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    A Manca: "Maffioïsation de la société corse"

    Brève publiée le 30 septembre 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://www.anti-k.org/2019/09/29/contribution-au-debat-maffioisation-de-la-societe-corse/

    Préambule : un système prédateur à la racine du mal.

    L’appel au débat lancé par Core in Fronte sur le thème de la « maffioïsation de la société corse » nous concerne à plus d’un titre, tout d’abord en tant que militantEs du droit à l’autodétermination, en tant que travailleuses et travailleurs, et en tant qu’adversaires déterminés de ce système prédateur qui est à l’origine même des maux que subit notre pays.
    En effet, dans son stade actuel de développement et en l’absence d’une alternative, le néo-libéralisme prétend transformer la planète, et donc notre pays, en un ensemble uniformisé où le diktat des lois du marché modèle les sociétés.

    Notre participation à ce débat est rendue d’autant plus aisée par le fait que depuis des décennies, nous n’avons eu de cesse de le combattre. Nous sommes en effet convaincus que la lutte de libération du peuple corse doit nécessairement déboucher sur un projet politique porteur de toutes les formes d’émancipation.
    Ce projet politique ne procède pas d’un accommodement avec le néo-libéralisme. Il en est le contre-modèle fondé sur la défense et la préservation du Bien Commun.
    Le lien entre les dérives constatées par tous et ce système uniquement fondé sur l’accumulation maximale de profits ne doit rien à un dogme. Il s’impose à nous comme une dramatique évidence mise en perspective par l’addition de faits tangibles qui représentent autant d’indicateurs de ce tsunami, économique, environnemental, social et culturel qui dévaste nos conditions de vie.

    L’auteur italien Roberto Saviano, engagé depuis des décennies dans une lutte sans concessions contre la pègre, a déclaré :
    « Ce ne sont pas les camorristes qui choisissent les affaires, mais les affaires qui choisissent les camorristes. La logique de l’entreprenariat criminel et la vision des parrains sont empreintes d’un ultralibéralisme radical. Les règles sont dictées et imposées par les affaires, par l’obligation de faire du profit et de vaincre la concurrence. Le reste ne compte pas. Le reste n’existe pas. Le pouvoir absolu de vie ou de mort, lancer un produit, conquérir des parts de marché, investir dans des secteurs de pointe : tout a un prix, finir en prison ou mourir. Détenir le pouvoir, dix ans, un an, une heure, peu importe la durée : mais vivre, commander pour de bon, voilà ce qui compte. Vaincre dans l’arène du marché et pouvoir fixer le soleil ». (extrait de Gomorra).

    Interroger la pertinence du mot « maffia »

    Cet éclairage indispensable à la bonne compréhension de ce qui se passe dans la société napolitaine n’est pas moins pertinent lorsqu’il s’agit d’analyser sur le fond les phénomènes qui intéressent notre pays. Il nous faut toutefois et dans le même temps, tenir compte d’un élément d’appréciation qui, selon nous, distingue pour partie ces deux situations. Là où Roberto Saviano et bien d’autres analystes font état d’une organisation structurée et pyramidale de la pègre, que ce soit à Naples, en Sicile ou en Calabre, nous ne pouvons que constater en Corse la présence de multiples bandes, constituées dans une horizontalité des rapports de force et de pouvoirs, bandes qui n’ont pas encore opté pour la mise en place structurée d’un système global.

    Que l’on ne se méprenne pas sur le sens de ce propos. Il ne s’agit ni de minimiser la présence ni les dangers corollaires de ce banditisme en plein essor.
    L’histoire récente et plus ancienne de notre pays, témoigne de la présence de bandes, parfois alliées, parfois violemment opposées, qui ont agi en prédatrices au cœur de nos sociétés. C’est ce qui caractérise encore pour l’heure, la situation que nous analyserons dans un premier temps, puis qui doit nous permettre d’engager communément une dynamique concentrée sur les racines du mal.

