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    De la fascination des intellectuels français pour l’URSS, par Jacques Sapir

    histoire urss

    Brève publiée le 11 août 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-de-la-fascination-des-intellectuels-francais-pour-lurss-a-propos-de-ledition-des-lettres-de-voyage-de-jean-richard-et-marguerite-bloch-par-jacques-sapir/

    Les « retours d’URSS », ces voyages dont les intellectuels français (mais aussi américains, britanniques, etc…) tiraient livres et articles généralement élogieux sur l’URSS, et parfois aussi fort critiques[1], sont un classique des années trente. Ils représentent un type particulier de littérature. Plus rares, mais aussi plus précieux, sont des témoignages relativement intimes, comme des lettres rédigées pour des tiers dans le cour d’un de ces voyages. L’intérêt est décuplé bien sur en fonction de la période, et l’année 1934 est une période très significative, et quand le voyage ne se borne pas à Moscou. Il faut donc remercier Rachel Mazuy et Ludmila Stern d’avoir procédé à l’édition, et à la reconstruction, des lettres envoyées par l’écrivain Jean-Richard Bloch et par sa femme Marguerite, à l’occasion de leur voyage en URSS à la fin de l’été 1934[2].

    Jean-Richard Bloch, un intellectuel oublié mais influent

    Jean-Richard Bloch est un écrivain aujourd’hui délaissé, mais qui eut son heure de gloire – et même plus- dans la première moitié du XXème siècle. Il fut aussi un écrivain engagé[3].

    Ce livre, publié par les éditions du CNRS, est une version largement augmentée du n°19 des Cahiers Jean-Richard Bloch publiés en 2013. La première lettre date du 29 juillet 1934 (les Bloch sont encore en France) et la dernière, la 29ème est écrite du 2 au 4 octobre alors que les Bloch sont dans le train qui les ramènent de Bakou. A ces lettres, où Marguerite tient la plume et souvent écrit sous la dictée de son mari, s’ajoute le Carnet Vert de Marguerite Bloch, carnet qui contient les impressions brutes du voyage, consignées par Marguerite. Rachel Mazuy et Ludmila Stern ont rédigé une « introduction » de 42 pages, qui pose le contexte intellectuel de ce voyage, car Jean-Richard Bloch n’est plus – et pas encore – membre du parti communiste. Il a adhéré au PCF en 1921 mais l’a quitté au moment de la « bolchévisation » menée par Albert Treint et Suzanne Girault[4]. Il ne ré-adhèrera au PCF qu’en 1939 mais son action politique se confond avec celle du PCF dès 1935. Il participe, avec Louis Aragon, à la fondation du quotidien communiste Ce soir en mars 1937. Après sa ré-adhésion il s’engagera toujours plus profondément dans une action de soutien au PCF et à l’URSS. Il quittera la France, officiellement, en avril 1941 pour se rendre en URSS. Il devient à partir d’août 1941 l’une des voix de la France depuis Moscou et réalise en effet pendant presque tout son exil des émissions en langue française à Radio-Moscou[5]. Avec l’arrivée à Moscou de la légation (puis ambassade) de la France Libre il tisse des liens avec le commandant Schmitlein ou le général Petit ainsi qu’avec les pilotes du Normandie-Niemen[6]. De retour en France au début de 1945, il apprend que sa fille France, artificière de « l’Organisation spéciale »[7] et héroïne de la Résistance, a été exécutée par les allemands en 1943. Il est élu conseiller de la République communiste, sans arrêter son activité de directeur de Ce Soir qu’il reprend à son retour en France. Très gravement malade, il meurt en mars 1947.

