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Algérie 1871 : l’insurrection armée contre le colonialisme français

Algérie

Lien publiée le 27 septembre 2019

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Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5285

Le grand soulèvement algérien de 1871

En mars 1871, une partie de l’Algérie, le Constantinois et la Kabylie, se soulèvent contre l’occupant colonial français…

Le 15 septembre 1871, le général Durrieu, gouverneur général de l’Algérie, signale dans son rapport au gouvernement de la Défense nationale : « Un mouvement insurrectionnel, impossible à prévenir et susceptible de devenir général, me paraît imminent et avec le peu de troupes dont je dispose, je ne saurais prévoir la gravité de ses conséquences. »

Ce n’était pas un coup de tonnerre dans un ciel serein : insurrection d’Abdel Kader de 1834 à 1847 qui couvre une grande partie de l’Algérie sauf la Kabylie, la guerre qui met fin à l’indépendance de l’Aurès en 1849, les combats dans les oasis du sud en 1852 et 1854, le combat d’Icheriden qui met fin à l’indépendance de la Kabylie en 1857, insurrection de 1864-1965 démarrant dans le sud-oranais, trois rébellions de Khomati de 1873, rébellion de Mohamed Yahia ben Mohamed de 1876, de Mohamed Amziane ben Abderrahman des Aurès de 1879, le soulèvement de Bou Amana dans le sud-oranais en 1881.

En plus de la révolte des populations d’Algérie en but aux exactions coloniales, quelle cause particulière avait lieu pour qu’éclate une insurrection générale en Algérie en 1871 ? Il y avait l’échec militaire de Napoléon III (défaite désastreuse de Sedan) et la chute de l’empire, entraînant un discrédit de l’armée française dans les colonies ! Le 4 septembre 1870, le régime de Napoléon III avait chuté. Il y avait la révolte qui montait en France, qui allait donner la Commune de Paris, et affaiblissait le pouvoir colonial. Il y avait également le changement du régime de l’Algérie qui en découlait, passant du régime militaire au régime civil. L’assimilation des Juifs d’Algérie, alors que les Algériens musulmans se voyaient refuser l’assimilation, a également servi de ferment à la révolte.

L’insurrection éclate en Kabylie et dans le sahara de Constantine (Ziban, Oued-Rir, Oued-Souf, Ouargla), ainsi que dans les Aurès. La prise d’armes de Mokrani a lieu le 15 mars 1871. Mais le soulèvement populaire et spontané a eu lieu bien avant : le 22 janvier 1871.

C’est de la subdivision de Sétif que viennent les principaux chefs de la révolte : l’aghalik de Mokrani, la zaouïa de Cheikh Haddad et de son fils Si Aziz.

Mokrani avait déclaré avoir engagé sa parole personnellement au général Durrieu mais en être libéré, du moment que le gouvernement civil remplaçait son commandement militaire.

Pourquoi Mokrani, grand propriétaire foncier du sud de la Kabylie, fervent admirateur de Napoléon III et soutien de la France, a-t-il pris les armes contre la France ?

Lors de la famine de 1868, pour venir en aide aux tribus réduites à la misère la plus extrême, Mokrani avait emprunté un demi-million à Mesrine, négociant de Constantine, et Mac Mahon avait garanti que ces sommes ne seraient pas exigées immédiatement, laissant le temps aux tribus de rembourser. Le gouvernement du 4 septembre, après la chute de l’Empire, a cautionné la demande des établissements financiers exigeant le remboursement immédiat. Mokrani dut allors hypothéquer tous ses biens pour rembourser sa dette.

Plus fondamentalement, l’insurrection est née du fait que les forces armées de la France semblaient définitivement anéanties par la guerre perdue avec la Prusse et que l’Etat français battait de l’aile avec la chute de l’Empire…

En fait, les généraux d’Algérie refusaient d’obéir au nouveau gouvernement civil de la France et les colonisés d’Algérie y ont vu une faille dans la domination coloniale française.

Le général Augeraud déclarait ainsi : « J’ai donné ma démission au maréchal Mac Mahon qui l’a acceptée… Je ne puis accepter d’être l’agent du gouvernement civil. »

La révolte en Algérie est à reliée à la fièvre révolutionnaire qui avait gagné toute la France à la chute de l’Empire.

