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    Organiser le pessimisme

    Brève publiée le 17 octobre 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://www.groupejeanpierrevernant.info/#Falscisme

    Copier ce lien pour citer ce billet.

    “Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C'est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l'expulser.”

    Françoise Giroud

    “By denouncing Socialism and Capitalism alike as the common offspring of Individualism, it enables Fascism to pose before the masses as the sworn enemy of both. The popular resentment against Liberal Capitalism is thus turned most effectively against Socialism without any reflection on Capitalism in its non-Liberal, i.e. corporative, forms. Though unconsciously performed, the trick is highly ingenious. First Liberalism is identified with Capitalism ; then Liberalism is made to walk the plank; but Capitalism is no worse for the clip, and continues its existence unscathed under a new alias.”

    Karl Polanyi, 1934 [1]

    L’annonce de la suspension de nos activités nous a valu de nombreux courriers, très chaleureux, nous en demandant les raisons. La raison la plus profonde tient au moment politique que nous traversons, annonciateur de gros temps pour une décennie au moins, et sans doute plus. Il devient urgent de nous y préparer, ce qui nécessite d’y consacrer du temps — le bien le plus précieux dont nous disposions encore. Ayant peu de goût pour le catastrophisme, il nous a semblé important de rassembler dans ce billet des éléments analytiques sur la crise politique en cours et en particulier sur la nature des régimes qui, des États-Unis à la Hongrie en passant par le Brésil, l’Inde ou les Philippines, menacent l’autonomie de la recherche et de l’Université.

    La crise politique française peut se résumer à la partition du champ politique en trois blocs: le bloc modernisateur au pouvoir, qui mène une politique néolibérale, un bloc nationaliste et identitaire, issu de la normalisation de la vieille extrême-droite [2], et un bloc émancipateur fragmenté, qui tente de reconstruire un projet social intégrant la nécessité de juguler le réchauffement climatique et l’effondrement des espèces. Aucun de ces trois blocs n’est capable de s’assurer le soutien d’une majorité de la population. Seules, les institutions de la cinquième République ont permis à un parti comme LREM, disposant d’une base de 11% de l’électorat [3], d’obtenir 53% des sièges à l’Assemblée nationale, ce qui oblige ce bloc modernisateur à avoir recours à une répression violente et autoritaire du mouvement social pour pallier l’absence d’adhésion à son projet néolibéral [4].

    Cette tripartition du champ politique [5] est le fruit de la lente émergence d’un bloc centriste modernisateur, décomposant la gauche de gouvernement par prélèvement de la classe moyenne éduquée [6], attirée par l’adhésion au projet européen, et décomposant en même temps la droite conservatrice par prélèvement des “CSP+”, cadres du secteur privé et professions libérales, par adhésion au projet néolibéral. Il s’agit là d’une stratégie délibérée [7], explicite dans les desseins de M. Giscard d'Estaing et de M. Barre, ainsi que dans ceux de la deuxième gauche de M. Rocard, de M. Delors puis de M. Strauss-Kahn, théorisés par des groupes de réflexion comme Terra Nova [8] ou les Gracques. Or, cette recomposition du paysage politique ne permet de constituer aucun bloc social majoritaire, ce qui est la caractéristique première d’une crise d’hégémonie. Les tentatives d’élargissement des blocs autour de partitions binaires inopérantes (écologiste vsproductiviste, souverainiste vs globaliste, nationaliste vs européiste, libéral vs autoritaire, cosmopolite vs identitaire, progressiste vs populiste, rationaliste vs obscurantiste, etc.) ne font qu'accroître la fragmentation de l’offre politique, empêchant la coalition de groupes sociaux aux intérêts distincts autour d’un même projet politique et d’un même imaginaire social.

    Pourtant, M. Bolsonaro, M. Orbàn, M. Salvini ou M. Trump sont parvenus à reconfigurer l’espace politique en faisant émerger un nouveau bloc social dominant incluant les classes moyennes peu éduquées, les cadres du privé, les professions libérales et les détenteurs du capital financier. Pour le cas français, il s’agirait, en substance, de l’électorat de M. Macron et de Mme Le Pen, une fois écartées les classes moyennes intellectuelles (enseignants, chercheurs, journalistes, etc.), majoritairement attachées au libéralisme politique et culturel. Il s’agit donc de tenter de dégager les caractéristiques du projet politique capable de fédérer ce bloc social en écartant les qualificatifs ordinaires qui en perturbent l’analyse : post-fascisme, populisme, illibéralisme, post-démocratie, alt-right, etc. [9] Les travaux sur l’émergence des fascismes [10] au début du siècle dernier nous alertent sur un point : il est vain de chercher des invariants stricts entre des mouvements nationalistes, ceux-ci devant par nature s’adapter aux spécificités culturelles locales. Aussi convient-il de se libérer de toute tentative de définition unitaire et totalisante d’un Ur-fascisme i.e. d’un fascisme éternel [11] et partir de l’examen des faits.

    Allons à l’évidence : les politiques économiques et sociales menées aux Brésil, en Hongrie, en Italie ou États-Unis sont indubitablement néolibérales (dérégulation financière [12], flat tax [13], suppression de droits des salariés (loi Travail) [14], privatisations, réduction des aides sociales, etc.) Il n’y a là aucune coïncidence, mais une filiation intellectuelle explicite de l’entourage des présidents de ces États avec les penseurs néolibéraux de l’école Autrichienne (Ludwig von Mises, Friedrich von Hayek, etc.) comme de l’École de Chicago (Milton Friedman, etc). Si les courants de l’Alt-right se distinguent par des nuances quant aux questions de mœurs et quant aux références évangéliques (néoconservateurs) ou technophiles (libertariens), ils se rejoignent sur l’essentiel en promouvant une hybridation entre néolibéralisme et fascisme, alliant le culte de la libre concurrence au nationalisme, à la xénophobie, à l’eugénisme, au climato-négationnisme, au suprémacisme blanc, à la haine de l’altérité et au rejet des “droits civiques”. Cette hybride monstrueux hérite du néolibéralisme l’idée d’un État illibéral, réduit à sa fonction répressive, au service du marché et sous le contrôle de la sphère actionnariale. Comme n’a cessé de le répéter Robert Paxton, ceci constitue une différence fondamentale avec l’État planificateur et centralisé des fascismes historiques, adossés à la Nation comme communauté organique transcendant tout individualisme [15]. S’il s’agit toujours de détruire l’institution de la société comme communauté de personnes, cela ne passe plus comme dans les totalitarismes par la disparition de l’individu mais par sa privatisation. La résurrection métastatique du mythe identitaire — la race, le sang, le chef — n’est plus affaire de masse mais d’atomisation sociale, de séparation avec l’expérience sensible.