    Jean-Richard Bloch

    Les Bloch au 1er Congrès de l’Union des écrivains soviétiques

    Le but du voyage en URSS était sa participation (au sein d’une délégation comptant Louis Aragon, André Malraux, Paul Nizan et Vladimir Pozner) au 1er Congrès de l’Union des écrivains soviétiques. Ce Congrès à une forte charge symbolique ; il est le moment d’institutionnalisation de la littérature soviétique. Mais il a aussi une charge politique indéniable. La question de l’époque est le conflit entre le « formalisme » et le « réalisme socialiste ». Jean-Richard Bloch répondra d’ailleurs au rapport présenté par Karl Radek sur les objectifs de la littérature. Les Bloch vont donc rencontrer ce que l’intelligentsia soviétique, mais aussi communiste, compte de personnalités des plus remarquables. Ce ne sont pas seulement des écrivains mais aussi des metteurs en scène, des hommes de théâtre. Les notes de bas de page, et c’est là le talent du travail d’édition de Rachel Mazuy et Ludmila Stern, sont remarquables. Elles valent à elles seules une lecture particulière. Elles sont aussi poignantes, car elles prennent l’aspect d’un monument aux morts des purges staliniennes de la fin des années trente. On y croise Meyerhold et bien d’autres. Isaac Babel est dans les couloirs du Congrès. Pour qui s’intéresse à l’histoire de littérature soviétique, ce livre constitue une source importante.

    On devine, au travers des lettres, l’atmosphère très particulière dans laquelle vivent les membres d’une délégation étrangère que le pouvoir soviétique veut séduire. On retrouve d’ailleurs des comportements qui semblent aujourd’hui plus russes que soviétiques (chaos complet de l’emploi du temps, décisions prises à la dernière minute…). Mais, cette visite est aussi importante car le voyage des Bloch a lieu au moment où cette intelligentsia vit « en suspens » dans une « bulle » qui bientôt éclatera. Car, et c’est un point important, l’année 1934 est bien particulière. Et, cette particularité, souvent ignorée, mérite d’être précisée.

    Les trois crises du « Grand Tournant »

    La société soviétique a donc traversé depuis le « tournant » de 1927-28 trois crises qui sont à la fois séparées, distinctes, mais aussi intimement liées. La première est, bien entendu, la collectivisation. Cette dernière a été bien étudiées, et l’on sait aujourd’hui ses conséquences dramatiques[8]. Les 4,5 millions de morts, estimation qui semble aujourd’hui la plus sérieuse, que cette famine a provoqué ne furent pas le seul choc provoqué par la collectivisation. La déportation massive de paysans considérés comme des « koulaks »[9], alors que les statistiques soviétiques elles-mêmes attestent du faible nombre de ces derniers, la désorganisation totale de l’agriculture ont été des chocs aussi importants. De fait, la collectivisation est une catastrophe qui ne peut être comparée qu’à la grande famine irlandaise du XIXème siècle[10].

    Tableau 1

    Répartition des exploitations paysannes

    en RSFSR en 1926/1927

    Exploitations “très pauvres” Exploitations “pauvres” Exploitations “moyennes” Exploitations capitalistes ou Koulak.
    RSFSR 12,3% 21,0% 63,0% 3,7%
    Région Ouest 9,7% 20,4% 67,7% 2,2%
    Région Centre-Terres Noires  

    10,2%

     

    23,7%

     

    63,8%

     

    2,3%

    Oural 15,9% 23,0% 56,7% 4,4%
    Nord-caucase 16,1% 22,3% 55,8% 5,8%
    Sibérie 11,0% 19,9% 62,4% 6,7%

    Est considérée comme une exploitation très pauvre une exploitation dont le propriétaire ne possède ni instruments, ni animal de trait ; une exploitation pauvre est une exploitation dont le propriétaire possède soit des instruments soit un animal de trait. Une exploitation moyenne est caractérisée par son autosuffisance en instruments et en moyens de traction ; l’exploitation capitaliste par l’emploi d’un ouvrier agricole.

    Sources : A.I. Muralova, Narodnyj komissariat zemledelija RSFSR, Trudy zemplana pod obchtchej red. A.I.Muralovavypusk XVI, Tchast’ 1-ja, Narkomzeml Izdatel’stvo, Moscou, 1928, pp. 35-36.

