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La crise britannique est de plus en plus extraordinaire, par Vincent Presumey
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Corbyn, vieux réformiste de gauche du XX° siècle balancé en plein XXI°, offre au capitalisme britannique une issue, la moins catastrophique pour lui : un rétropédalage dont les frais seront payés par lui-même et par le Labour party.
19 Août 2019- Luttes Invisibles
Au fond, Cameron en 2016 avait trouvé le référendum sur le Brexit comme la parade la plus rusée contre l'irruption d'un fait politique nouveau : la reconstitution du Labour party comme parti ouvrier de masse.
Convenons qu'il a bien réussi à mettre celui-ci dans la panade, mais il a aussi tiré une balle dans le pied de la plus vieille bourgeoisie dominante de la planète, plongée depuis dans une merde invraisemblable et s'y enfonçant en se débattant, et produisant une crise constitutionnelle et existentielle du Royaume-Uni et de chacune de ses composantes.
Boris Johnson arrivé au pouvoir s'est mis à foncer dans le mur en klaxonnant, alors que ce que tout le monde voit venir c'est le retour de la question démocratique que l'on avait cru enterrée, de l'unité de l'Irlande, au premier plan, conjointement avec l'éclatement de la Grande-Bretagne.
B. Johnson veut faire le Brexit tout en gardant l'Irlande du Nord et compte pour y parvenir sur son pote Trump. Là, intervient un facteur extérieur puissant : les élus US au Congrès, démocrates et aussi républicains, "amis de l'Irlande", font comprendre qu'il n'y aura pas de majorité au Congrès pour un traité commercial bilatéral Trump/Johnson en cas de refus d'un backstop sur l'Irlande par Johnson (backstop veut dire que la frontière douanière serait entre toute l'île irlandaise et l'île de Grande-Bretagne, autrement dit la réunification irlandaise posée de facto dans le paysage).
A ce stade, le réformiste Jeremy Corbyn abat une carte qui, du point de vue des intérêts bien compris de ce qu'il reste de bourgeoisie britannique, est la carte rationnelle : il propose de prendre le pouvoir temporairement et lance de nouvelles élections, promettant un référendum sur la sortie, non de l'UE, mais du Brexit.
En tant que leader du plus puissant parti ouvrier d'Europe, Jeremy Corbyn aurait pu mener une campagne de masse pour imposer, depuis des mois, des élections générales immédiates en vue d'un gouvernement Labour agissant pour l'urgence sociale et proposant aux pays européens de renégocier tous leurs rapports sur des bases démocratiques. Bon, à la place de cela il propose de faire don de sa personne pour une union nationale temporaire permettant au capitalisme britannique de sortir du merdier inextricable dans lequel il s'est fourré.
Le plus extraordinaire, c'est que dans cette situation hors norme, entre désespoir et opéra bouffe, ces messieurs-dames font la fine bouche ! Les Lib-Dem ne veulent pas de Corbyn et sans doute voudraient-ils un gouvernement faisant encore quelques "cuts" dans les services publics !
L'impérialisme britannique n'avait que deux options aussi catastrophique pour lui l'une que l'autre :
1) un Brexit sans accord poussant à la réunification et au retour des armes en Irlande et à la sécession écossaise voire galloise,
2) un Brexit aux conditions de Paris et Berlin, soit un abandon inavoué de l'Irlande du Nord à moyen terme.
Corbyn, vieux réformiste de gauche du XX° siècle balancé en plein XXI°, offre au capitalisme britannique une issue, la moins catastrophique pour lui : un rétropédalage dont les frais seront payés par lui-même et par le Labour party.
Et ils font la fine bouche !
Cette vieille dame indigne qu'est la plus vieille bourgeoisie du monde ne crois plus aux miracles ... si elle y a jamais cru !




