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Réforme des retraites : la CFDT joue le jeu du gouvernement
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
La CFDT se range de nouveau aux cotés du gouvernement en demandant au Premier ministre d'appliquer la réforme seulement aux jeunes, nouveaux entrants dans le monde du travail. Après avoir quasi co-écrit la réforme, Laurent Berger tente de peser en faveur du plan B du gouvernement tentant de désamorcer le mouvement d'ampleur qui se profile pour le 5 décembre et dont la force de frappe se fait déjà sentir avec la multiplication de l'utilisation du droit de retrait à la SNCF et la grève surprise à Chatillon.
Crédit photo : ARCHIVES « LA VOIX » - VDNPQR
"Ce qui est fondamental, si on veut migrer d’un système à l’autre, il faut maintenir les droits acquis", a déclaré, ce vendredi matin, Laurent Berger,secrétaire confédéral de la CFDT, interrogé sur Franceinfo sur la "clause du grand père". Cette dernière consisterait à n’appliquer la réforme aux seuls nouveaux entrants sur le marché du travail, à savoir les jeunes. "Oui" à la "clause du grand-père" ? "Oui au maintien des droits acquis, et sur le niveau d’indemnisation, et sur l’âge, la promesse du départ telle qu’on l’a faite".
Une nouvelle fois, la CFDT au chevet du gouvernement
La CFDT de Laurent Berger joue une nouvelle fois le rôle de béquille du gouvernement. Après avoir participé aux concertations sur le projet de réforme pendant 18 mois en plein mouvement des Gilets Jaunes, Laurent Berger vient au secours du gouvernement en lui demandant de ne passer la réforme qu’aux entrants sur le monde du travail, c’est-à-dire à la jeunesse.
Une idée qui permettrait au gouvernement de s’extirper en partie de la vague de contestation qui prend de l’ampleur depuis la rentrée de septembre, dans la lignée des gilets jaunes. En effet, avec l’exercice massif du droit de retrait à la SNCF, et cette semaine la grève surprise des agents du Technicentre de Chatillon pour demander de meilleures conditions de travail et de sécurité pour les usagers, le gouvernement est en très mauvaise posture et sa fragilité éprouvée par la mobilisation des Gilets Jaunes s’aggrave à l’approche de la grève reconductible et interprofessionnelle du 5 décembre appelée à la RATP, la SNCF, ou encore la Chimie.
Pour 0 target="_blank">Bernard Aubin, ancien cheminot et syndicaliste chez First, la colère qui gronde à la SNCF est d’ailleurs une réponse des travailleurs au rôle de contention des mouvements qu’ont joué les directions syndicales. La grève perlée à la SNCF contre le Pacte Ferroviaire en 2018 et la défaite qui s’en est suivie sont dans tous les esprits. Et depuis que les Gilets Jaunes ont réhabilité la question de mouvements radicaux et offensifs, la perspective d’une grève dure, qui déborde les cadres procéduraux fixés par les lois anti-grève dans le secteur public, est de nouveau d’actualité.
La CFDT cheminot prend de son côté clairement parti pour que cette réforme ne s’applique aux nouveaux entrants. La direction de la CFDT Cheminots n’a pas hésité à l’assumer, à travers cette lettre au Premier ministre, montrant sa volonté d’éviter le conflit social qui se profile. « Cette solution a l’avantage de la simplicité et tout en préservant une forme de justice dans la continuité du contrat social globalement passé à l’embauche », écrit le secrétaire général de la CFDT-Cheminots, Didier Aubert. « Cela peut s’entendre à la SNCF, puisque c’est déjà par une telle clause que l’exécutif est sorti du conflit de 2018, quand il a fermé le recrutement au statut à partir du 1er janvier 2020. Tous les agents recrutés avant, ont conservé leur statut », note Frédéric Sève, secrétaire national de la CFDT, selon L’Opinion.
Dans ce cadre, au-delà même de la question de la réforme des retraites, la CFDT joue explicitement un rôle courroie de transmission et collaboration ouverte avec le gouvernement. Il se place dans le jeu de division du monde du travail qu’est en train d’opérer Macron au travers son plan B.