    La contraction de la part de l’agriculture dans le revenu national est spectaculaire[11]; elle ne correspond pas seulement au développement de l’industrie mais traduit aussi l’ampleur du désastre agricole du début des années trente. Il est à cet égard clair que la collectivisation a entraîné de très fortes chutes de production, tant pour les céréales qu’en ce qui concerne le cheptel (environ 50%)[12]. Pour ce dernier, il faut ajouter que la baisse n’est pas seulement une baisse de production mais en réalité une décapitalisation qui affecte non seulement les productions futures en matières animales (viande, laitages…), mais aussi les productions céréalières par perte d’animaux de trait et réduction du volume des engrais naturels. Ceci pose le problème de la contribution réelle du secteur agricole à l’industrialisation des années trente, sujet qui a vu des opinions très divergentes s’affirmer dans les années soixante-dix. Ainsi, J. Millar a-t-il soutenu que la contribution de l’agriculture avait été négative[13], tandis que A. Nove a soutenu que la collectivisation a bien permis de dégager un surplus utilisable dans l’industrialisation[14]. En fait, le débat est obscurci par des confusions sur la nature de la contribution, ainsi que sur les périodes de références utilisées. Il semble bien que, si l’on calcule un transfert de revenu, il y ait eu une contribution positive de l’agriculture sur l’ensemble de la période, même si ce transfert a été bien plus faible que prévu, et pratiquement nul dans la phase initiale, soit entre 1929 et 1932. Si l’on cherche à établir une balance globale des flux, incluant les investissements rendus nécessaires par les conséquences de la collectivisation (par exemple la nécessité d’accélérer la production de tracteurs pour compenser la disparition des animaux de trait dans les campagnes) mais aussi les services fournis à l’agriculture à travers le développement du système de transport, cette balance est très probablement négative, au moins jusqu’en 1935.

    La seconde crise touche le monde industriel. Elle est beaucoup moins connue, car la classe ouvrière était en 1928 largement minoritaire (environ 3 millions sur une population de 160 millions). Certaines sources en parlent cependant[15]. Cette crise est en réalité un double mouvement combinant un remplacement de la classe ouvrière « historique » par des travailleurs arrachés aux villages, et une dégradation des conditions économiques et sociales (on parle d’une baisse de 50% du pouvoir d’achat) et du durcissement du cadre policier et de la répression anti-ouvrière.

    La troisième crise touche l’intelligentsia. La collectivisation et l’industrialisation accélérée du premier plan quinquennal correspond à une offensive majeure contre les cadres ralliés au régime soviétique, cadres qui forment une très large proportion des personnels d’administration et de gestion en 1928. Cette offensive pris la forme spectaculaire du « Procès de Shakty » et du « Procès du parti industriel »[16]. Ces procès doivent être compris dans un processus où la direction stalinienne de l’URSS entend se débarrasser des cadres ralliés pour promouvoir un groupe social de « promus », qui lui sera fidèle[17].

    Staline n’hésita pas à revêtir les habits de l’ultra-gauchisme lors de la “révolution culturelle” de la fin des années vingt[18]. En pratiquant un ouvriérisme anti-ouvriers[19], car mettant d’autant plus sur un piédestal un ouvrier mythique qu’il s’en prenait aux conditions de vie et de travail des ouvriers réels[20], il s’attaquait au pouvoir des cadres techniques et bureaucratiques, ces représentants de la logique de l’organisation, qui constituent la base sociale de ses adversaires politiques, et en particulier de Boukharine.

    L’autonomisation de la direction stalinienne

    Ces trois crises que la société soviétique a traversée dans les années 1928-1933 ont tous un point commun : elles résultent des politiques du pouvoir, de la direction stalinienne. Non que tous ces résultats aient été consciemment voulus. Certains sont des effets non-intentionnels, mais assumés, des politiques décidées en 1927-1928. Il en va ainsi de la famine, mais aussi du renouvellement de la classe ouvrière. Cependant, quand les informations sur la réalité atteignaient les sommets de l’Etat, elles ne provoquaient pas de remise en cause des politiques.

