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Égypte : que se passe-t-il au Sinaï ?
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://npa2009.org/actualite/international/egypte-que-se-passe-t-il-au-sinai
Crédit Photo: DR.
Région constamment négligée par le pouvoir central égyptien, le Sinaï est depuis de longues années la proie de trafics en tout genre et surtout d'une guérilla de la part de « Daech Province du Sinaï », qui n'a jamais cessé depuis la destitution de Mohamed Morsi en 2013. En février 2018, le président Sissi lui a déclaré la guerre, une guerre qui, selon lui, ne devait durer que 3 mois, avec le soutien discret mais décisif de l'armée israélienne. Depuis, les communiqués de victoire n'ont cessé de se succéder, annonçant à chaque fois un nombre plus ou moins important de terroristes tués. Mais en fait, l'armée n'arrive pas à prendre le dessus dans une région qu'elle connaît mal à la différence de combattants islamistes issus des tribus locales et qui bénéficient à minima de la neutralité de la population.
Répression aveugle
Depuis quelques mois la situation s'est tendue avec l'adoption par l'armée de méthodes directement importées d'Israël. La ville d'El Arich est en situation de siège : couvre feu à partir de 22h, checkpoints, fermeture de la place principale, perquisitions à tout-va. Des maisons de personnes suspectées d’avoir des liens avec les terroristes sont détruites et parfois plusieurs fois de suite si elles ont été reconstruites entretemps. Un nombre important de familles ont d'ailleurs commencé à déménager leurs meubles et leurs biens de peur d'être visés par d'autres démolitions. Comble du cynisme, on oblige les habitantEs à acheter à leurs frais des caméras de surveillance pour contrôler les déplacements dans leur quartier. Un nombre très important de jeunes de 17 à 20 ans ont été raflés, mis en garde à vue dans les commissariats et fichés. De peur des réactions au moment des enterrements, depuis début mai on ne peut accéder aux cimetières que par l 'entrée principale, après filtrage par la police et rétention des cartes d'identité ; seules 10 personnes peuvent passer et les autorités font pression pour que les enterrements se fassent le plus vite possible.
L’échec de l'armée
Les opérations de Daech semblent s'être étendues à d'autres secteurs du nord du Sinaï puisque, début juillet, des islamistes ont envahi les rues du village de Sadate à côté de la ville d'El Abd (sud ouest d'El Arich) pour arrêter les habitantEs et vérifier les cartes d'identité. Ils ont aussi kidnappé un jeune qui s'interposait pour protéger un homme handicapé. Tous les bureaux de poste alentour ont été fermés parce que les jihadistes les avaient attaqués, volant près de 100 000 LE (5000 euros). Riposte dérisoire : l'interdiction de rouler en moto, déjà en vigueur à El Arich, a été étendue à El Abd et les villages avoisinants… Mercredi 17 juillet les jihadistes ont revendiqué la décapitation de quatre civils accusés de collaboration avec les militaires et, jeudi 18, un attentat-suicide a fait 6 morts dont un conscrit et 5 civils. Officiellement, de février 2018 à juillet 2019, environ 650 jihadistes ont été tués ainsi que près d'une cinquantaine de militaires égyptiens. Chiffres absolument pas fiables puisque les observateurs indépendants ne peuvent accéder au Nord Sinaï et que quiconque publie des chiffres de victimes différents de ceux communiqués par l'armée encourt de lourdes amendes.
Un avenir plus qu'incertain
L'armée est incapable de défaire militairement « Daech Province du Sinaï » comme elle est incapable de défendre les habitantEs. Les représailles collectives ne peuvent que jeter dans les bras de ce groupe terroriste des civils qui sont considérés par les autorités comme hostiles sinon comme sympathisants. Les effets de la crise économique qui sévit dans tout le pays soumis aux injonctions du FMI se font encore plus ressentir dans cette région défavorisée, ce qui ajoute à l'instabilité de tout le pays. La persistance du terrorisme dans le Sinaï pourrait fort bien déboucher sur une crise régionale.
Hoda Ahmed