    F. Hayek et son Road to Serfdom servent ainsi de référence centrale à M. Philippe (dans la traduction de M. Barre) [16] comme à M. Bannon, qui ne cesse de le citer dans les meetings auxquels il participe à travers l’Europe [17]. M. Trump et M. Salvini vénèrent M. Laffer, le théoricien de la réduction d’impôts [18] qui a inspiré la suppression de l’ISF portée par M. Macron. M. Salvini se réfère également à Mme Thatcher, pour sa conception de la liberté réduite à la liberté économique, et à Alvin Rabushka, un politiste affilié aux think tanks néolibéraux Hoover Institute et Société du Mont-Pélerin, pour la flat tax. [19]Au Brésil, M. Bolsonaro est entouré de “Chicago boys” comme le ministre des finances, M. Guedes, néolibéral influencé par Milton Friedman, qui a enseigné l’économie au Chili pendant la dictature de M. Pinochet [20]. Partisan d’un Brexit dur, M. Johnson s’est entouré de “libertariens” revendiqués comme M. Javid (Chancellor), M. Raab (Foreign office), Mme Patel (Home office), ou Mme Truss (International Trade Secretary), auteurs du pamphlet “Brittania Unchained” [21]. Il en va de même pour l’AfD allemand ou le FPÖ autrichien, deux partis postfascistes et ordo-libéraux dont des dirigeants importants ont été formés dans les think tanks néolibéraux (Société du Mont-Pélerin, Hayek Society, etc)[22].

    Simultanément, M. Salvini a multiplié les références à Mussolini, le citant par exemple le jour de son anniversaire ("Tanti nemici, molto onore"), dans un discours prononcé depuis le balcon de Forli où le Duce avait assisté à l'assassinat de jeunes partisans de la démocratie. L’illibéralisme de M. Orbàn s’inspire de Carl Schmitt ; M. Farage ne cache pas son antisémitisme [23] ; M. Bolsonaro se place dans la filiation explicite de la dictature brésilienne, dont il prétend qu’elle n’a “que” torturé, et pas tué, et de celle de M. Pinochet, dont il considère qu’elle n’a pas été assez loin, ne tuant pas assez de “gauchistes” [24]. Chacun de ces leaders prétend incarner le peuple, la majorité silencieuse, contre les élites technocratiques corrompues. Or le néolibéralisme d’un Friedrich Hayek ou d’un Ludwig von Mises a désigné la même cause aux maux du monde : la prétention des hauts-fonctionnaires d’État, nourris de saint-simonisme et de positivisme comtien, à contrôler les affaires du monde. De ce point de vue, ce n’est donc pas tant l’hybride nationaliste du néolibéralisme qui est surprenant, mais bien l’hybride entre néolibéralisme et management constitué au cours des années 1970 et qui sert de programme politique au bloc centriste modernisateur. Pour sûr, l’État-entreprise de la “start-up nation” [25], technorationaliste, réduisant le politique à l’ordre gestionnaire, serait apparu comme une horreur aux yeux de ces deux théoriciens néolibéraux pour qui seul le marché, construit par la mise en concurrence, peut faire émerger la “Vérité catallaxique”. En revanche, il est d’une ressemblance frappante avec la technocratie autoritaire imaginée par Walter Lippmann, en rupture avec le “laissez-faire” du libéralisme comme avec l’idée démocratique. Le néolibéralisme de Lippmann repose en effet sur une élite d’experts, seule à même d’imposer, par la fabrication du consentement, les réformes nécessaires pour adapter les individus à leur environnement, soumis à l’évolution autonome des sphères économiques et techno-scientifiques [26] .

    Comment le protectionnisme nationaliste [27] prôné par le bloc identitaire peut-il être compatible avec la dérégulation néolibérale ? Si les institutions européennes — ainsi que d’autres institutions internationales comme le Fonds monétaire international, la Banque mondiale ou l’Organisation mondiale du commerce — ont été utilisées pour imposer, contre les souverainetés étatiques, des réformes néolibérales et unifier les marchés à l’échelle planétaire, cela n’implique nullement un rejet des frontières, puisque celles-ci permettent de mettre en concurrence les États. Lorsque M. Trump utilise la puissance coercitive de l’État fédéral américain, c’est pour contraindre les autres nations à se conformer à la logique de marché. Les théories économiques néolibérales s'accommodent ainsi parfaitement des nationalismes comme du “globalisme”. Exemple révélateur, le Brexit a été pensé dans les cercles néolibéraux, dès la fin des années 1980, sous l’influence de Mme Thatcher [28]. La campagne pour le Brexit a du reste été influencée par M. Mercer, propriétaire “libertarien” de Cambridge Analytica [29] et financeur le plus important de la campagne de M. Trump, lui permettant d’imposer M. Bannon à ses côtés. L’opération a été épaulée par M. Thiel, fondateur de Paypal et de Palantir, soutien lui aussi de M. Trump et spécialiste des techniques de surveillance, de fichage et de contrôle des populations [30] .