    Cela montre que la direction stalinienne est entrée en guerre contre l’ensemble de la société, tout en cherchant à la fragmenter, à opposer les ouvriers aux paysans, les ouvriers aux cadres, mais aussi en opposant le « prolétaire » mythique aux ouvriers. Cette guerre, elle ne peut espérer la gagner seule ; il lui faut donc des alliés. Mais, l’émergence de ces derniers va prendre du temps. Aussi, en attendant, la direction stalinienne se constitue en surplomb par rapport à la société, se reposant sur les routines et les réflexes de la guerre civile. Cela induit un affaiblissement du pouvoir qui devient progressivement insupportable au pouvoir lui-même. Des soupapes de sécurité doivent donc être trouvées. Ce sera donc le XVII congrès du Parti communiste, qui se tint à la fin janvier 1934[21], et qui fut appelé aussi le « Congrès des vainqueurs ». Il tire son nom de la « victoire » qui aurait été remportée par le premier plan quinquennal. Mais, qu’en est-il ?

    Les statistiques soviétiques nous renvoient une image de très forte croissance durant cette période car, de 1928 à 1940, le produit matériel net aurait été multiplié par cinq. Si la croissance est elle-même indubitable, son rythme est douteux. Un certain nombre de spécialistes occidentaux ont cherché à en recalculer la progression en utilisant des agrégats statistiques plus comparables avec ceux dont se servent les économistes, et en tenant compte d’un certain nombre d’aberrations et de distorsions statistiques. Outre les dissimulations volontaires, il faut considérer l’impact des hausses de prix non répertoriées dans les indices et la transformation rapide de la composition même de la production, qui donne naissance à ce que l’on appelle l’effet Gerschenkron et qui aboutit à surestimer la croissance. Il est ainsi globalement clair qu’il y a une forte exagération dans les données soviétiques[22].

    Tableau 2

    Les différentes estimations de la croissance soviétique, 1928-1940

    CSU, PMN, prix de 1926/1927 N.Jasny, PNN,

    aux prix réels de 1927/1927

    A.Bergson, PNB au coût des facteurs, 1928 Idem, au coût des facteurs,

    1937

    Moorsteen & Powell, PNB, au coût des facteurs, 1937
    1928 100 100 100 100 100
    1937 386 172 275 162 172
    1940 513 189 179 187

    Sources : CSU, annuaires soviétiques. N. Jasny, N. Jasny, Soviet Industrialization, 1928-1952, Chicago University Press, Chicago, 1962. A. Bergson, The Real National Income of Soviet Russia since 1928, Harvard University Press, Cambridge, Mass., 1961. Moorsteen & Powell, The Soviet capital stock, Yale University, Homewood, III., 1966.

    Cependant, si on admet un quasi doublement du revenu national dans la période considérée, ceci aboutit quand même à une croissance non négligeable d’environ 5% par an de 1928 à 1940. En fait, la croissance a même été certainement plus forte que cela entre 1933 et 1937. En effet, les premières années ont été désastreuses, non seulement en raison de l’impact très négatif de la collectivisation, mais aussi en raison d’un désordre profond dans l’industrie ; il est ainsi clair que la production a même baissé en 1930-31 dans un certain nombre de branches[23]. Les mauvais résultats, qui sont particulièrement visibles dans les statistiques de la production industrielle, ne sont pas seulement le produit des désordres politiques généraux. On peut montrer l’existence d’une brutale crise due à un excès d’investissement[24]. En fait, la croissance des années trente a été scandée par des phases cycliques à la fois brèves et extrêmement violentes[25]. Elle témoigne d’une dynamique endogène de l’économie soviétique qui échappe dans une large mesure à l’intentionnalité des dirigeants, voire même aux conséquences non-intentionnelles de leurs actions.