    C’est pourquoi le terme de « maffioïsation » ne nous semble pas correspondre aujourd’hui au stade de développement de ce banditisme qui sévit depuis des années. Banditisme qui, si rien ne vient entraver son ascension, peut toutefois effectivement muter sous une forme similaire à celle constatée sous d’autres cieux. Rien n’interdit de penser qu’il a déjà gangréné, outre les secteurs de l’immobilier et du foncier, du commerce et du BTP, pour partie la sphère politique. Des amorces de pénétration dans les institutions locales sont constatées depuis des lustres.
    Les têtes de pont de ces infiltrations appartenaient alors à des formations politiques dites « traditionnelles ». La tentation d’en faire aujourd’hui de même avec des pans du mouvement nationaliste ne relève sûrement pas de fumeuses théories complotistes, mais d’une logique encore une fois engendrée par le développement effrénée du néo- libéralisme précédemment évoqué.

    Analyse de la situation.

    Rappelons que pour nous qui en sommes les acteurs au quotidien, notre pays, dans toutes ses dimensions, n’est pas un territoire fantasmé ou rêvé mais bien un lieu de vie.
    Sous les effets délétères d’un système économique, uniquement fondé sur la notion de profit, il se résume dans l’esprit de nombreux prédateurs, à un produit à forte valeur ajoutée.
    Cette ruée sauvage sur nos espaces naturels est à la fois le fait d’éléments extérieurs à la Corse mais tout autant, et si ce n’est plus, le fait d’éléments qui évoluent au sein de notre société.
    Cette situation ne doit rien au hasard. Encore une fois, elle est la résultante d’une mise en coupe réglée, qui intéresse les espaces naturels maritimes et montagnards, et de toutes les « niches » qu’une pègre omniprésente s’attache à exploiter.
    Cette pègre, organisée en bandes, n’a pas atteint les niveaux que l’on peut constater à Naples, en Sicile et en Calabre. Cela ne signifie pas que ses méthodes s’avèrent différentes ni que sa féroce cupidité n’affecte pas l’ensemble de notre société. Elle a sûrement le dessein d’organiser la société à son unique avantage. Elle tente, à l’occasion, de se parer d’une vitrine politique et de pénétrer les rouages institutionnels. Pour autant, elle ne s’est pas encore développée au point d’en arriver au niveau d’implication et de pénétration, comme Cosa Nostra, la Camorra et la’ Ndrangheta.

    Cependant, répétons- le, elle peut, si rien ne la freine dans son ascension, muter et parvenir à une dimension supérieure. Une des conditions de cet éventuel phénomène est liée à la relation que l’Etat entretien à son égard. L’histoire de l’Italie voisine est là pour nous alerter à ce sujet.
    Que de façon très opportune, une structure étatique puisse utiliser la pègre à des fins politiques, ne relève pas d’un scénario de science- fiction.
    La complexité comme l’opacité des relations entre des structures étatiques et la pègre ne doivent pas être analysées en termes de morale ni même d’éthique.
    Ces relations relèvent de rapports économiques, sociaux et donc politiques au sein des sociétés concernées.

    Le néo-libéralisme, qui étend sa domination sans partage à l’échelle planétaire, a besoin de faire exploser les cadres existants afin de se maintenir et de se développer. Comment opère-t-il donc ?
    Il agit en œuvrant à uniformiser les comportements des consommateurs, en réduisant à néant les moyens des résistances sociales, en ramenant l’Homme à sa seule dimension individuelle ignorant les cadres collectifs, en s’emparant de la terre, de l’eau, des ressources énergétiques, en tenant sous son contrôle les moyens de communication (réseaux sociaux, presses et autres médias), en privatisant tous les secteurs lucratifs et les richesses produites et en laissant aux collectivités les secteurs jugés déficitaires ou de peu de rentabilité.
    Il s’efforce donc d’imposer une idéologie destinée à déconsidérer tout système alternatif, espérant ainsi faire de ce capitalisme du XXIème siècle, un horizon indépassable.
    Cette offensive de tous les instants comporte des conséquences dramatiques pour les sociétés, en particulier pour les classes populaires.
    C’est une régression sociale d’une force inédite qui engendre une précarité toujours à la hausse et plus globalement, un mal de vivre intergénérationnel pérenne.
    Ce que l’on désigne sous l’appellation de « sous-prolétariat » est principalement composé de jeunes et de femmes.
    Il constitue un terreau sur lequel émergent des comportements en rupture avec l’ensemble des corps sociaux.
    C’est une base de manœuvre sur laquelle s’appuient, pour leur propre compte, les leaders d’une pègre, qui eux ne sont pas issus majoritairement des classes sociales les plus défavorisées.

