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Accidents du travail : hécatombe sur les chantiers des Hauts-de-Seine
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Nanterre, mardi 21 mai 2019. Un ouvrier a été décapité par une charge de coffrage en béton tombée d’une grue sur ce chantier où travaillent 150 à 200 ouvriers par jour. LP/David Livois
Avec 11 décès en sept mois, l’année 2019 est marquée par un nombre croissant d’accidents du travail mortels dans le département alors que les chantiers de construction aux délais contraignants tournent à plein régime, même pendant l’été.
Le 20 juillet à Nanterre, un samedi, un jeune ouvrier de 23 ans perdait la vie sur un chantier de construction d’un immeuble de six étages après avoir fait une chute de 8 à 10 m. Le 21 mai dernier à Nanterre déjà, un homme de 44 ans était décapité par un chargement de coffrage en béton de plusieurs tonnes tombé d’une grue sur un chantier de construction d’un immeuble de bureaux conduit par Vinci. Dans les deux cas, les délais de livraison sont très serrés.
À ces morts tragiques s’ajoutent les nombreuses personnes blessées gravement au cours de leur travail et qui, pour un certain nombre, en garderont des séquelles à vie. Depuis le début de l’été, au moins trois hommes ont été transportés à l’hôpital avec de graves blessures après des chutes sur des chantiers à Rueil-Malmaison, Sceaux et Fontenay-aux-Roses.
Le manque de qualification en cause
« Les accidents dépendent du cycle économique. La plupart des chantiers tournent cet été ce qui n’est pas toujours le cas et depuis le début de l’année, ça tourne à plein régime avec des perspectives de livraison et des délais très contraignants », confirme Jérôme Sajot, directeur du pôle travail de l’unité départementale (UD 92) de la Dirrecte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi).
Ainsi depuis le début de l’année 2019, l’UD 92 a répertorié 11 décès liés au travail et 30 accidents graves (donc avec transport à l’hôpital et comprenant les décès). Un chiffre en hausse puisqu’elle en avait répertorié cinq sur toute l’année 2018 et 12 en 2017. Les derniers chiffres officiels fournis sont ceux de 2017 et sont toujours délivrés par l’Assurance Maladie, seul organisme ayant une vision globale.
« Sur l’Ile-de-France, le réservoir de main-d’œuvre qualifiée n’est pas inépuisable. Donc parfois, on a de la main-d’œuvre moins bien qualifiée sur des chantiers qui exigent un niveau de technicité assez élevé, en tout cas dans ce département, notamment à La Défense avec les immeubles de grande hauteur », expliquent Camille Laverty et François-Pierre Constant, tous deux responsables d’une unité de contrôle de l’inspection du travail sur le territoire.
Des poursuites pénales difficiles à engager
Pour résumer, Jérôme Sajot dresse ce portrait-type : « Si vous voulez mourir au travail, il faut avoir moins de 30 ans, être non qualifié, travailler dans le bâtiment et avoir un statut précaire, donc CDD, intérim… »
Au cours de leurs enquêtes, les inspecteurs du travail découvrent souvent ces similitudes lors des drames : un travail dissimulé, un défaut de formation à la sécurité, sous la responsabilité d’un sous-traitant, pressé par les délais.
« Aujourd’hui pour mettre en cause et poursuivre au pénal la maîtrise d’ouvrage, c’est très difficile car il n’y a pas de moyen coercitif or c’est à elle que revient les garanties de principes généraux donc les règles de base de la sécurité sur les chantiers et l’obligation de coordination », regrette Camille Laverty.
Même si le nombre d’accidents du travail mortel ne fait que diminuer depuis 50 ans (il est passé de 2000 morts par an à environ 500 ces dernières années en France), la situation reste préoccupante, surtout en cette période de grands chantiers avec le Grand Paris et les JO 2024.





