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Débarquement en Provence : le rôle majeur des bataillons d’Afrique
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

Goumiers (soldats) marocains, lors d'une réunion à Cassino, en Italie, 1944.
Tirailleurs sénégalais et algériens, goumiers et tabors marocains, pieds-noirs, marsouins du Pacifique et des Antilles : les bataillons venus d’Afrique et de l'empire colonial ont joué un rôle crucial lors du débarquement en Provence en août 1944. Emmanuel Macron commémore ce 15 août le 75e anniversaire de cet évènement, en présence des présidents de Guinée et de Côte d'Ivoire, Alpha Condé et Alassane Ouattara.
L'armée française, éclatée après la débâcle de 40, se reconstitue en Afrique dans les mois qui suivent le débarquement anglo-américain en Afrique du nord de novembre 1942.
Les Forces françaises libres (FFL), qui comptent dans leur rang un fort pourcentage de coloniaux, essentiellement d'Afrique noire, fusionnent avec l'Armée d'Afrique (en Algérie, en Tunisie et au Maroc) restée jusque-là fidèle à Vichy. S'y ajoutent des évadés de France.
Dirigée par le général de Lattre de Tassigny sous le nom d'armée B (avant de devenir la 1ère armée), elle est composée de cinq divisions d'infanterie et deux divisions blindées, équipées par les Américains à partir du printemps 1943.
C'est "une armée profondément originale comme la France n'en a jamais connue, une armée qui compte moitié d'Européens et moitié de musulmans et de coloniaux", écrit Philippe Masson dans son "Histoire de l'armée française de 1914 à nos jours".
Fin 1944, elle compte près de 600 000 hommes, dont les deux tiers viennent d'Afrique du Nord.
Un rôle déterminant
Après que certaines de ses unités se sont illustrées pendant la campagne d'Italie, l'armée B joue un rôle essentiel lors du débarquement en Provence.
Alors que seuls quelques hommes du commando Kieffer étaient engagés aux côtés des troupes américaines, britanniques et canadiennes lors du débarquement en Normandie du 6 juin 1944, elle est la première à participer, sous les couleurs françaises, à une opération d'envergure menée par les Alliés.
Le 15 août, peu après minuit, les premiers soldats français des commandos d'Afrique escaladent la falaise du Cap Nègre, tandis que le groupe naval d'assaut français est décimé à la pointe de l'Esquillon (ouest de Cannes), minée.
Le lendemain, l'armée B débarque à Cavalaire. "Sur les navires, éclate la Marseillaise la plus poignante qu'on ait jamais entendue", écrira de Lattre.
La majorité des plus de 250 000 hommes qui participent à la libération de la Provence sous les couleurs de la France foulent la terre de la métropole pour la première fois.
Avec plusieurs jours d'avance sur le calendrier prévu, ils libèrent Toulon, le 27 août, et Marseille le lendemain, avant de remonter la vallée du Rhône et de faire la jonction avec la 2ème Division blindée venue de Normandie, le 12 septembre en Bourgogne.
Les pensions des "indigènes" gelées
"Sans son empire, la France ne serait qu'un pays libéré. Grâce à son empire, la France est un pays vainqueur", lance le député de Guyane Gaston Monnerville, au lendemain de la victoire contre l'Allemagne.
Les troupes coloniales de l'Empire français ont payé un lourd tribut : de 1940 à 1945, 55 000 soldats tunisiens, marocains, algériens et africains de l'Afrique occidentale française (AOF) et de l'Afrique équatoriale française (AEF) sont morts.
Leur histoire a pourtant longtemps été occultée - les troupes africaines ayant été retirées du terrain dès l'hiver 44-45 - et ces soldats "indigènes" moins bien traités que leurs frères d'armes.
En 1959 au moment de la décolonisation, un décret gèle le montant des pensions des ressortissants des anciennes colonies ayant servi dans l'administration ou l'armée française.
En 2002, le gouvernement français débloque partiellement la revalorisation de la pension de ces soldats "oubliés". Mais celle-ci, calculée en fonction du niveau de vie du pays de résidence, reste inférieure à celle des combattants français.
Il faudra encore huit ans pour que le président Nicolas Sarkozy annonce l'alignement des pensions de tous les anciens combattants quels que soient leur nationalité et leur lieu de résidence.
Comment ne pas rendre hommage à ces combattants venus d’Afrique alors que nous allons commémorer en 2020 les indépendances africaines ?
Extrait de la tribune publiée dans Le Monde "Il faut rendre hommage aux combattants venus d’Afrique"
Dans une tribune publiée le 5 juillet 2019 dans le journal Le Monde intitulée "Il faut rendre hommage aux combattants venus d’Afrique", vingt-deux personnalités interpellent à ce sujet les plus hautes autorités de l’Etat français.
"Force est de constater que les commémorations prévues ne sont pas à la hauteur de l’enjeu mémoriel", écrivent les auteurs de cette tribune comme les écrivains Alain Mabanckou et Leïla Slimani, la maire adjointe à Bondy Aïssata Seck, ou Lilian Thuram, le président de la Fondation éducation contre le racisme. "Comment ne pas rendre hommage à ces combattants venus d’Afrique alors que nous allons commémorer en 2020 les indépendances africaines ?", s'interrogent-ils.
Les célébrations du 75e anniversaire se tiendront à la nécropole nationale de Boulouris, sur le littoral méditerranéen, où reposent 464 combattants de la 1ère armée.




