu’on assistait à des actes de vandalisme, on n’avait pas d’expérience. » Yves, habitant du seizième arrondissement

    Le fameux samedi 1er décembre où, pour eux, tout a basculé, ce grand patron a bondi de son fauteuil en entendant les grilles de sa demeure céder sous les bras de manifestants enragés. Propriétaire d’un hôtel particulier doté d’un jardin avec vue sur l’Arc de triomphe, il était en train de suivre l’acte III de la mobilisation des « gilets jaunes » à la télévision, regardant, éberlué, des groupes de casseurs vandaliser le monument. Il n’aurait jamais imaginé qu’il les retrouverait sur sa pelouse.

    Sans réfléchir, il s’est précipité dehors en hurlant : « Sortez de là ! Vous êtes chez moi ! » Le petit groupe d’énervés, qui n’avait sans doute pas pensé qu’une telle bâtisse puisse appartenir à une famille – le siège d’une banque ou d’une grande entreprise, une ambassade, peut-être ? –, a reculé, surpris et penaud. L’hôtel particulier a été préservé ; la peur, elle, s’est durablement installée. « Les casseurs ont tapé sur les fenêtres pour essayer d’entrer dans la maison. C’était l’anarchie, j’espère ne jamais revivre ça », racontait quelques heures plus tard un voisin encore sous le choc au micro de France Bleu.

    Le patron a fait renforcer son enceinte et s’est offert les services d’une société de sécurité. Il a surtout beaucoup raconté sa mésaventure dans les dîners en ville, et la terreur s’est propagée tel un poison, de table en table, de déjeuners en soupers, de coups de téléphone en messages. Avec un terrible constat partagé par tous : c’était bien eux qui étaient visés, les nantis, les riches ou supposés l’être, ces privilégiés dont la foule en colère demandait la tête.

    Restaurants saccagés

    Le lendemain, dimanche 2 décembre, les riverains de la place de l’Etoile sont sortis constater les dégâts, hébétés. L’avenue Foch offre alors un spectacle de désolation avec ses rangées de voitures cramées jusqu’au châssis. Avenue de la Grande-Armée, ce sont les restaurants qui ont été saccagés. Les alentours sont dévastés : feux de circulation et panneaux arrachés, bitume fondu formant de larges crevasses, barricades de fortune abandonnées, devantures éventrées, vitrines en miettes, magasins pillés.

    Au total, ce samedi-là, les pompiers de Paris sont intervenus sur 239 départs de feu, dont 112 voitures, 116 incendies de mobilier urbain, et même six immeubles. Ici et là, des tags griffent les façades. « On va casser du riche », lit-on avenue Kléber. « On va faire danser la bourgeoisie », voit-on ailleurs. « Vous avez cherché la merde, vous l’avez eue », a écrit une main anonyme un peu plus loin.

    Même les sapins de Noël de la bijouterie Chopard du quartier de la Madeleine ont été renversés et piétinés. « C’était épouvantable, notre rue a été massacrée, se souvient Yves, chef d’entreprise à la retraite qui habite avenue Kléber depuis douze ans. Une colonne de fumée noire montait jusqu’à notre appartement, au huitième étage, on a cru être intoxiqué au monoxyde de carbone, l’odeur était insupportable, on a eu peur qu’ils mettent le feu à l’immeuble. On appelait les pompiers, mais ils étaient débordés. C’était la première fois qu’on assistait à des actes de vandalisme, on n’avait pas d’expérience. » Les week-ends suivants, ses enfants lui ont interdit de mettre un pied dehors : trop dangereux.

    « J’ai essayé de discuter avec eux plusieurs fois, c’était impossible : on devait être les premiers à monter sur l’échafaud. » Didier, locataire près de l’Etoile

    « J’ai vécu dans des pays violents mais, pour la première fois de ma vie, j’ai eu peur, renchérit Isabelle, cadre dans l’assurance, qui habite le 16e arrondissement avec son mari et ses deux jeunes enfants. Il y avait cette fumée permanente, des barricades partout, le bruit des bombes lacrymogènes résonnait dans les appartements. » « C’était la guerre », résume Didier, cadre commercial de 43 ans, locataire à deux pas de l’Etoile. Le 1er décembre, de retour d’un déplacement professionnel en Polynésie, il a eu un mal fou à regagner son domicile, situé dans une petite rue jouxtant l’Etoile. Une galère qui a duré des mois.

