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«On ne réussit pas à rétablir la symphonie de la nature avec les eaux du Tigre et de l’Euphrate»
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Pour le fondateur de l'ONG Nature Iraq, Azzam Alwash, la gestion des deux fleuves n'est possible qu'en cas d'accord entre la Turquie et l'Irak.

Dans les marais Al-Ahwar, en Irak, en juillet 2016. Photo AFP
Azzam Alwash est le fondateur de l’ONG Nature Iraq. Il est de passage à Paris pour participer à la conférence «Initiatives écologiques dans le monde arabe», à l’Institut du monde arabe.
Peut-on faire entendre la voix de l’environnement à l’heure où l’Irak est en pleine révolte ?
On a tendance à croire chez nous que l’environnement est une préoccupation de riches, alors qu’en réalité les premiers à payer le prix de la dégradation des conditions environnementales sont les plus défavorisés. La crise profonde que vit l’Irak aujourd’hui où les politiques sont absorbés par les problèmes d’emploi, n’est pas sans lien avec le combat que nous menons pour la revitalisation des marais du sud du pays, réservoir de biodiversité. Car la politique de Saddam avant 2003 de construire des barrages pour bloquer les eaux du Tigre et de l’Euphrate a provoqué un assèchement de la zone et entraîné le déplacement de plus de 500 000 personnes qui travaillaient dans l’agriculture et qui occupent désormais des emplois dans l’administration.
En quoi consiste votre projet pour la revitalisation des marais du sud irakien ?
Depuis 2003, je travaille sur la revitalisation des marais «Al-Ahwar» et de l’environnement en Irak. Les eaux du Tigre et de l’Euphrate ont arrosé depuis l’antiquité les terres de la région mais le changement climatique et la construction de barrages sur les fleuves et de mauvaises politiques ont conduit à une modification de toutes les conditions environnementales. Les crues du Tigre et de l’Euphrate avaient permis à travers les civilisations une agriculture sur de vastes étendues puisque les terres sont plus basses que les eaux. Nous, ingénieurs, pensions être plus intelligents que la nature et avons cherché à contenir les crues pour protéger les villes des inondations. On a construit des lacs artificiels qui ont entraîné le salement des terres. Maintenant, il s’agit de revenir en arrière pour récupérer des eaux et assurer un regain de l’agriculture.
Le projet avance-t-il malgré la situation politique et régionale compliquée ?
En 2003, quand on a commencé à œuvrer pour la revitalisation des Ahwar, je pensais que ce serait fait en deux ou trois ans. Mais voilà qu’aujourd’hui, la mission n’est pas finie. On n’a pas réussi à rétablir la symphonie de la nature avec les eaux du Tigre et de l’Euphrate. Parce que le problème a diverses causes et dépend d’une entente régionale. La seule solution est de trouver un accord entre la Turquie et l’Irak pour gérer ensemble les eaux des deux rivières. Il s’agit de stocker et concentrer les eaux avant qu’elles ne descendent des hauteurs pour que nous ne les perdions par évaporation dans les lacs artificiels. Ce devrait être possible d’autant que la Turquie n’a pas besoin de ces eaux. En revanche, elle a besoin d’énergie électrique. Un tel accord pourrait même être la base d’un Moyen-Orient sans frontière. Une entente sur les eaux pourrait inclure un accord commercial ouvrant le marché irakien et même celui du Golfe aux marchandises irakiennes. Après tout, l’Europe a bien commencé par un accord sur le charbon et l’acier entre les pays ennemis qui ont fini par fonder l’Union européenne.