    Dès lors, des franges entières du corps social ont recours à des expédients, dans le cadre d’une économie informelle qui organise le travail hors des cadres conventionnels et produit tous les trafics.
    La consommation exponentielle de produits stupéfiants fournit une très importante source de revenus, principalement captés par les têtes de réseaux. Des masses de capitaux issus de ces pratiques demandent à être recyclés. C’est le secteur des spéculations foncières et immobilières qui offre le plus d’opportunité à ce blanchiment. Des sociétés et commerces font également office de « blanchisseuses ».
    Pour entretenir leurs troupes (soldats, dans le jargon de la voyoucratie), les leaders de la pègre permettent également à la pratique de l’extorsion de fonds de se développer.
    Enfin le secteur du BTP, en particulier la captation des marchés publics fait l’objet de toutes les convoitises de la part du banditisme.

    C’est dans ce contexte principalement occasionné par la déferlante néo-libérale, que s’est produit l’assassinat de Massimu SUSINI.

    A des degrés divers, la société corse est néanmoins consciente des enjeux.
    Une amorce de prise de conscience collective passe par l’expression des émotions au lendemain de la mort violente d’un jeune patriote, militant de la cause corse. Nous ne pouvons en aucun cas nous accoutumer de ces actions destinées à faire régner la terreur. C’est pourquoi, les forces vives de notre pays se doivent d’engager toute leur énergie pour travailler à un changement profond et radical.
    Cet engagement vital nécessite en amont des clarifications.

    Pour un Etat de droit contre la raison d’Etat.

    Plusieurs écueils se dressent sur le chemin d’un sursaut vital dans notre société.
    Le premier est constitué par l’Etat français, qui outre son illégitimité à gouverner notre pays, est le vecteur de pénétration d’un système économique dont nous constatons tous les jours un peu plus les effets délétères.
    En tant que structure, cet Etat n’est pas neutre.
    Il est le bras armé de ces gouvernements eux-mêmes garants des intérêts des classes dominantes, des milieux de la haute finance et plus généralement de tous ceux qui tirent d’énormes bénéfices et avantages de la pérennisation de ce système aujourd’hui prédominant.
    Dans la période sombre que nous traversons, cet Etat cherche à se présenter comme le garant des libertés publiques et du Bien Commun. Il le fait avec d’autant plus de détermination dès lors qu’il tente de disqualifier le peuple corse en tant qu’acteur majeur de sa propre histoire.
    Bras armé des classes dominantes, vecteur central du néo-colonialisme, l’Etat français contribue à l’implosion de notre société et prétend dans le même mouvement se présenter comme un rempart bienveillant contre tous les dangers.

    S’attaquer à la racine du mal impose donc de ne pas faire l’économie d’une opposition de fond comme de forme à cet instrument de domination.
    Le socle commun du « vivre ensemble » doit être arrimé fortement à notre volonté d’instaurer un Etat de droit, pensé et mis en œuvre dans le cadre de notre pays et ce en rupture avec toutes les formes de tutelles.

    Contre la « loi » de la jungle.

    Pour autant, en tant qu’acteurs majeurs de notre propre histoire, pouvons-nous exonérer de toute critique et de toute contestation celles et ceux, personnes et collectifs qui par leurs erreurs, leurs fautes, voire leur compromission, contribuent à livrer notre pays aux mains de tous les prédateurs ?
    A nos yeux, et nous sommes absolument convaincus qu’il en va de même pour une majorité au sein de notre peuple, personne, y compris ceux qui, abusivement tentent de s’accaparer les acquis des luttes, ne peut être autorisé à fuir ses responsabilités. Cette détermination sereine mais ferme doit nous animer collectivement, publiquement et dans la clarté la plus totale. C’est le chemin qu’avaient emprunté en leur temps les paolistes, soucieux qu’ils étaient alors, d’œuvrer à mettre un terme à tous les maux qui rongeaient notre pays.
    La loi du plus fort est à abolir sans concession aucune. C’est la condition majeure d’une réhabilitation de l’espoir, c’est un chemin aussi obligé que vital.