    Ce congrès ne règle rien, mais il permet de relâcher un peu les efforts. Cela donnera donc dans les mois qui suivent le 1er Congrès de l’Union des écrivains soviétiques. Ce Congrès participe des soupapes de sécurité qu’il faut ouvrir, en attendant qu’émerge de manière massive le groupe social des « promus » qui pourra constituer le socle du pouvoir stalinien. Mais, il représente aussi autre chose : une intelligentsia littéraire et artistique présentée hors des épreuves terribles qui ont déchiré la société soviétique. Cette illusion ne pouvait durer

    La « bulle » de 1934

    Rachel Mazuy et Ludmila Stern insistent sur le fait que la famine provoquée par la collectivisation est toute proche. Mais, en réalité la société soviétique avait été déchirée par de nombreux mouvements. Il y a celui du contrôle brutal et meurtrier établi sur la paysannerie mais il y a aussi le contrôle sur la classe ouvrière, profondément renouvelée de 1929 à 1934, et qui doit faire face à une législation de plus en plus policière. Il y a, enfin, l’émergence d’une couche de « cadres » issus de l’ascension sociale organisée par le parti et qui se fait au détriment des anciens cadres, de-légitimisés par les campagnes et les purges de 1929 et 1930.

    De fait, 1934, et c’est sa particularité, est l’année où le pouvoir stalinien réussit à se constituer en autonomie complète par rapport à la société, contrôlant, par la terreur, la police, mais aussi par des avantages matériels, et la paysannerie, et la classe ouvrière, et les cadres techniques. Il donne l’illusion que son discours est la réalité, et ceci ne s’appuie pas que sur la propagande, en raison d’une configuration sociale particulière.

    Cette position de surplomb ne durera pas. L’importance du groupe des cadres issus de l’ascension sociale (plusieurs millions) obligera le groupe dirigeant réuni autour de Staline à revenir vers la société, mais en se déchirant. Les purges à venir (1935-1939) qui emporteront intellectuels comme politiques sont largement le produit de ces déchirures[26].

    On ne peut dès lors comprendre l’impact de la « bulle intellectuelle» sur les intellectuels étrangers, et en particulier français, si l’on fait abstraction de ces processus et de la position de provisoire de surplomb du pouvoir stalinien. Quand on pénètre une bulle en suspens par rapport à la réalité sociale, et produite aussi par le cours particulier de cette réalité sociale, on entre dans un « monde enchanté ». Le phénomène est évidemment démultiplié par la barrière du langage, et le recours à des traducteurs. Les convertis furent donc nombreux, et les Bloch en firent partie. Mais d’autres ne s’y laissèrent pas prendre, et mesurèrent la fragilité des murs de cette « bulle », tout comme ils eurent le pressentiment de la réalité sociale de l’Union soviétique. Les voyages fait avant ou après cette période rendent un son fort différent. Dans sa préface, Christophe Prochasson appelle à la vigilance de l’intellectuel pour prévenir des effets de fascination similaires à ceux qui se produisirent en 1934. Assurément, la vigilance est de mise. Mais il oublie le contexte très particulier, il oublie aussi ce que cette « bulle », qui ne dura que quelques mois, pouvaient avoir de particulier et de spécifique. Il ne réfléchit pas sur le « moment » de 1934. Ce faisant, il ne se comporte pas en historien mais en moralisateur et il se prive des instruments de compréhension du phénomène et par là il se prive aussi des instruments permettant la compréhension de l’attraction différenciée exercée par l’URSS à ce moment sur les intellectuels.

    Notes

    [1] Comme Gide A., Retour de l’U.R.S.S., Gallimard, 1936.

    [2] Bloch Jean-Richard et Bloch Marguerite, Moscou-Caucase : été 1934, Lettres éditées par Rachel Mazuy et Ludmila Stern, Paris, CNRS éditions, 2019, 293p.

    [3] Angremy A. et Trebitsch M. (dir.), Jean-Richard Bloch, ou, L’écriture et l’action, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2002, 335 p.

    [4] Robrieux P., Histoire Intérieure du Parti Communiste, 4 Tomes (1920-45), Fayard, 1ertome, 1980.

    [5] Voir Bloch J-R., De La France trahie à la France en armes. Commentaires à Radio-Moscou, 1941-1944,, Paris, Éditions sociales, 1949

    [6] Mazuy R., “Un exil soviétique pendant la Grande Guerre patriotique. Jean-Richard Bloch, intellectuel juif et communiste réfugié en Union soviétique (1941-1945)” in Vigreux J, Ducoulombier R., (dir.), Un Parti Global, Le PCF dans une perspective transnationale, 1917-1989, Dijon, Presses Universitaires de Dijon, 2019.