    Comme Yves, il était plutôt favorable aux revendications des « gilets jaunes ». Mais son empathie s’est émoussée au fil des pillages : « C’était le chaos, l’anarchie, ils frappaient sur les poteaux, cassaient tout ce qui leur passait sous la main, ils étaient souvent très alcoolisés, certains avaient l’air possédés, comme s’il fallait détruire à tout prix. Notre quartier était devenu une “no-go zone”. Nous n’étions plus les bienvenus chez nous, plus en sécurité. »

    Une violence vécue comme une injustice : « Je ne roule pas sur l’or, je n’ai pas de voiture ni de maison de campagne, je paye mes impôts, je vis normalement, je n’ai pas l’impression de profiter du système, mais ils nous voyaient comme des nantis. J’ai essayé de discuter avec eux plusieurs fois, c’était impossible : on devait être les premiers à monter sur l’échafaud. »

    Les patrons s’affolent

    La peur n’épargne personne, retraités, familles, simples salariés, mais aussi les grandes fortunes. Certains puissants perdent leur sang-froid. Dans les jours et les semaines qui suivent les violences du 1er décembre, une poignée de grands patrons qui ont l’oreille du président appellent, affolés, leur ami Emmanuel Macron. « Il faut céder comme en 68 ! », lui répètent-ils en substance.

    Tout à leur frayeur, d’aucuns vont même jusqu’à suggérer le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Plutôt tout lâcher que finir sur la guillotine. Les mêmes téléphonent à Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef. « C’est la première fois qu’ils se sont retrouvés confrontés à des manifestants dans leur rue, à leur porte », excuse ce dernier tout en soulignant que la « panique » n’a touché qu’une minorité de ses adhérents.

    Lorsque Emmanuel Macron demande aux chefs d’entreprise de l’aider à améliorer le pouvoir d’achat dans son allocution du 10 décembre, ils sont mûrs pour contribuer à « l’effort de guerre ». C’est à qui fera montre de la plus grande prodigalité. « Total a commencé très fort, puis tout le CAC s’est emballé », se souvient Geoffroy Roux de Bézieux un brin amusé. Le patron d’Iliad, Xavier Niel (actionnaire à titre personnel du Monde), promet une prime exceptionnelle de solidarité de 1 000 euros à 6 000 de ses salariés installés en France.

    Patrick Drahi, d’Altice, embraye. Publicis annonce un coup de pouce pour 1 587 de ses bas salaires. Stéphane Richard, le PDG d’Orange, distribue entre 500 et 1 000 euros à 20 000 salariés. Les directions des grands groupes se mobilisent. LVMH, qui a salué bruyamment « l’excellente mesure de nature à soutenir sans délai le pouvoir d’achat », s’engage également à verser des primes à ses petits salaires.

    L’écrin des puissances de l’argent

    Au plus haut niveau de la holding, après la mise à sac de Dior joaillerie, on craint le pire. Plusieurs scénarios d’attaque sont envisagés, et notamment l’incendie de la Fondation Louis Vuitton, Porte-Maillot. Une étude montre que, si le bâtiment peut être sauvé des flammes, la fumée, en revanche, endommagerait gravement les collections. Il est conseillé à Bernard Arnault de renforcer la sécurité de l’institution ainsi que celle de sa famille. Il refuse. Les grands patrons comprennent vite qu’ils ne sont pas dans le viseur des « gilets jaunes ».

    Les sièges des élus sont davantage attaqués que ceux des entreprises. Une seule permanence territoriale du Medef a été taguée sur les cent vingt que compte la confédération patronale.

    « Au début, beaucoup de “gilets jaunes” étaient des artisans ou des dirigeants de PME. Le mouvement n’était pas dirigé contre les patrons. Je dirais même que c’est le premier mouvement social dans l’histoire qui ne s’est pas fait contre le patronat », analyse Geoffroy Roux de Bezieux. Il en veut pour preuve l’absence de grèves pendant cette période. « Quand ils ont réalisé qu’ils ne craignaient rien, les mêmes qui étaient prêts à tout céder quelques jours plus tôt disaient qu’il fallait tenir bon, se souvient, en souriant, le président du Medef. La grande peur des bien-pensants était passée. »

    Plus que les entreprises, c’est le pouvoir qui est visé ; l’élite, les riches ou ceux désignés comme tels. A ce titre, les habitants du 16e arrondissement de Paris sont spontanément considérés par la foule comme l’incarnation de cette France des possédants et des privilégiés. « Le seizième a toujours été stigmatisé. Cela remonte aux années 1930 et au mythe des deux cents familles [selon lequel un petit groupe contrôlerait l’économie du pays], quand la bourgeoisie s’y installait en masse », note Claude Goasguen, député (Les Républicains) et ancien maire de l’arrondissement.