    Ces deux hybrides du néolibéralisme, l’un managérial et l’autre nationaliste, partagent non seulement les grandes lignes des orientations économiques, mais aussi les mêmes boucs émissaires à sacrifier. Rompant avec les compromis consentis par les détenteurs du capital financier pendant l’ère fordiste, l’ère néolibérale a méthodiquement remis en cause l’ensemble des systèmes de solidarité qui assuraient des formes de sécurité aux classes moyennes et populaires (école, santé, chômage, retraite). Dès lors, comment la sphère politique doublement soumise au système représentatif et au contrôle des investisseurs peut-elle répondre à la demande de sécurité économique, politique et culturelle des classes moyennes ? Par “l’organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses” [31], ce qui suppose la surexposition aux questions migratoires et identitaires, jouant d’un imaginaire colonial encore vif [32]. Les tenants des deux néolibéralismes usent ainsi du même renversement de la rhétorique des révolutions française et américaine d’abolition des privilèges de l’ancien monde par un ordre nouveau : les “privilégiés” dont le sacrifice est supposé mettre fin au déclin ne sont plus les aristocrates mais les chômeurs (fainéants), les fonctionnaires (rentiers), les militants climatiques (liberticides) et surtout, les migrants [33]. Le néolibéralisme identitaire, nationaliste, xénophobe et climato-négationniste est donc la réaction du néolibéralisme à sa propre crise, et en est probablement la phase terminale. Nous renvoyons les lecteurs à l’analyse de Karl Polanyi[34], qui a montré comment le mythe d’un marché auto-régulateur a conduit à un processus de désencastrement de l’économie des institutions sociales et politiques, à une crise profonde du libéralisme et in fine à la montée des fascismes. Nous y sommes à nouveau et il y a si peu à ajouter à La Grande Transformation.

    L’hybride managérial et globaliste et l’hybride identitaire et nationaliste du néolibéralisme diffèrent fondamentalement par les rhétoriques déployées, qui s’adressent à des blocs sociaux distincts. Le premier s’adresse à la classe moyenne supérieure, en appréciant son capital culturel par un discours fondé sur la modération, sur l’idée d’expertise, sur la notion galvaudée de "progressisme", sur l’adaptation nécessaire à un monde qui change. Il use de storytelling et d’énoncés ouverts, euphémisés, cotonneux, à la logique évanescente, niant tout antagonisme, pour fabriquer le consentement. Le second apprécie le capital d’autochtonie de la classe moyenne en colère en en reprenant les codes culturels : casquette de baseball pour M. Trump, Nutella pour M. Salvini [35], spectacle clownesque pour M. Johnson. Il a recours au clash, à l’Ubuesque, au grotesque, en visant avant tout à susciter l’offuscation morale des “bien-pensants”. Plus le leader se trouve disqualifié par l’infâme, l’odieux, le ridicule, et plus le spectateur jouit de se reconnaître dans la figure incarnée par le souverain arbitraire, en une passion triste qui lui fait désirer son propre asservissement [36].

    La recomposition politique aux États-Unis date de la chute du bloc marxiste-léniniste, et voit l’émergence de l’Alt-right, mouvance réactionnaire du Parti républicain opposée aux “libéraux”, et mêlant néoconservateurs, suprémacistes blancs et “libertariens”. Son essor, notamment avec le Tea Party, date de la crise financière de 2007-2008. Cependant, c’est dès les années 1970, que les théoriciens de la Nouvelle Droite (New-right) ont assimilé les éléments tactiques du gramscisme et en particulier l’investissement du champ culturel par des intellectuels organiques comme M. de Benoist en France, M. Buchanan aux États-Unis[37] ou M. Olavo de Carvalho au Brésil [38]. Une grande partie de la “guerre de position”, rebaptisée “métapolitique”, repose sur la falsification et le renversement spectaculaire. Ainsi, chacun connaît le concept de “fake news” inventé par Trump et décliné depuis ad nauseam en toutes sortes de dénonciations de falsification par le “camp du Bien”. C’est ainsi que l’hybride entre néolibéralisme et post-fascisme s’est choisi le nom de “libertarian”, qui signifie libertaire i.e. anarchiste en anglais, pour créer la confusion, faisant de facto de la “liberté” [39] un moyen d’oppression. Le faux-nez “libertarien” sert à recruter dans les milieux éduqués et technophiles en banalisant le discours d’extrême-droite — tout en s’en défendant. L’Alt-right s’appuie ainsi sur une multitude de think tanks et de faux instituts de recherche “libertariens” qui financent des projets de recherche, salarient ou drainent dans leur sillage des lobbyistes, des “experts” de plateaux télévisés, des youtubeurs et des “journalistes” marchands de doute sur le climat, le tabac, les armes ou l’agriculture intensive, et promeuvent l’idée selon laquelle le consensus libéral ne serait pas assez favorable au business [40]. La diffusion des idées se fait à la fois verticalement, grâce à des médias de masse comme Fox News [41] et des sites de propagande comme Breibart ou Quillette, et horizontalement par les réseaux sociaux, les messageries instantanée de type Whatsapp et les forums comme 8chan. On estime à un milliard de dollars par an [42], les sommes investies dans la falsification scientifique et le lobbying par les pétroliers (e.g. les Koch brothers [43] ou ExxonMobil), par les cigarettiers (e.g. Philipp Morris), par l’agrobusiness (e.g. l’Agribusiness Parliamentary Front au Brésil[44]) et par les Tech-milliardaires de la Silicon Valley (e.g. Google [45]).