Elle est reliée aussi au fait que la plus grande part de l’armée française avait été rapatriée pour combattre la Prusse et mener à un échec militaire.

Général Augeraud, témoignant devant la commission parlementaire d’enquête sur l’insurrection algérienne :

« La révolte tient à trois causes réunies : la guerre, le départ des troupes d’Algérie et les troubles qui ont été la conséquence de la fièvre révolutionnaire. »

La révolte écrivait ainsi aux Algériens :

« Faisons savoir à Mohamed Ben Chennan, Sad ben Henida, Ben bel Kriri et à tous ceux de vos frères, les musulmans qui sont avec vous…

Vous savez combien est grande la faiblesse du gouvernement français… Vous n’ignorez pas le manque de soldats et de troupes militaires et il ne reste plus que le civil…. Si vous êtes pour nous, si vous êtes nos enfants, et si vous voulez compter dans nos rangs… tout ce que vous désirerez vous sera accordé…

Salut !

Par ordre de Si Ahmed bou Mezrag, caïd de l’Ouennoura… »

Le bachaga Mokrani a été tué au combat dans l’Oued Soufflat, son frère Bou Mezrag prenant sa suite. La présence dans la lutte de Si Aziz, fils duu grand maître de l’ordre des Khouans, représente l’influence des confréries religieuses.

En quelques jours, 100 000 combattants se retrouvent sous la bannière du bachaga. Il faudra neuf mois et plus de vingt colonnes pour en venir à bout.

Malgré la mort de Mokrani, l’insurrection a gagné le Constantinois, l’Algérois et le sud oranais.

En quelques jours, Bougie, Fort-National, Dellys, Tizi Ouzou, Dra-el-Mizan, Batna sont assiégés ou bloqués. L’insurrection gagne la Mitidja et jusqu’à l’Alma. A Palestro, 31 colons sont massacrés, 42 autres faits prisonniers. La colonne Fourchault, constituée à la hâte avec des mobiles et des francs-tireurs, arrive trop tard mais réussit à fermer aux insurgés la Mitidja et la route d’Alger.

Après la levée du siège de Bou Arreridj, le contrôle des opérations a pourtant échappé à Mokrani. Sachant la partie perdue, il s’est réservé, pour un ultime et suicidaire combat à l’ancienne, sabre au clair, avec charges de cavalerie. La rencontre se produit le 5 mai à l’Oued-Souffla. Elle se traduit par une fusillade sans panache au cours de laquelle Mokrani est tué net d’une balle entre les yeux. Dès lors, les tribus rebelles se soumettent les unes après les autres.

A l’insurrection, matée dès juillet 1871, succède la guérilla. Des poteaux télégraphiques sont coupés, des diligences attaquées, des fermes harcelées, les marchés ponctués de razzias et de nefras émotions populaires. L’agitation ne cesse vraiment qu’en janvier 1872 avec la mort de Bou Mezrag, frère de Mokrani, réfugié aux confins du désert et capturé en piteux état après n’avoir rien mangé ni bu, sinon ses urines, pendant six jours.

Bien qu’un tiers seulement de l’Algérie ait participé au mouvement, 200 000 indigènes ont pris part au combat. La France a porté ses effectifs à 86 000 hommes, comme au temps d’Abd el-Kader, et elle a livré 340 combats. Ses pertes s’élèvent à 2 686 morts, dont la moitié de maladie.

L’insurrection a gagné l’est et le sud du pays. Elle durera dix mois et coûtera la vie à plus de 20 000 insurgés. Face à un tel soulèvement, l’armée coloniale se livre à une répression impitoyable. L’amiral de Gueydon mobilise 100 000 soldats et un dispositif militaire supérieur à celui qui avait permis d’asservir la région en 1857. Au-delà des insurgés, c’est toute la population qui est prise pour cible. Des villages entiers sont détruits, des familles décimées ou jetées sur les chemins de l’errance par la barbarie coloniale.

La répression de la révolte a duré plus d’un an…

Quand ils ne sont pas fusillés après s’être rendus, en dépit des promesses d’aman, les rebelles passent en cour d’assises.

Certains meneurs, qui s’étaient signalés par leur modération et leur humanité, sont déportés dans une enceinte fortifiée ou en Nouvelle-Calédonie. Ben Haddad mourra à la prison de Constantine.