    Traiter les effets. Eradiquer les causes.

    Parmi les écueils à surmonter, figure la tentation d’une posture morale vidée de toute signification. Il est en effet totalement inefficace que de vouloir moraliser un système qui par essence, repose sur la domination d’une minorité (en recourant au besoin à la violence) sur une majorité formée majoritairement de classes populaires. Dans le domaine de la médecine, cela aboutirait à traiter les effets en négligeant les causes.

    Le développement indispensable d’une ample mobilisation passe par des luttes et stades intermédiaires de luttes, mais cela doit être pensé et mis en œuvre dans la perspective que seul un projet de société alternatif porte le possible changement dans toute sa radicalité.
    La mobilisation des énergies nécessaires pour cela ne doit en aucun cas reposer sur les seules initiatives individuelles. Partis et mouvements politiques, associations et syndicats professionnels, tous doivent contribuer à opposer à la pègre un front unitaire dont la fonction essentielle est de traiter les causes profondes et d’apporter les solutions adéquates.
    Nous voulons dire clairement que les déclarations de principe sans lendemain et les condamnations de circonstances ne suffiront pas à éradiquer les maux qui rongent notre société.
    Nous nous refusons à espérer et croire que l’Etat français puisse être le garant de la préservation du Bien Commun. Là où prime la raison d’Etat s’efface toute idée d’Etat de droit.
    Le mouvement national, dans sa diversité si chèrement imposée, demeure encore majoritairement le dépositaire des espoirs de larges franges de notre peuple. Plusieurs de ses composantes exercent désormais des fonctions importantes au sein des institutions. La vie politique de notre pays est principalement animée par le mouvement national, comme c’est le cas depuis quarante ans. La confiance populaire dont il bénéficie encore, lui confère des responsabilités majeures. Il se doit donc d’être à la hauteur de la confiance qui lui est encore accordée.

    Conclusion.

    « On m’a prêté plus de combinaisons politiques que je n’en avais. Mon système était fort simple : faire prédominer les intérêts généraux sur les intérêts privés… L’égalité sous toutes les formes en était le principe de base, l’honneur national et l’amélioration du sort de tous, le but et le résultat.
    Voilà les secrets de notre gouvernement. »
    P. PAOLI à Arrighi

    Notre participation à ces débats s’inscrit dans la perspective d’un changement profond, seul garant d’un avenir radicalement opposé à celui que veut nous imposer l’Etat français, lui- même vecteur principal de ce néo- libéralisme prédateur qui ruine notre pays.
    Au fil des ans et de la contre-révolution libérale, le dogme de l’économie de marché s’est imposé comme un prétendu horizon indépassable.
    A ceux qui plus ou moins naïvement, se résignent à aménager ce système en s’abritant derrière des formules sans lendemain, nous disons, non seulement qu’ils font fausse route, mais qu’ils sont désormais dans l’obligation de prendre position, soit en se pliant devant « l’ordre », soit en s’engageant résolument dans une alternative porteuse du Bien Commun.
    La résolution pérenne aux problèmes de notre pays ne peut pas s’envisager sans examen lucide des causes.
    Par notre capacité à nous auto-organiser dans la diversité des sensibilités propres au mouvement national, nous nous devons d’effectuer un acte majeur qui place le peuple corse comme l’unique détenteur de son présent et de son futur.

    Le temps des slogans alambiqués et des flous entretenus est révolu.
    Dans la vie simple des travailleurs, dans nos quotidiens, la vérité s’impose. Elle porte en elle des exigences qui ne s’accommoderont pas des bricolages et des atermoiements.
    La Lutte de Libération Nationale se doit d’agir et d’être mue par une éthique autant que par un projet réellement émancipateur.

    A MANCA