    L’extrême-droite “libertarienne” déploie des stratégies “métapolitiques” contradictoires et complémentaires pour investir le champ intellectuel, l’Université et la recherche. Elle promeut d’abord la dérégulation des normes de véridiction ordinaires au nom de la liberté d’expression (“free speech”) de sorte que la propagande suprémaciste, eugéniste, antisémite ou climato-négationniste puisse s’exprimer au même titre que la pensée libérale modérée [46]. La récente “convention de la droite” de Mme Maréchal-Le Pen a ainsi mis en scène des tables rondes feignant d’opposer des pseudo-intellectuels “libertariens” à des conservateurs post-fascistes, obtenant l’écho recherché dans toute la sphère médiatique. L’extrême-droite “libertarienne” promeut ensuite la dérégulation des normes de probation savante pour que soient reconnus comme “scientifiques” des énoncés produits en dehors de toute méthode scientifique. Le rêve “libertarien” serait la libre publication en ligne, sans processus éditorial, sans évaluation par les pairs, sans prérequis d’une bibliographie extensive et de preuves objectivables. La propriété des moteurs de recherche donnerait ainsi le contrôle sur la véridiction scientifique. Si les biais intéressés existent dès à présent dans Google Scholar, les marchands de doute ont un intérêt primordial à la dérégulation : promouvoir le faux et censurer les faits scientifiques dérangeants. Exemple caractéristique, la revue Inference du Tech-milliardaire “libertarien”, M. Thiel, mêle des articles de scientifiques reconnus, rémunérés 5 000 dollars, et des articles de falsification sur le climat ou l’évolution [47]. Étant peu représentée au sein de l’Université, l’Alt-right s’attache à y dénoncer une supposée hégémonie du “marxisme culturel”, qui serait portée en particulier par la philosophie et la sociologie [48]. Parvenue au pouvoir, elle s’attaque aux libertés académiques et dépossède les chercheurs de leur autonomie, au profit d’une techno-bureaucratie à sa main. L’un des hommes d’affaire “libertariens” féru d’éducation, M. Goodrich, théorisait déjà dans les années 1970 : “les libertés académiques sont en réalité un déni de liberté.” L’un de ses think tanks, Liberty found, propose au format numérique une bibliothèque des écrits “libertariens”, avec cette philosophie : “il n’y a aucune raison qu’une bibliothèque universitaire contienne plus de 5 000 ouvrages, pourvu que ce soit les bons ouvrages.”[49]

    La dernière voie d’action de l’extrême-droite “libertarienne” est la promotion active d’une Alt-culture réduisant la science à la “technologie” et à la recherche de “solutions”, contaminant la recherche par l’entreprenariat et la prostitution intellectuelle. Les conférences TED et le Media Lab du MIT en sont les exemples paradigmatiques [50]. L’investissement massif des Tech-milliardaires “libertariens” pour constituer des réseaux de promotion de leurs idées ambitionne de priver la science de sa visée collective et désintéressée de dire le vrai sur le monde. Cette entreprise de démolition de toute éthique intellectuelle et de toute norme de véridiction, accompagnée d’une valorisation du conflit d’intérêt comme norme positive, a ceci de dangereux qu’elle use du retournement du réel en reprenant à son compte la rhétorique du progrès et de la raison.

    Sa nature profonde suggère d’introduire un mot-valise pour nommer cette phase terminale du néolibéralisme : falscisme.

    Post-scriptum, en forme de cauchemar.
    Si l’extrême-droite “libertarienne” est associée de longue date au climato-négationnisme, et use de tout son pouvoir de nuisance pour déprécier les militants climatiques, elle prétend également détenir la solution au réchauffement climatique, qui mêle eugénisme, racisme et malthusianisme — d’où son obsession à prétendre à une origine génétique de l’intelligence, associée à une héritabilité du QI [51]. Il suffirait, lit-on dans les publications transhumanistes de cette mouvance, de réduire l’humanité de moitié, en sélectionnant les personnes intelligentes donc adaptables. L’urgence climatique étant à l’échelle de deux décennies, un simple chiffrage de cette “solution” en ordre de grandeur nous donne un demi million de morts par jour.

    [1] "Dénoncer pareillement le socialisme et le capitalisme comme la descendance commune de l’individualisme permet au fascisme de se poser devant les masses comme l’ennemi juré des deux. Le ressentiment populaire contre le capitalisme libéral est ainsi détourné très efficacement contre le socialisme sans aucune répercussion sur le capitalisme dans ses formes non libérales, c.a.d. corporatives. Quoique inconsciemment réalisé, la ruse est très ingénieuse. D’abord le libéralisme est identifié avec le capitalisme ; ensuite le libéralisme est mis au pilori ; mais le capitalisme en sort indemne et continue son existence, préservé sous un nouvel habillage."
    Karl Polanyi “The Essence of Fascism” - Christianity and the Social Revolution, 1933-1934, pp. 359-394
    http://kpolanyi.scoolaid.net:8080/xmlui/handle/10694/565

    [2] Palheta, Ugo La possibilité du fascisme. France, la trajectoire du désastre. La Découverte, 2019.

    On y trouve par exemple cette citation :
    "On a tout intérêt à pousser le FN. Il rend la droite inéligible. Plus il sera fort, plus on sera imbattables. C'est la chance historique des socialistes."
    Pierre Bérégovoy, ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale, juin 1984.

    Violaine Girard, Le Vote FN au village. Trajectoires de ménages populaires du périurbain, Éditions du Croquant, 2017

    Recension de l'ouvrage :
    https://journals.openedition.org/lectures/23814

    Valérie Igounet, Le Front national de 1972 à nos jours. Le parti, les hommes, les idées, Seuil.

    Recension de l'ouvrage:
    https://laviedesidees.fr/Front-national-un-parcours-sinueux.html

    Quelques clichés erronés sur le Front National
    https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/vote-revenu-FN

    [3] Les élections européennes permettent de mesurer l’adhésion au projet modernisateur néolibéral : environ 11% des inscrits, avec 51% d’abstention. Cela coïncide avec la taille du groupe social issu des classes moyennes supérieures, qui assure la base électorale de ce projet.

    [4] Romaric Godin, La Guerre sociale en France Aux sources économiques de la démocratie autoritaire, éditions La Découverte, 2019.

    [5] Un.e Français.e sur trois, M.Feher
    https://aoc.media/opinion/2018/02/09/e-francais-e-trois/

    [6] Thomas Piketty l’a baptisée “gauche brahmane” dans l'article suivant:
    Brahmin Left vs Merchant Right : Rising Inequality and the Changing Structure of Political Conflict.
    http://piketty.pse.ens.fr/files/Piketty2018.pdf

    [7] Bruno Amable et Stefano Palombarini, L’Illusion du bloc bourgeois, Paris, Raisons d'agir, 2017.