    [7] Nom générique de la structure clandestine de résistance du PCF. Voir Bulletin officiel du ministère de la Guerre : édition méthodique- Unités Combattantes de la Résistance, Paris, Éditions Charles-Lavauzelle, 1958.

    [8] Voir Lewin M., La Paysannerie et le pouvoir soviétique : 1928-1930, préface de Roger Portal, Paris, La Haye, Mouton, 1966. Davies R. W. et Stephen G. Wheatcroft, Industrialisation of Soviet Russia : Years of Hunger, London, Palgrave, 2003. Wheatcroft S.G., « More Light on the Scale of Repression and Excess Mortality in the Soviet Union in the 1930s », in J. Arch Getty et Roberta T. Manning (dir.), Stalinist Terror : New Perspectives, Cambridge, Cambridge University Press, 1993, pp. 278-290.

    [9] Viola L., « La famine de 1932-1933 en Union soviétique », in Vingtième Siècle-Revue d’Histoire2005/4 (no 88), pp. 5 à 22.

    [10] 0’ Grada C., Black ’47 and Beyond, Princeton, Princeton University Press, 1999.

    [11] Moorsteen J. & R. Powell, The Soviet Capital Stock, Homewood, Ill., Yale University Press, , 1966, pp. 622-623.

    [12] Wheatcroft S.G., “Soviet Agricultural Production in the 1920s and 1930s”, in C. Bettelheim (ed.), L’Industrialisation de l’URSS dans les années trente, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, Paris, 1982.

    [13] Millar J.R., “Mass Collectivization and the Contribution of Soviet Agriculture to the First Five-Year Plan : A Review Article”, in Slavic Review, vol. 33, n°4,1974, décembre, pp. 750-766.

    [14] A. Nove et D. Morrison, “The contribution of agriculture to accumulation in the 1930s”, in C. Bettelheim (ed.), L’Industrialisation de l’URSS dans les années trente, op. cit.

    [15] Rossman J-J., Worker Resistance under Stalin : Class and Gender in the Textile Mills of the Ivanovo Industrial Region, 1928-1932, thèse de doctorat, université de Californie à Berkeley, 1997. Schwarz S., Les ouvriers en Union soviétique, Paris, Marcel Rivière, 1956. Sapir J., Organisation du travail, classe ouvrière, rapports sociaux, Thèse de Troisième cycle, 2 vol., EHESS, Paris, février 1980.

    [16] Fitzpatrick, S. (1974). “Cultural Revolution in Russia 1928-32” in Journal of Contemporary History, vol.9 (1), pp. 33–52.

    [17] Fitzpatrick, S. (1979). “Stalin and the Making of a New Elite, 1928-1939”, in Slavic Review, vol. 38 (3), pp. 377–402.

    [18] Fitzpatrick S., Education and social mobility in the Soviet Union, 1921-1931, Cambridge University Press, Cambridge, 1979.

    [19] Pour l’analyse de cet épisode, J. Sapir, Organisation du travail, classe ouvrière … op. cit., vol. 2, pp. 358-367.

    [20] Sur ce point la source la plus intéressante reste J. Chapman, Real Wages in Soviet Russia Since 1928 , Harvard University Press, Cambridge, (Mass.), 1963.

    [21] Fitzpatrick S., The Russian Revolution, New York, Oxford University Press, 1994, 2èmeédition.

    [22] Pour une discussion générale du problème, M. Harrison, “National income”, in R.W. Davies, M.Harrison et S.G. Wheatcroft, The economic transformation of the Soviet Union, 1913-1945, op. cit.

    [23] R.W. Davies, “Industry”, in R.W.Davies, M.Harrison et S.G. Wheatcroft, The economic transformation of the Soviet Union, 1913-1945, op. cit.

    [24] C. Bettelheim, Les Luttes de Classes en URSS. 3ème période, 1930-1941. T-1, Les Dominés, op. cit.

    [25] J. Sapir, Les fluctuations économiques en URSS, 1941-1985, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, Paris, 1989, pp. 41-46.