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Danièle Heymann, une critique généreuse
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
La grande dame de la critique de cinéma s’est éteinte jeudi 25 juillet 2019. Elle avait 86 ans. Ses obsèques seront célébrées mercredi 31 juillet au Père-Lachaise. Notre collaborateur, qui la côtoyait au Masque et la Plume sur France Inter, lui rend hommage.

Danièle Heymann pensait, et voulait, assurer l’enregistrement duMasque et la Plume, fin août, pour la rentrée cinématographique. Elle n’imaginait pas que sa participation à l’émission du 7 juillet serait l’ultime. La doyenne s’en est allée, deux semaines plus tard, au matin du 25 juillet. À 86 ans. Elle était née le 13 mai 1933.
En mai, à la veille du festival de Cannes, alors que nous lui demandions quelle conférence de presse elle animerait cette année, et avec quels cinéastes, elle avait annoncé qu’elle n’y retournerait plus. Pour ne pas faire « le festival de trop ». Nous ne l’avons compris qu’à l’annonce de sa mort, elle masquait, avec une dignité exemplaire, une maladie fatale, au pronostic implacable. Sans rien dire de ses terribles souffrances.
Pour l’édition 2018, le festival de Cannes lui avait réservé une très belle surprise. Lors du dîner de la presse, un gâteau d’anniversaire avait soudain surgi pour fêter ses 85 ans. Ce cadeau, elle l’avait reçu avec une magnifique simplicité. Égrenant quelques souvenirs, elle avait évoqué son mari, Jean Bertola, disparu en 1989, auteur-compositeur et pianiste, accompagnateur de Charles Aznavour, ami de Georges Brassens. Savait-elle déjà que cette amicale cérémonie sonnait, en son for intérieur, l’épilogue d’un très long compagnonnage ? Pour justifier son retrait, elle invoquait cette soirée inoubliable.
Une femme de fidélité
Pour Danièle Heymann, le cinéma demeurait un perpétuel enchantement, son oxygène, son supplément d’âme. Critique aimée, respectée, elle avait eu l’insigne honneur d’être nommée au jury du festival de Cannes 1987. Mémorialiste de cet événement, elle lui avait consacré un livre souvenir et feignait d’être agacée, pure coquetterie, qu’on vienne toujours lui demander d’en raconter l’histoire fastueuse et mouvementée.
Danièle Heymann était une femme de fidélité : plus d’un demi-siècle au Festival de Cannes, 30 ans à diriger l’équipe éditoriale de l’Année du cinéma, 30 ans au Masque, 20 ans à Marianne, après une carrière commencée à France-Soir, poursuivie à la tête du service Culture del’Express, puis du Monde.
Danièle Heymann aimait les disputes au micro pour la secrète connivence que l’on peut en retirer, quand les bretteurs, fussent-ils de mauvaise foi, font assaut de passion. Son rire, qui scellait ce pacte avec ses comparses, la rapprochait des auditeurs. Elle pratiquait une critique de l’émotion et du plaisir, et jouait avec les réactions du public. Elle cherchait toujours à sauver des films bancals, au nom de son amour pour les acteurs.
« Sa cinéphilie, son style, sa curiosité et son humour »
Plus que d’autres, elle connaissait le prix à payer pour faire un film. « L’amour du cinéma est chez moi congénital, héréditaire, génétique », disait-elle. Fille du cinéaste Claude Heymann (Idylle au Caire, Adieu à Paris), qui fut aussi assistant de Jean Renoir sur Tire-au-flanc, coscénariste de Lola Montes, de Max Ophüls, Danièle Heymann gravitait depuis son enfance dans ce monde du 7° art. En 2014, l’Institut Lumière lui avait décerné le prix Bernard Chardère « pour sa contribution au métier de journaliste et de critique de cinéma, et pour sa cinéphilie, son style, sa curiosité et son humour ».
Les soirs d’enregistrement du Masque et la Plume, qui commencent rituellement par la littérature, elle était toujours assise, au dernier rang du studio Charles Trénet, parmi le public, une heure avant son entrée en scène. Nous savions qu’elle était là, attentive, reconnaissable de loin et dans l’ombre à sa chevelure blanche. Pour rien au monde, elle n’aurait manqué les duels de l’émission précédente. Au moment de lui céder notre fauteuil, quand venait le tour du cinéma, elle offrait, avec un grand sourire, un mot enthousiaste et généreux, une appréciation à la volée, pour traduire son contentement d’avoir assisté à ces joutes. À ses cadets du Masque et la Plume, elle distillait de précieux et judicieux conseils. On la sentait heureuse d’appartenir à cette compagnie, d’en accueillir les nouveaux membres, se reposant sur l’autorité enjouée du meneur de jeu, Jérôme Garcin, liée à lui par une affectueuse complicité.
Jusqu’à son dernier souffle, Danièle Heymann a espéré que son lien avec cette émission ne serait pas rompu. Mais la mort en a décidé autrement.