    [8] Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?
    http://tnova.fr/rapports/gauche-quelle-majorite-electorale-pour-2012

    [9] Nous proposons ici quelques références commentées sur ces dénominations problématiques. On trouvera une liste plus complète dans cet article de revue :
    Mabel Berezin, “Fascism and Populism : Are They Useful Categories for Comparative Sociological Analysis?” Annual Review of Sociology, 45 2019.
    https://www.annualreviews.org/doi/abs/10.1146/annurev-soc-073018-022351 

    “Populisme” est le plus souvent utilisé pour disqualifier l’aspiration démocratique des classes moyennes. Le lecteur désireux de prendre connaissance des lieux communs en la matière pourra lire cet ouvrage :
    Diamanti, Ilvo et Lazar, Marc. Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties, Gallimard, 2019.

    Sur la vision d’un affrontement entre démocratie illibérale et néolibéralisme autoritaire et antidémocratique, quelques ouvrages :
    Wendy Brown Défaire le démos. Le néolibéralisme, une révolution furtive, Amsterdam, 2018.

    Yasha Mounk The People vs. Democracy Why Our Freedom Is in Danger and How to Save It, Harvard University Press, 2018.

    Dani Rodrik The Globalization Paradox – Democracy and the Future of the World Economy, (ed) Norton, 2011.

    Pierre Rosanvallon La Contre-démocratie. Paris, Éditions du Seuil, 2006, 345 p.

    “Néo-fascisme” est le plus souvent utilisé pour désigner des mouvements se référant explicitement au régime fasciste italien, comme “néo-nazi” pour le nazisme. Le qualificatif le plus précis est le mot “post-fascisme”, défendu par Enzo Traverso:
    Enzo Traverso, Les nouveaux visages du fascisme, Paris, Textuel, 2016.

    Spectres du fascisme par Enzo Traverso
    https://www.cairn.info/revue-du-crieur-2015-1-page-104.htm 

    Fascisms Old and New, an interview with Enzo Traverso
    https://jacobinmag.com/2019/02/enzo-traverso-post-fascism-ideology-conservatism

    [10] Sur la nature des controverses dans l’Histoire du fascisme, on pourra lire :
    Roger Griffin. “« Consensus ? Quel consensus ? » Perspectives pour une meilleure Entente entre spécialistes francophones et anglophones du fascisme”. Vingtième Siècle. Revue d'histoire 2010/4 (n° 108).
    https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2010-4-page-53.htm

    Nous proposons une courte bibliographie sur le fascisme historique :
    Roger Eatwell, Fascism, Londres, Chatto and Windus, 1996.

    Emilio Gentile Qu'est-ce que le fascisme ? : Histoire et interprétation [« Fascismo. Storia e interpretazione »], Folio, coll. « Histoire », 2004.

    Roger Griffin, The Nature of Fascism, Londres, Pinter, 1991.Robert O. Paxton The Anatomy of Fascism, 2004.

    George L. Mosse, The Fascist Revolution : Toward a General Theory of Fascism, New York, Howard Fertig, 1999.

    Stanley Payne, A History of Fascism : 1914-1945, Londres, UCL Press, 1995.

    Zeev Sternhell Ni droite ni gauche. L'idéologie fasciste en France, Collection Folio histoire (n° 203), Gallimard

    [11] Eco, Umberto (1995). Ur Fascisme.
    https://www.pegc.us/archive/Articles/eco_ur-fascism.pdf

    [12] Il est par exemple significatif que M. Bolsonaro ait prononcé le discours d’ouverture du forum de Davos
    https://www.la-croix.com/Economie/Monde/A-Davos-Jair-Bolsonaro-defend-nouveau-Bresil-2019-01-23-1200997416

    [13] La même mesure de “flat tax” se retrouve dans l’Italie penta-fasciste de M. Salvini
    https://www.mediapart.fr/journal/international/040618/en-italie-la-flat-tax-ancre-bien-droite-le-nouveau-gouvernement
    et dans les réformes de M. Macron :
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2017/10/25/la-flat-tax-est-une-bombe-a-retardement-pour-les-finances-publiques_5205612_3232.html 

    Les réformes de M.Trump comportent le même type de “tax cuts” inspirée par M. Laffer, ainsi que le programme de M. Johnson, en Angleterre :
    https://www.ft.com/content/15a099c2-9699-11e9-8cfb-30c211dcd229

    En particulier, M. Trump a divisé par deux la fiscalité sur le profit des entreprises :
    https://aneconomicsense.org/2019/03/28/taxes-on-corporate-profits-have-continued-to-collapse/

    [14] Hungary passes 'slave law' prompting fury among opposition MPs.
    https://www.theguardian.com/world/2018/dec/12/hungary-passes-slave-law-prompting-fury-among-opposition-mps

    [15] I asked 5 fascism experts whether Donald Trump is a fascist. Here's what they said.
    https://www.vox.com/policy-and-politics/2015/12/10/9886152/donald-trump-fascism

    [16] “(...) un ouvrage qui m’a beaucoup marqué. Je veux parler de la « Route de la servitude » de Friedrich Hayek. Pour Hayek, la concurrence, c’est d’abord une question de liberté. Du consommateur, du producteur et selon lui, du citoyen. Cette concurrence ne se construit pas contre l’État, mais avec lui. « L’État – écrit Hayek – possède un domaine d’activité vaste et incontestable : créer les conditions dans lesquelles la concurrence sera la plus efficace possible, la remplacer là où elle ne peut être efficace.“
    Edouard Philippe, le 5 mars 2019

    https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2019/03/discours_de_m._edouard_philippe_premier_ministre_-_10_ans_de_lautorite_de_la_concurrence_-_05.03.2019_0.pdf

