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EDF : pourquoi la privatisation annonce des hausses massives du prix de l’électricité
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://www.marianne.net/economie/projet-hercule-edf-privatisation-prix-facture-electricite
Le projet "Hercule" d'EDF ne se cantonne pas à l'espace financier. Le procédé, qui compte séparer l'opérateur en deux, pousse plus avant la privatisation et avec elle… la hausse de la facture d'électricité pour les consommateurs. Démonstration.

« Il faut également protéger les consommateurs français contre les hausses de prix de marché, qui peuvent fluctuer très fortement. » L'injonction ne vient pas d'une association de consommateurs mais de Jean-Bernard Lévy, le patron d'EDF. Dans un mail confidentiel adressé au top management du groupe et destiné à faire le point sur le projet « Hercule », le patron d'EDF sait qu'il tient là un des arguments capables de faire mouche auprès de l'opinion publique. En l'état, le projet conforte en effet la marche vers un système concurrentiel, déjà synonyme de facture plus « salée » pour les consommateurs.
Et de fait, après une hausse de 7% en 2019, les Français devraient à nouveau voir leur facture gonfler au 1er janvier 2020, de 3,5% à 4%, soit près de 60 euros par an pour les ménages se chauffant à l'électricité, selon une information du Parisien. Longtemps habitués à un kilowattheure bon marché, les Français ont pu goûter, depuis dix ans, aux joies de la concurrence. Là où était promise une baisse générale des prix, c'est au contraire un mouvement massif de hausse qui s'est produit. Selon les chiffres d'Eurostat, l'électricité, qui était 30% moins chère que la moyenne européenne, en 2010, ne l'était plus que de 17% en 2016. Depuis 2010, alors que la structure de production n'a quasiment pas évolué - elle reste à 85% nucléaire -, le kilowattheure a progressé de plus de 30%…
CHÈRE TRANSITION VERTE
Si les coûts de production sont restés stables, ainsi que le coût de commercialisation, 35% de la facture en 2017, il en va tout autrement de ses deux autres composantes : les taxes et les coûts de transport. Les premières pèsent à présent près de 35% de la facture, 30% pour les seconds. Ces deux postes se sont littéralement envolés, sous le même effet : la politique de transition énergétique vers les renouvelables, éolien et solaire en tête. Or « Hercule » envisage d'aller plus avant dans cette mutation, à travers une filiale en partie privatisée (EDF « vert »). Une part accrue des taxes est en effet affectée à l'ensemble du système de subvention des éoliennes, panneaux solaires et autres travaux d'isolation thermique.

Quand à RTE, l'entreprise qui gère le maillage électrique du pays, elle-même explique dans son rapport annuel que le tiers de ses investissements est aujourd'hui consacré à l'adaptation du réseau « à la transition énergétique » . Des milliards d'euros facturés par EDF aux consommateurs et qui finissent dans d'autres caisses que celles de l'opérateur historique.
CONCURRENCE PERDANTE POUR EDF
Autre facteur inflationniste visible sur la facture énergétique et renforcé par « Hercule » : la généralisation de la concurrence sur le marché électrique. « Le marché de l'électricité est typiquement celui pour lequel la concurrence est moins efficiente. Mais qu'importe : sous la pression de Bruxelles, la France a dû créer artificiellement un marché concurrentiel de l'électricité. Or les deux énergies les moins chères que sont le nucléaire et l'hydroélectrique sont dans les mains d'EDF, ce qui complique les choses pour les concurrents, qui sont essentiellement des distributeurs qui achètent de l'énergie. Pour que cela fonctionne, EDF a été contraint de fournir à un prix coûtant son électricité nucléaire à ses concurrents » , explique David Cayla, économiste à l'université d'Angers. Ce programme porte un nom : Arenh pour Accès régulé à l'énergie nucléaire historique.
Pour ses concurrents, c'est simple. Soit le prix sur le marché européen est inférieur, et ils se fournissent sur le marché de gros, soit c'est plus cher et ils frappent à la porte d'EDF. Autrement dit, l'opérateur historique perd sur tous les tableaux : quand il pourrait vendre plus cher sa production sur le marché national ou à l'export, vers l'Allemagne, par exemple, il doit la vendre à prix coûtant. Et quand c'est moins cher, EDF, dont les productions sont quasi constantes, se retrouve avec des surplus dont personne ne veut. Bref, l'opérateur historique est grand perdant.