    Une réputation injustifiée, selon lui. « On a certes un gros ISF immobilier avec 70 000 contributeurs, mais c’est loin derrière le 7e et le 8e, qui ne sont jamais vilipendés. Sans compter que les vrais riches ne sont pas à Paris, ils habitent depuis longtemps au Luxembourg ou en Belgique. » Il n’empêche, le 16e reste dans l’imaginaire collectif l’écrin des puissances de l’argent.

    La fuite à Deauville

    Alors que les samedis de mobilisation se suivent et se ressemblent, les habitants de l’arrondissement sont contraints de changer leurs habitudes. Dès le 8 décembre, les voitures disparaissent des rues, notamment les plus luxueuses. Le vendredi, on les cache au fond des parkings souterrains ou à la campagne.

    Les plus inquiets et les plus fortunés ont recours à des sociétés de sécurité privées. Quelques hôtels particuliers s’équipent de safe room, pièce sécurisée avec eau, nourriture et moyens de communication pour se replier en famille en cas de grabuge. L’habitude est rapidement prise de s’exiler tous les week-ends. Les maisons de campagne sont ouvertes dès le vendredi après-midi jusqu’au dimanche tard dans la nuit, les chambres d’hôtel réservées d’une semaine sur l’autre.

    « Je ressens un malaise à me frotter les mains. J’aurais préféré moins bien travailler et que la société se porte mieux. » Serge Salmon, restaurateur à Trouville

    Le premier trimestre enregistre un boom de fréquentation sur la côte normande, mais aussi en Bretagne et dans les Hauts-de-France. Plus 70 % de réservations hôtelières en Seine-Maritime par rapport à 2018, + 55 % dans le Calvados, + 40 % dans la Manche, + 35 % dans l’Eure ou dans les Côtes-d’Armor. La seule commune de Deauville (Calvados) voit son taux augmenter de 55 % selon les chiffres de la plateforme de voyages Expedia Group.

    Une manne pour les économies locales : Montfort-l’Amaury, Fontainebleau, Forges-les-Eaux (Seine-Maritime), Le Touquet (Pas-de-Calais), Deauville, Trouville… Les restaurateurs et les commerces en profitent. Car, plutôt que de rester à Paris regarder brûler leurs grosses cylindrées, certains préfèrent aller faire chauffer leurs cartes bleues à l’abri des casseurs.

    Deauville devient ainsi un refuge idéal : deux heures et demie de Paris par l’autoroute, hôtels et restaurants en pagaille. Avec un atout supplémentaire en période de fête sur les autres destinations : une offre pléthorique d’enseignes allant d’Hermès à Benetton en passant par les marques de prêt-à-porter haut de gamme. Sans compter les joailleries, antiquaires ou magasins de décoration, il y en a pour tous les goûts.

    C’est ici que les « exilés du week-end » en profitent pour faire leurs courses de Noël. « Nous avons constaté une activité économique en hausse, des records de flux et de consommation, reconnaît le maire (Nouveau Centre) de la ville, Philippe Augier. Les gens ne voulaient pas rester à Paris à cause des exactions des “gilets jaunes”. A cela s’est ajoutée une météo très douce pour la saison qui a favorisé les déplacements. »

    Résultat : 20 % à 30 % de bénéfices supplémentaires pour les commerces de la région fin 2018 et une affluence remarquable en janvier et février, généralement considérés comme période creuse pour les hôteliers et les restaurateurs. Serge Salmon, le patron des Quatre Chats, restaurant en vue de Trouville, avoue avoir fait une excellente saison. « On a travaillé à merveille », confie-t-il, en ayant néanmoins du mal à se réjouir : « J’ai commencé dans ce restaurant avec un smic à deux. Même si ça marche bien aujourd’hui, je ressens un malaise à me frotter les mains. J’aurais préféré moins bien travailler et que la société se porte mieux. »

    Un traumatisme profond

    Pour tous les autres, ceux qui ne disposent pas de résidences secondaires et de comptes bancaires opulents, il a fallu s’organiser. L’épouse d’Yves, le retraité de l’avenue Kléber, était si inquiète après le 1er décembre que son mari l’a emmenée dormir le week-end suivant dans un hôtel de Neuilly. Le dimanche, ils ont croisé une dizaine de « gilets jaunes » en sortant de l’établissement et se sont dit que décidément ils ne seraient tranquilles nulle part. Alors autant rester chez eux, fenêtres et volets fermés. « Quand le vendredi soir on voyait les banques recouvrir leurs façades, on savait que ça allait casser le lendemain », raconte Yves.