    [17] “What I’ve learned [visiting Europe] is that you’re part of a worldwide movement that is bigger than France, bigger than Italy, bigger than Hungary, bigger than all of it. The tide of history is with us and it will compel us to victory after victory after victory. The central government, the central banks, the central crony capitalist technology companies control you and have taken you to a Road to Serfdom in three ways. The central banks are in the business of debasing your currency, the central government is in the business of debasing your citizenship, and the crony capitalist technological powers are in the business of debasing your own personhood. Hayek told us: the Road to Serfdom will come through these three. (...) Let them call you racist, let them call you xenophobes, let them call you nativists. Wear it like a badge of honour.”
    Steve Bannon, congrès du Front National, 10 Mar 2018

    Ce meeting de M. Bannon faisait partie d’une tournée de promotion d’une Europe identitaire, nationaliste préservant le néolibéralisme.
    https://www.theguardian.com/world/2018/nov/21/steve-bannon-i-want-to-drive-a-stake-through-the-brussels-vampire-populist-europe

    [18] M. Trump a récemment remis à M. Laffer la Presidential Medal of Freedom:
    https://www.bloomberg.com/news/articles/2019-06-19/trump-awards-medal-to-controversial-tax-cut-champion-laffer 
    ce qui a été immédiatement salué par M. Salvini dans un tweet :
    “Qualche giorno fa Trump ha conferito la Medaglia per la libertà ad Arthur Laffer, economista e padre degli sgravi fiscali che ha dimostrato come oltre un certo livello di pressione fiscale le entrate per lo Stato diminuiscono.”

    [19] "Non ci può essere libertà se non c'è libertà economica. Detto e predicato in vita da Margaret Thatcher."
    Matteo Salvini, le 15 septembre 2019

    Traduction : “Il ne peut y avoir de liberté sans liberté économique. Dit et prêché dans la vie par Margaret Thatcher.”

    Sì ad drastico taglio delle tasse per ridare fiato alle imprese. Non a caso il 13 dicembre abbiamo in programma un evento con l’inventore della Flat Tax, l’economista Alvin Rabushka
    Matteo Salvini, Libero, le 4 novembre 2014

    Traduction : “Oui à des réductions d'impôt drastiques pour redonner du souffle aux entreprises. Ce n'est pas un hasard si, le 13 décembre, nous organisons un événement avec l'inventeur de la Flat Tax, l'économiste Alvin Rabushka.”

    Notons qu'Alvin Rabushka est un politologue, ancien membre du Hoover Institute et de la Société Mont Pelerin.

    [20] Brazil’s new finance minister eyes ‘Pinochet-style’ fix for economy
    https://www.ft.com/content/1a2ba4f4-de4e-11e8-9f04-38d397e6661c 

    Parmi les Chicago Boys de l’entourage de M. Bolsonaro, on compte aussi le directeur de la Banco Nacional de Desenvolvimento Econômico e Social, Joaquim Levy ou le directeur exécutif de la compagnie pétrolière Petrobras, Roberto Castello Branco.

    Sur les rapports entre Pinochet et l’école néolibérale de Chicago, on peut lire : Pinochet à l’école de Chicago.
    https://laviedesidees.fr/Pinochet-a-l-ecole-de-Chicago.html

    [21] Dans le gouvernement Johnson, Kwasi Kwarteng, Priti Patel, Dominic Raab, Chris Skidmore et Liz Truss ont contribué à un tract explicitement “libertarien” :
    Britannia Unchained: the rise of the new Tory right
    https://www.theguardian.com/politics/2012/aug/22/britannia-unchained-rise-of-new-tory-right 

    Pour se figurer la nature des “libertariens” qui entourent “BoJo”, on pourra regarder cet extrait d’un discours de Priti Patel
    https://www.theguardian.com/politics/video/2019/oct/01/priti-patel-says-she-will-end-free-movement-of-people-video 

    Jonathan Coe avait, par anticipation, fait le portrait fidèle de cette élite de la nouvelle extrême-droite dans “What a Carve Up!”, traduit en français sous le titre “Testament à l'anglaise”.

    [22] Les preuves figurent dans une suite d’article de Quinn Slobodian, et notamment dans cet ouvrage : 
    Quinn Slobodian Globalists: The End of Empire and the Birth of Neoliberalism (Harvard University Press, 2018) 

    Quinn Slobodian Neoliberalism’s Populist Bastards. A new political divide between national economies 
    http://www.publicseminar.org/2018/02/neoliberalisms-populist-bastards/

    [23] Nigel Farage under fire over 'antisemitic tropes' on far-right US talkshow.
    https://www.theguardian.com/politics/2019/may/06/nigel-farage-under-fire-alleged-antisemitic-tropes-far-right-us-talkshow-alex-jones

    Farage criticised for using antisemitic themes to criticise Soros
    https://www.theguardian.com/politics/2019/may/12/farage-criticised-for-using-antisemitic-themes-to-criticise-soros

    [24] On trouvera ici une collection de citations de M.Bolsonaro :
    https://en.wikiquote.org/wiki/Jair_Bolsonaro

    [25] Pierre Musso. L’ère de l’État-entreprise.
    https://www.monde-diplomatique.fr/2019/05/MUSSO/59844

    [26] Barbara Stiegler, (2019) Il faut s’adapter. Gallimard.

    Walter Lippmann, (1922) Public opinion.

