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Quelques anecdotes, de la techno-consternation à la techno-résistance

Brève publiée le 24 août 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://sniadecki.wordpress.com/2019/08/16/num-breves-1/

Le Rappel de Beauchastel, bulletin contre l’école numérique n°6 (mai 2019) publie des brèves envoyées par ses lectrices. Quelques anecdotes, de la techno-consternation à la techno-résistance.

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Puzzle impossible

L’histoire se passe dans la voiture d’une dame qui nous a pris en stop en périphérie d’une grande ville. La conductrice est directrice d’une école primaire dans un village limitrophe du département qu’elle habite. Après qu’elle ait évoqué une réforme qui viserait à supprimer les directeurs d’écoles primaires (dont la charge serait alors supportée par les proviseurs des collèges!), on parle un peu de ce que deviendrait l’école avec moins de personnels (profs, pions, dirlos et toutes les p’tites mains…) Schématiquement ça donnait ça : moins de profs => fermeture d’écoles => plus de temps dans les transports scolaires => quelles solutions? => numérique?

Là-dessus l’instit’ raconte qu’elle a en classe un gamin qui adore faire des puzzles chez lui, sur tablette. Du coup, une fois à l’école il retrouve la version non virtuelle de son passe- temps favori et s’y attelle. Il se débrouille bien pour son âge et positionne assez rapidement toutes les pièces sauf la dernière qui lui pose problème. Sous le regard mi-amusé, mi- consterné de la maitresse qui observe de loin, le gamin tourne et tourne encore (à plat) la pièce sans trouver la solution. Il est devenu incapable d’imaginer qu’il peut retourner (recto-verso) la pièce, option impossible sur la tablette où le jeu est en 2D.

Z en Bretagne

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Billet impossible

C’était au mois d’avril, sur une ligne de TER qui relie encore une grande ville à la campagne. Je monte dans le train en ville. Pas le temps de prendre mon billet, mais je ne m’en fais pas : en cas de contrôle, je le prendrai directement au contrôleur/se, qui appliquera la réduction à laquelle me donne le droit ma carte régionale de transport public. Et là, surprise : le contrôleur, qui me croise rapidement, me conseille vivement de prendre mon ticket via mon appli Smartphone avant que le train ne parte, car autrement je paierai le tarif à bord, deux fois plus cher que le plein tarif. Il n’y aurait pas d’autre option. Je lui réponds que je n’ai pas de Smartphone et lui fais part de mon étonnement : – J’ai l’habitude de cette ligne, monter sans ticket ne m’a jamais posé de problème.

– Oui, mais ça a changé. On nous a équipé-es de nouveaux matériels. Maintenant, tout se fait via Smartphones et le logiciel ne nous laisse pas d’autre choix que d’appliquer le tarif à bord.

– C’est pas vrai ?!!.. On ne vous laisse donc plus aucune marge de manœuvre ? Cette machine vous interdit d’être sympa … ? Vous ne pouvez plus être comprehensif-ves ? Prendre en compte le fait qu’on peut manquer de temps, être trop chargé- e, ne pas avoir de carte bleue ou être juste étourdi e pour une raison ou une autre ?

– C’est ça. Bientôt on sera remplacé-es par des robots. Et il y a des contrôles, c’est facile de voir si on triche, on risque de perdre notre job.

– Ça doit être dur quand même. Hmmm, mais il y a des gares sans guichets, vous faites comment dans ce cas ?

– Si, pour les gares sans guichets, on peut vendre les billets normaux.

– Il y a donc bien une exception…

L’heure tourne, le train démarre. Le contrôleur reste penché sur sa machine. Il y a des gens autour, il se sait regardé. Je me dis que si le billet qu’il me vendra dépasse les 10 euros (en plein tarif à bord j’arrive à 18 et j’aurais dû m’en sortir pour 4,9), je ne l’achèterai pas et je ne paierai pas l’amende. Il y a comme une tension palpable, les minutes passent. J’attends le dénouement : qu’est-ce qu’il fera ?

– Le mieux que je puisse faire, c’est 8,5. Désolé, j’ai essayé.

– Vous avez fait comment ? … choisi une autre gare ?

– Oui.

Je lui tends un billet de 10. Il hésite, puis dit qu’il préférerait la carte bleue. J’hésite aussi, mais en captant son regard, j’accepte. Il sort le terminal de paiement et fait mine d’y taper quelque chose. Il lève les sourcils, l’air perplexe et un brin satisfait :

– Maintenant, c’est la machine qui ne marche pas.

-Ah.

Lorsque, une heure plus tard, je descends du TER sur le quai de ma gare, je le vois me regarder par la fenêtre et je lève la main pour le saluer. Il fait de même, un sourire entendu aux lèvres.

F en Auvergne

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T’est où?

J’ai de la chance que cette voiture s’arrête avant la tombée de la nuit. Mieux encore: elle m’amène à ma destination finale. Ouf. Il me restait encore pas mal de kilomètres et plusieurs croisements entre des routes de montagne peu passantes. Le conducteur n’est pas très causant, alors, pour rompre la glace je lui parle de l’itinéraire: «Après M., on passe par V, n’est-ce pas?».

C’est ce que j’avais noté en préparant mon trajet. Quand je fais du stop dans une contrée inconnue, j’essaie de relever les numéros des routes, les intersections et les plus grands villages. Comme plusieurs routes mènent à l’endroit où je veux me rendre, cette fois j’ai même cherché sur Internet le trajet le plus court. J’aurais peut-être pu le trouver seule, mais j’ai voulu être sûre, le temps pressait.

Le conducteur hausse les épaules: «J’sais pas, connais pas les noms, j’ai le GPS». «Ah. J’imagine que oui, c’est la route la plus courte.» Silence. «Vous faites ce trajet souvent?» «Oui, j’vais voir ma copine, j’ai l’habitude». Un blanc, encore. Je récidive: «Et donc, vous regardez jamais les cartes, avec le GPS?» «Jamais! Y a plus besoin!» «Ça ne vous manque pas?… même en montagne?» «Ben non, pourquoi? C’est du passé».

On roule. J’essaie de suivre les panneaux. Un «à gauche» m’échappe quand je reconnais le nom d’un village griffonné sur ma feuille.

Il tourne à droite. «Mais…?» «Le GPS me dit à droite» «Il ne se trompe jamais?» «Ben… Ma copine me dit aussi de prendre l’autre route, mais bon…» «Elle a raison! Vous pouvez encore faire demi-tour…»

«Je préfère pas: Le GPS risque de se perdre».

E dans le Sud

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Nulle part

Dans la rue une passante, valise à la main, smartphone dans l’autre, à des passants:

– Excusez-moi, je cherche la rue Machinchose.

– Ben regardez avec l’appli Bidulechouette.

– C’est ce que j’ai fait mais j’arrive pas à me mettre en mode « piéton ».

– Ben alors avec Googlemap, c’est ce que tout le monde fait.

– Ah oui! Merci ! Merci beaucoup hein, vraiment merci. Et la dame reprend sa route en tirant sa valise, son smartphone à la main.

Z en Bretagne

Le Rappel de Beauchastel, La Poste BP 3, 63 600 Ambert.

Copie papier disponible sur demande (2 feuilles A3).