    « Jusqu’en mars, on a vécu sous couvre-feu. » DIdier, habitant du seizième arrondissement

    Claude Goasguen pointe le rôle des chaînes d’information en continu qui donnent à voir une guérilla urbaine permanente et celui des réseaux sociaux où se propagent photos et vidéos-chocs, témoignages, rumeurs et « fake news ».

    « Il n’y a pas eu de mise à sac du 16e, assure-t-il. Néanmoins, pour les gens, c’était l’horreur. L’inquiétude a gonflé par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Les mères de famille – très puissantes dans cet arrondissement et regroupées en associations – considéraient qu’il y avait un risque majeur à envoyer leurs enfants à l’école. Des groupes Facebook composés de milliers de personnes échangeaient au sujet des violences et relayaient les angoisses, parfois à l’excès. Il a fallu essayer de rassurer. »

    Pour Noël, les habitants ont fait au plus simple et ont tout acheté sur Internet. « Le grand bénéficiaire a été Amazon », soupire Claude Goasguen, qui assure que certaines enseignes de son arrondissement ont vu leur chiffre d’affaires baisser des trois quarts.

    Isabelle, avec ses deux enfants en bas âge, s’est arrangée pour fuir les gaz lacrymogènes de son quartier tous les week-ends, ou presque, en partant dès le vendredi dans la maison normande d’amis proches. Le reste du temps, elle a pris l’habitude de faire ses courses dans d’autres arrondissements de la capitale. Dans son immeuble, le gardien a fait office de vigie, distribuant les consignes : « laissez vos voitures dans les parkings dès ce soir », « ne sortez pas aujourd’hui ».

    Didier, lui, n’a pas voulu « déserter », même si sa rue se transformait en souricière le week-end avec des cars de CRS barrant le passage et des groupes entiers de manifestants menottés en bas de chez lui : « On devait montrer notre carte d’identité sans cesse. Jusqu’en mars, on a vécu sous couvre-feu. On n’était pas libres de nos mouvements. » Avec quelques voisins, ils se relayent le samedi matin tôt avant l’arrivée des « gilets jaunes » pour ramener des provisions aux personnes âgées qui ont peur de sortir.

    « Les habitants du seizième vivent mal d’être montrés du doigt et caricaturés. Ce qui s’est passé avec les “gilets jaunes” a ravivé la mauvaise image qu’ils ont d’eux-mêmes. » Claude Goasguen, député LR

    Alors qu’ils commençaient à peine à s’habituer à vivre au rythme des samedis de colère, mi-mars, une vidéo postée sur les réseaux a tétanisé les riverains. Un « gilet jaune », face caméra, lance une « lettre ouverte aux habitants du 16e » : « On connaît vos adresses, on va faire brûler votre arrondissement. » Une nouvelle étincelle qui enflamme le quartier. Le député Claude Goasguen saisit la justice et fait interdire la vidéo. Les veilles de week-end, les résidents sont alors informés par SMS du parcours des manifestations d’après les informations données par la Préfecture. Mais « ça ne servait à rien, déplore le député. Les gens n’avaient plus confiance. »

    Huit mois plus tard, les « gilets jaunes » ne pénètrent plus dans l’arrondissement, les rues ont repris leur allure d’antan, mais la confiance n’est pas revenue. Les commerçants peinent à attirer à nouveau les clients. Les habitants ont changé leurs habitudes. Le week-end, ils ne se promènent plus, et la rue de Passy, naguère si animée, a perdu de son panache.

    Au-delà des conséquences économiques lourdes, c’est le moral de tout un quartier qui est profondément atteint. « Les habitants du 16e vivent mal d’être montrés du doigt et caricaturés, explique Claude Goasguen. Ils ont une forme de mauvaise conscience. Ce qui s’est passé avec les “gilets jaunes” a ravivé la mauvaise image qu’ils ont d’eux-mêmes. »