    S. Audier, (2008) Le Colloque Lippmann : aux origines du « néo-libéralisme », Lormont, éd. Le bord de l'eau.

    [27] Tom Wraight. From Reagan to Trump : The Origins of US Neoliberal Protectionism. The Political Quarterly. 
    https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1111/

    [28] Quinn Slobodian and Dieter Plehwe : Neoliberals Against Europe
    https://braveneweurope.com/quinn-slobodian-and-dieter-plehwe-neoliberals-against-europe

    [29] Nous conseillons quelques articles sur M.Mercer :
    The Reclusive Hedge-Fund Tycoon Behind the Trump Presidency.
    https://www.newyorker.com/magazine/2017/03/27/the-reclusive-hedge-fund-tycoon-behind-the-trump-presidency 

    Le clan Mercer, ces milliardaires extrémistes derrière le scandale des données Facebook.
    https://www.nouvelobs.com/monde/l-amerique-selon-trump/20180321.OBS4003/le-clan-mercer-ces-milliardaires-extremistes-derriere-le-scandale-des-donnees-facebook.html

    Ce qu’il faut savoir sur Cambridge Analytica, la société au cœur du scandale Facebook.
    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/03/22/ce-qu-il-faut-savoir-sur-cambridge-analytica-la-societe-au-c-ur-du-scandale-facebook_5274804_4408996.html

    Robert Mercer: the big data billionaire waging war on mainstream media
    https://www.theguardian.com/politics/2017/feb/26/robert-mercer-breitbart-war-on-media-steve-bannon-donald-trump-nigel-farage

    The great British Brexit robbery: how our democracy was hijacked
    https://www.theguardian.com/technology/2017/may/07/the-great-british-brexit-robbery-hijacked-democracy

    [30] Zubof, Shoshana The Age of Surveillance Capitalism, Public Affairs, 2019.

    Peter Thiel, l’homme qui voulait achever la démocratie
    https://usbeketrica.com/article/peter-thiel-l-homme-qui-voulait-achever-la-democratie

    Palantir, l'encombrant ami américain du renseignement français.
    https://www.telerama.fr/medias/palantir-big-data-renseignement,153229.php

    How Peter Thiel’s Palantir helped the nsa spy on the whole world? 
    https://theintercept.com/2017/02/22/how-peter-thiels-palantir-helped-the-nsa-spy-on-the-whole-world/

    Palantir Knows Everything About You
    https://www.bloomberg.com/features/2018-palantir-peter-thiel/

    [31] Le vieux fascisme si actuel et puissant qu'il soit dans beaucoup de pays, n'est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d'autres fascismes. Tout un néo-fascisme s'installe par rapport auquel l'ancien fascisme fait figure de folklore [...]. Au lieu d'être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d'une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de micro­fascistes, chargés d'étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma.
    Gilles Deleuze, Le Monde 1977. Republié dans Deux régimes de fous.

    [32] Entretiens filmés de Michel Feher
    http://www.laparisienneliberee.com/entretien-michel-feher/ 

    Entretien croisé avec Michel Feher et Chloé Ridel: "Europe : la convergence des néolibéraux et des identitaires."
    https://www.youtube.com/watch?v=-vAMFAcgHqg

    [33] Entrevue accordée par Michel Feher
    https://www.bastamag.net/Pourquoi-et-comment-faire-des-marches-financiers-le-nouveau-foyer-des-luttes

    [34] Karl Polanyi est sans doute le théoricien de la crise du libéralisme le plus important :
    Polanyi, Karl La grande transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps, Paris, Gallimard, 1983.

    Polanyi, Karl Essais, Paris, Seuil, 2008, 589 p., 29 €. Édités par Michèle Cangiani et Jérôme Maucourant, traduits par Françoise Laroche et Laurence Collaud.

    Nous conseillons en sus ces trois articles :
    Karl Polanyi, le marché et le socialisme par Arnault Skornicki
    https 

    Karl Polanyi. Remettre l'économie à sa place. par Michael C. Behrent
    https://www.scienceshumaines.com/karl-polanyi-remettre-l-economie-a-sa-place_fr_37125.html 

    Is Capitalism a Threat to Democracy ?
    https://www.newyorker.com/magazine/2018/05/14/is-capitalism-a-threat-to-democracy

    [35] Deux articles sur la campagne permanente de M.Salvini :
    https://www.sudouest.fr/2018/12/26/italie-matteo-salvini-star-controversee-des-reseaux-sociaux-5687187-6109.php 
    https://www.repubblica.it/politica/2019/08/01/news/matteo_in_tour_contachilometri_salvini-232512194/

    [36] Michel Foucault, à propos du grotesque, dans son cours du 8 janvier 1975.
    http://ekladata.com/a5J-kPD0FAZwSKkLJzNbvbFa1Jw/Foucault-Michel-Les-Anormaux-1974-1975-.pdf

    [37] Le lectorat désireux d’effectuer une plongée en eaux troubles pourra lire cette critique du succès de M. Buchanan dans la revue du “Mises institute”, à la gloire de l’inspirateur des mouvements “libertariens”, Ludwig von Mises.
    https://mises.org/library/death-west-how-dying-populations-and-immigrant-invasions-imperil-our-country-and

    [38] Peu de choses ont été écrites en français sur M. Olavo de Carvalho. Un aperçu dans ce billet de blog :
    https://blogs.mediapart.fr/yves-tourneur/blog/011218/olavo-de-carvalho-le-philosophe-de-bolsonaro 

    Sur la construction transnationale de la New Right, on peut lire cet article :
    http://www.scielo.br/scielo.php

    [39] La liberté des “libertariens” est une version dégradée de la liberté négative, telle qu’elle a été définie par Isaiah Berlin, comme liberté naturelle qui ne connaît comme limite que la liberté d’autrui. Cette dernière s’oppose à la liberté positive des libertaires comme possibilité effective de faire garantie à tous par l’organisation sociale.
    https://plato.stanford.edu/entries/liberty-positive-negative/

    [40] Nombre de think tanks conservateurs et libertariens figurent sur la carte suivante :
    https://www.desmog.co.uk/2019/06/07/brexit-climate-denier-map 

    Les plus connus, le Cato Institute, le Heartland Institute, le Committee for a Constructive Tomorrow, la Foundation for Economic Education, la CO2 Coalition, le Manhattan Institute, le Ludwig von Mises Institute, le Consumer Choice Center, sont articulés en réseau par l’Heritage foundation et l’Atlas Network, après que ce rôle a été assuré par l’American Enterprise Institute. En Angleterre, les plus connus sont la TaxPayers' Alliance, l’Adam Smith Institute, l’Institute of Economic Affairs, Policy Exchange.