Les représailles contre les populations civiles ont été sanglantes. Vingt-sept millions de francs ont été exigées contre les populations d’Algérie. 446 406 hectares de terres ont été expropriés en guise de punition et données à des colons français.

Une ordonnance de 1845 prévoyait que des propriétaires frappés de séquestre disposaient d’un délai de deux ans pour prouver, devant les tribunaux, leur bonne foi ou leur innocence et récupérer leurs biens. Or dans une lettre à Thiers, le ministre de l’Intérieur note que « ce qui pouvait être, en 1845, une guerre d’indépendance, est devenu, après 41 ans d’une domination tutélaire, une rébellion véritable qui doit être punie comme telle par la dépossession immédiate et définitive. »

L’insurrection de 1871 est la dernière grande révolte armée avant la lutte de libération nationale engagée par le FLN. Pourtant, loin de s’en revendiquer, ce dernier s’en est publiquement démarqué !

Le FLN est en effet né en reniant ce soulèvement spontané en masse. Son corps de départ a été l’Organisation Spéciale au sein du PPA-MTLD qui déclarait :

« « Nous nous proclamons un parti révolutionnaire. Le mot révolutionnaire est dans les propos de nos militants et de nos responsables. Notre vocabulaire est dominé par des formules à l’emporte-pièce, extrémistes, magiques telles que « le problème algérien est un problème de force », « nous sommes pour l’action, contre les discours » ; en attendant, nous ne cessons de discourir. (…) Aujourd’hui que l’électoralisme a fait faillite, le regard doit se porter résolument vers les véritables objectifs. Notre but est de mobiliser toutes les couches de la population algérienne, d’entraîner même les « mécontents », les « hésitants », même ceux qui sont contre les « inégalités choquantes ». « Des idées fumeuses, voire saugrenues, bouchent notre conscience. En parlant de soulèvement, certains y voient une forme d’insurrection « généralisée », à l’exemple de celle de 1871, étendue à l’ensemble du territoire national. (…) Le but de ce rapport est de préciser la donnée principale de la révolution : la ou les formes de lutte que doit revêtir la lutte de libération. » « Quelle forme prendra la lutte de libération ? La lutte de libération ne sera pas un soulèvement en masse. L’idée de soulèvement en masse est en effet courante. L’homme de la rue pense que le peuple algérien peut facilement détruire le colonialisme grâce à une supériorité numérique : dix contre un. Il suffira de généraliser à l’Algérie entière un soulèvement populaire. (…) En réalité, l’idée de « soulèvement en masse » se fonde sur des souvenirs historiques, au niveau de l’opinion populaire. Les paysans n’oublient pas la grande insurrection de 1871. De père en fils, ils ont hérité le regret viscéral que cette insurrection fut circonscrite à la Kabylie, à quelques régions de l’Algérois et du Constantinois. Ils peuvent croire que cette insurrection aurait réussi si elle avait éclaté partout. Il faut préciser tout de suite que cette conception n’est pas partagée par les populations de Kherrata qui ont connu le massacre de mai 1945, ni par celles de Kabylie qui depuis cette date connaissent les répressions les plus dures. Les événements qui ont suivi « l’Ordre du 23 mai 1945 » indiquent à quelles aventures tragiques peuvent conduire des idées archaïques. (…) L’insurrection de 1871 a échoué, moins parce qu’elle était géographiquement limitée qu’en raison de son caractère spontané, improvisé et des conceptions militaires erronées de ses dirigeants. (…) Le soulèvement en masse est une forme de lutte anachronique. La notion de supériorité de la multitude, nous en avons fait l’expérience, a déjà bouché la conscience que devait avoir nos dirigeants des bouleversements engendrés par l’armement moderne dans l’art de se battre pour se libérer. » (Rapport de l’Organisation Spéciale (formation paramilitaire clandestine du PPA) pour le Comité Central élargi de décembre 1948 du Parti du peuple algérien PPA-MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) de Messali Hadj et adopté par celui-ci)

Impressionnant ce désaveu de l’insurrection spontanée et en masse de 1871 par les futurs militaires dictateurs, déjà même pas solidaires des insurrections passées !

La révolte

La question algérienne en 1871

La répression de l’insurrection

La révolte du bachaga Mokrani