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La «peur des représailles», premier frein à l’engagement syndical
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Selon le 12e baromètre du Défenseur des droits publié ce jeudi, près d'un syndiqué sur deux estime avoir déjà été discriminé en raison de son activité syndicale.

C’est une carrière qui patine, une absence d’avancement professionnel, un blocage dans l’évolution de la rémunération ou encore une dégradation du climat ou des conditions de travail. Pour son 12ebaromètre de la perception des discriminations dans l’emploi, publié ce jeudi, le Défenseur des droits a choisi de zoomer sur celles liées à l’activité syndicale. Et le résultat est alarmant. Selon le rapport basé sur les réponses de mille personnes représentatives de la population active, d’un côté, et, de 33 000 adhérents et adhérentes des huit principales organisations syndicales françaises, de l’autre, le phénomène est «répandu».
Près d’une personne active sur trois (29%) et une personne syndiquée sur deux (52%) considèrent «que les discriminations syndicales se produisent souvent ou très souvent». De même, un tiers de la population active interrogée estime que «la peur des représailles de la part de la direction est le facteur qui dissuade le plus les salariés de s’engager dans une activité syndicale». Plus de quatre actifs sur dix (42%) considèrent que l’exercice d’une activité syndicale représente un risque pour son emploi ou son évolution professionnelle, et près de huit sur dix (78%) parmi les personnes syndiquées.
Absence d’évolution professionnelle
Une peur fondée, à en croire les récits des personnes syndiqués interrogées. D’après l’enquête, près d’un syndiqué sur deux estime avoir déjà été discriminé (46%) au cours de sa carrière professionnelle en raison de son activité syndicale. D’après les personnes syndiquées qui déclarent avoir été discriminées, la dernière discrimination vécue était l’absence d’évolution professionnelle (47%), la dégradation du climat de travail (44%) ou des conditions de travail (36%). Le degré d’engagement des syndiqués a son importance. Un fort investissement dans une activité syndicale visible, comme l’adhésion de longue durée, l’organisation de grèves, la distribution de tracts ou encore l’exercice d’un mandat syndical et la participation à des négociations accroît significativement le risque de déclarer une expérience de discrimination, explique le rapport.
Parmi les premiers concernés, les délégués syndicaux rapportent «une exposition significativement plus forte aux discriminations et à la dégradation de leurs conditions de travail». Les hommes, les ouvriers et les ouvrières, les personnes en situation de handicap ou atteintes d’une maladie chronique, ou qui ont une personne dépendante à leur charge rapportent aussi plus de discriminations que la moyenne. Selon Céline Verzeletti, en charge de ces questions à la CGT, certains secteurs d’activité, dans lesquels les militants syndicaux sont plus isolés, sont plus exposés : le commerce et le tertiaire ou l'hôtellerie et la restauration. Pour la cégétiste, si les discriminations sont plus visibles, c’est aussi parce qu’elles sont «moins bien acceptées qu’avant». «Auparavant,explique-t-elle, les élus savaient qu’ils prenaient un risque sur leur carrière, mais ils se disaient que c’était comme cela. Mais les discours ont changé. Ils se disent désormais qu’en faisant respecter leurs droits, ce sont les droits de tous qu’ils défendent.»
Mesures de rétorsion
Pourtant, les saisines du Défenseur des droits à ce sujet sont rares. Le critère de l’activité syndicale ne représente que 4,6% des saisines reçues, soit seulement 220 dossiers pour 2018. Et pour cause, les embûches sont nombreuses. Selon le rapport, près de quatre fois sur dix, les personnes ayant tenté de faire cesser une situation discriminante liée à l’activité syndicale estiment avoir fait l’objet de mesures de rétorsion de la part de leur employeur. Et pour quatre personnes sur dix, la difficulté d’accès à la preuve les a dissuadées d’entreprendre des démarches pour faire valoir leurs droits. Céline Verzeletti, de la CGT, note, de son côté, que certaines discriminations portant sur l’absence d’évolution de carrière deviennent plus difficiles à cerner et à démontrer du fait de nouvelles pratiques des ressources humaines, avec une logique d’évaluation ou encore d’objectifs à atteindre. Là où, auparavant, les critères étaient «plus carrés», basés notamment sur les qualifications professionnelles.
Autre enseignement de l’enquête: si l’engagement syndical est perçu comme un risque professionnel pour 42% de la population active, ce chiffre grimpe à 67% pour les syndiqués. La peur des représailles de la part de la direction est le facteur qui dissuade le plus la population active de s’engager dans une activité syndicale (35%). De quoi donner du grain à moudre aux organisations syndicales qui pointent le lien entre discrimination ou répression syndicales et faible taux de syndicalisation en France. Or, «depuis 2015, il y a eu un discours politique stigmatisant et décrédibilisant vis-à-vis des organisations syndicales, note Céline Verzeletti de la CGT. Autant de mauvais signaux envoyés au patronat qui s’octroie le droit de ne pas respecter les syndicalistes».