    [41] The Making of the Fox News White House.
    https://www.newyorker.com/magazine/2019/03/11/the-making-of-the-fox-news-white-house

    [42] Robert J. Brulle, Institutionalizing delay : foundation funding and the creation of U.S. climate change counter-movement organizations. 2013 Climatic Change.
    https://www.drexel.edu/~/media/Files/now/pdfs/Institutionalizing%20Delay%20-%20Climatic%20Change.ashx 

    Climat : les géants de l’énergie ont dépensé un milliard de dollars en lobbying depuis la COP21 
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/03/22/climat-les-geants-de-l-energie-ont-depense-un-milliard-de-dollars-en-lobbying-depuis-la-cop21_5439758_3244.html 

    Following the Money That Undermines Climate Science
    https://www.nytimes.com/2019/07/10/climate/nyt-climate-newsletter-cei.html

    [43] Christopher Leonard, (2019) Kochland: The Secret History of Koch Industries and Corporate Power in America.

    Recension de l'ouvrage:
    https://www.newyorker.com/news/daily-comment/kochland-examines-how-the-koch-brothers-made-their-fortune-and-the-influence-it-bought 

    Jane Mayer, (2017) Dark Money: The Hidden History of the Billionaires Behind the Rise of the Radical Right.

    Recension de l'ouvrage:
    https://www.nytimes.com/2016/01/24/books/review/dark-money-by-jane-mayer.html

    [44] Au Brésil, le lobby agroindustriel (Agribusiness Parliamentary Front — FPA) qui soutient Bolsonaro dispose de 44 % des sièges à la Chambre des représentants du Brésil et 36 % des sièges au Sénat.

    Brazil's powerful farm lobby endorses far-right presidential candidate Bolsonaro

    https://www.reuters.com/article/us-brazil-election-agriculture/brazils-powerful-farm-lobby-endorses-far-right-presidential-candidate-bolsonaro-idUSKCN1MC21M Dans un discours célèbre, Bolsonaro a dit à ces représentants de l'agrobusiness : "Ce gouvernement, c'est le vôtre." 

    Le Brésil sous l’emprise des Bancadas do Boi, do Bíblia e da Bala
    https://www.lemonde.fr/decryptages/article/2017/12/19/le-bresil-sous-l-emprise-des-bbb_5231609_1668393.html

    [45] Revealed: Google made large contributions to climate change deniers
    https://www.theguardian.com/environment/2019/oct/11/google-contributions-climate-change-deniers 

    Google a contribué au financement d’organisations climatosceptiques
    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/10/11/google-a-contribue-au-financement-d-organisations-climatosceptiques_6015129_4408996.html

    [46] Everything You Think You Know About ‘Free Speech’ Is a Lie.
    https://www.thenation.com/article/portland-speech-milo-antifa-koch/

    [47] Peter Thiel is funding a science publication questioning evolution and climate change.
    https://qz.com/1537150/peter-thiel-is-funding-a-science-publication-questioning-evolution-and-climate-change/amp/ 

    Junk Science or the Real Thing? ‘Inference’ Publishes Both.
    https://undark.org/article/junk-science-or-real-thing-inference/ 

    A Science Journal Funded by Peter Thiel Is Running Articles Dismissing Climate Change and Evolution.
    https://www.motherjones.com/environment/2019/01/a-science-journal-funded-by-peter-thiel-is-running-articles-dismissing-climate-change-and-evolution/ 

    On parcourra avec intérêt la liste des auteurs d'Inference:
    https://inference-review.com/authors

    [48] Le « marxisme culturel », fantasme préféré de l’extrême droite
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/08/28/le-marxisme-culturel-fantasme-prefere-de-l-extreme-droite_5503567_3232.html

    [49] P.F.Goodrich and A. Rogge, Education in a Free Society, The Liberty Fund, 1973.

    [50] We need to talk about TED.
    https://www.theguardian.com/commentisfree/2013/dec/30/we-need-to-talk-about-ted 

    Culture numérique pour milliardaires dégénérés
    https://blog.mondediplo.net/culture-numerique-pour-milliardaires-degeneres 

    How Rich Donors Like Epstein (and Others) Undermine Science.
    https://www.wired.com/story/the-problem-with-rich-people-funding-science/ 

    Jeffrey Epstein's influence in the science world is a symptom of larger problems.
    https://www.theguardian.com/commentisfree/2019/aug/27/jeffrey-epstein-science-mit-brockman 

    The Problem With Sugar-Daddy Science
    https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2019/09/problem-sugar-daddy-science/598231/

    [51] Stephen Jay Gould (1981) The Mismeasure of Man.

    Recension de l'ouvrage:
    Race and intelligence: A sorry tale of shoddy science
    https://www.theguardian.com/science/2009/nov/12/race-intelligence-iq-science 

    How science has shifted our sense of identity
    https://www.nature.com/articles/d41586-019-03014-4 

    Julien Larregue, 2018 « C’est génétique » : ce que les twin studies font dire aux sciences sociales. Sociologie 3, 9.
    https://journals.openedition.org/sociologie/3526 

    The unwelcome revival of ‘race science’
    https://www.theguardian.com/news/2018/mar/02/the-unwelcome-revival-of-race-science 

    Le gourou de la génétique comportementale est Robert Plomin, dont on pourra circonscrire les menées en lisant cet article de revue:
    R.Plomin and S. von Stumm (2018) The new genetics of intelligence. Nature Reviews Genetics 19, 148–159.
    https://www.nature.com/articles/nrg.2017.104 

    Le meilleur livre apportant les preuves des fondements douteux de la génétique comportementale:
    Aaron Panofsky, Misbehaving Science. Controversy and the Development of Behavior Genetics, Chicago, University of Chicago Press, 2014
    Recension de l'ouvrage:
    https://journals.openedition.org/sociologie/3165