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    Pourquoi la retraite à points n’est pas une bonne solution

    retraite

    Brève publiée le 13 septembre 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://www.anti-k.org/2019/09/12/pourquoi-la-retraite-a-points-nest-pas-une-bonne-solution/

    Alternatives économiques, 11 septembre 2019

    Au-delà du débat, important mais néanmoins second, sur le choix entre un âge pivot ou une condition de durée de cotisation pour avoir droit à une retraite à taux plein, le principe même de transformer notre système de retraites en un système à points semble rencontrer un consensus assez large. L’idée paraît s’être imposée en effet qu’un tel système serait plus « juste ». Pourtant il y a lieu d’y regarder de plus près car la retraite à points risque de créer plus de problèmes qu’elle n’en résout.

    Baisse automatique des pensions

    Tout d’abord la retraite à points change la nature du contrat entre les futurs retraités et la société. Pour qu’un système de retraite par répartition établisse un contrat social clair et transparent entre les membres de la société, il faut nécessairement qu’il soit à « prestations définies » comme disent les spécialistes. C’est-à-dire que la collectivité s’engage explicitement sur un niveau de revenu garanti aux futurs retraités en fonction de leurs revenus d’activités passés, selon bien entendu des règles décidées collectivement. A la société ensuite de se débrouiller pour dégager les moyens d’assurer ces revenus. Si le système affiche un déséquilibre financier ou qu’on prévoit un déséquilibre dans le futur, il faut alors rediscuter collectivement les différentes composantes de ce pacte. C’est la logique du système de retraite de base actuel du secteur privé1.

    En jouant sur la valeur des points, on peut aisément faire baisser le niveau des retraites futures sans avoir besoin d’en débattre explicitement

    Le principal « avantage » que présente le système de retraite par points aux yeux de beaucoup de ses promoteurs, c’est justement de faire disparaître cet engagement explicite sur le niveau des retraites futures. On transforme en effet le système de retraites en un système dit à « cotisations définies ». Vous versez des cotisations dont vous connaissez le montant mais vous ne savez pas exactement à quoi vous aurez droit comme retraite. Ce dernier paramètre dépendra de la valeur qui sera donnée par une décision politique aux points que vous avez accumulés au moment de votre départ. Avec un tel système, en jouant sur la valeur des points, on peut aisément faire baisser le niveau des retraites futures sans avoir besoin d’en débattre explicitement. Notamment si on choisit de bloquer le taux des cotisations pour la retraite, comme le préconise le rapport Delevoye pour le futur système français.

    C’est certes la logique qui prévaut déjà pour les régimes de retraite complémentaire du secteur privé, Arrco et Agirc, mais cet état de fait ne plaide pas vraiment en faveur de l’extension de ce mode de gestion, au contraire. La façon opaque et sans véritable débat public, dont se sont réglées les évolutions récentes des retraites complémentaires au détriment – et de façon massive –  des futurs retraités illustre bien les dangers d’une telle logique.

    Inégalités de parcours

    Mais ce qui fait surtout l’attrait du système par points aux yeux de très nombreux Français, c’est un argument de justice qui semble de bon sens : « Un euro cotisé donnera à tous les mêmes droits ». Cette idée simple est pourtant en réalité très contestable. Fonder le niveau de la retraite qui sera versée à l’âge de 65 ans sur les cotisations payées pendant toute la carrière suivant une logique de capitalisation revient en effet à donner le même poids à la rémunération reçue à l’âge de 25 ans qu’à celle touchée à 60 ans dans le calcul de la retraite future.

    Cela veut dire qu’en fonction des parcours on va créer des inégalités importantes de niveau de retraite entre des gens qui auront eu, en fin de carrière, des niveaux de vie équivalents. On va faire payer très cher, 40 ans plus tard, celles et ceux qui auront eu au début de leur vie professionnelle pour une série de raisons des petits boulots mal payés ou des périodes de non travail. Et on récompensera au contraire les fils et filles de bonne famille au parcours scolaire sans anicroche qui seront sortis très tôt d’une grande école pour connaître ensuite des carrières sans trous, toujours bien payées.

    Et cela obligera les jeunes à penser constamment à leur retraite future. Dès l’âge de 20 ans, ils devront faire des choix en fonction de cette épée de Damoclès. Il n’y a pourtant aucune nécessité économique à fonctionner ainsi. La capitalisation opérée par le système à points est purement fictive : le fait d’avoir cotisé un peu ou beaucoup il y a 40 ans n’a strictement aucun impact sur la capacité du système à verser ou non des retraites aujourd’hui.

    Il n’y a en fait aucune raison de considérer que le niveau « juste » des retraites doive refléter l’ensemble de la carrière salariale des personnes

    La conception de la « justice » que reflète un tel choix est en réalité parfaitement inadaptée à la fonction sociale essentielle d’un système de retraite. Celui-ci doit avant tout permettre aux retraités de continuer à vivre avec un niveau de vie qui se situe dans un rapport raisonnable avec celui qu’ils avaient auparavant, lorsqu’ils étaient en fin de carrière. Tout en limitant les écarts excessifs vers le bas comme le haut grâce à des mécanismes correctifs redistributifs. Il n’y a donc en fait aucune raison de considérer que le niveau « juste » des retraites doive refléter l’ensemble de la carrière salariale des personnes.

    Il ne fait aucun doute que la situation actuelle du système de retraites est insatisfaisante avec ses nombreux régimes répondant à des règles distinctes. Il est évidemment souhaitable de chercher à l’unifier. Mais ne le transformons pas en un système à « cotisations définies » destiné avant tout à faire baisser de façon opaque les retraites futures en créant de plus des inégalités injustifiées entre retraités. Ce qu’il nous faudrait plutôt, c’est un système à « prestations définies » du type du système actuel de base du secteur privé avec une condition de durée de cotisation minimale pour avoir droit à une retraite à taux plein et un niveau de retraite correspondant à X% du salaire des Y meilleures années. Cela n’empêcherait certes pas bien sûr d’avoir de vifs débats sur la valeur à donner à ces différents paramètres.

    Guillaume Duval, éditorialiste

    • 1.Les paramètres de ce système sont mal calibrés actuellement ce qui rend son équilibre financier très sensible à la conjoncture économique mais cela pourrait se corriger aisément.