Comme cela s’est vu dans les mobilisations au Liban, au Chili, en Equateur ou en Algérie, les travailleurs ne veulent pas seulement se mobiliser contre une réforme en particulier, même si celle-ci est un tremplin. Le rejet du système dans son entièreté se développe en effet à partir de revendications plus précises, nées de la contestation d’une réforme spécifique. Comme on le voit d’ores et déjà avec la grève à Chatillon, les cheminots ne veulent pas simplement résister aux attaques anti-sociales contre leurs droits et ceux des usagers, mais ils remettent aussi en question leurs conditions de vie et de travail à travers la question des salaires, des horaires, de la souffrance au travail. C’est aussi dans ce sens qu’est appréhendé le 5 décembre, comme le début d’une lutte qui permette de partir de la contestation d’une aggravation de nos conditions de travail vers un combat généralisé contre le capitalisme et son incapacité à répondre aux aspirations du monde du travail.
La jeunesse, dernière carte du gouvernement pour faire passer sa réforme ?
Tenter de contourner la "colère froide" qui se réveille dans plusieurs secteurs du monde du travail et dont la pointe avancée est la SNCF, voilà une stratégie qui permettrait à Macron de sauver sa peau en misant sur le dernier secteur de la population peu active lors des dernières grandes mobilisations : la jeunesse.
En septembre, 0 target="_blank">un sondage relevait que 50% des jeunes faisaient confiance à l’exécutif pour mener à bien la réforme des retraites. Pourtant, la défiance de la population vis-à-vis du gouvernement n’a pas cessé de croitre ces dernières semaines, au point que bon nombre d’éditorialistes alertaient sur une 0 target="_blank">"gigantesque crise de confiance", alimentée par le flou persistant autour du contenu de la réforme des retraites, l’incendie de Lubrizol et le traitement politique de la catastrophe, ou encore l’attentat à la Préfecture de Paris début octobre.
Dans ce contexte de fébrilité importante de l’Elysée avec le spectre grandissant d’une "incontrolable spirale" de mobilisations, Macron tente d’aller jusqu’au bout de sa réforme quitte à sauter toute une génération et ne la faire s’appliquer qu’aux entrants sur le monde du travail. Et dans ce cadre, la proposition de la CFDT constitue une continuité mais aussi un saut en jouant dans le jeu de division du monde du travail que le gouvernement tente de mettre en oeuvre. En misant sur les contradictions de ce dernier et l’apparente passivité de la jeunesse, Laurent Berger compte diviser d’ores et déjà la mobilisation qui se profile et entériner ses perspectives.
Face à cette prise de position honteuse, il faut dénoncer ces politique de collaboration ouverte et revendiquer la nécessité d’une lutte qui dépasse la défense des acquis et qui s’inscrit dans la dynamique combative qui s’exprime à l’international et également à la SNCF.
Mais aussi, c’est à la jeunesse de se saisir de la date du 5 décembre et contrecarrer les espoirs du gouvernement et de la CFDT. Contre l’idée reçue que la précarité étudiante serait un passage obligé avant de connaitre des conditions de vie plus digne, la réforme va accentuer les phénomènes de chômage des jeunes actifs, étendre le phénomène des carrières hachées, banaliser les salaires minimaux, et aggraver plus globalement la précarité et la concurrence sur le monde du travail que cela implique. Tandis que la jeunesse s’est plutôt mobilisée pour le climat ces derniers mois, il s’agit aujourd’hui de faire rimer fin du monde et fin du mois, pour une lutte qui associe revendications écologistes et aspirations sociales, face à un monde qui n’a rien d’autre à offrir que misère et précarité pour le plus grand nombre. Comme au Chili où les jeunes n’ont pas flanché face aux tentatives de division du mouvement, le mouvement étudiant doit rentrer dans la danse et prendre part aux batailles à venir pour dégager Macron sur toute la ligne, et éviter de constituer à ses dépens l’ultime carte du gouvernement pour sauver sa peau.





