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Naissance d’un front politico-social en Algérie ?

Algérie

Brève publiée le 8 novembre 2019

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Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

https://www.elwatan.com/edition/actualite/naissance-dun-front-politico-social-en-algerie-07-11-2019

Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice. » George Orwell (1903-1950), écrivain de la fiction du sauve-qui-peut et… veut, a encore remué le couteau dans la plaie avec cette citation-pensée destinée à remettre chacun à sa place. Même si c’est dans la frayeur d’une émission radiophonique, comme seul lui sait en faire.

En Algérie, en ce moment même, des travailleurs issus de toutes les catégories sociales se réveillent, parfois brutalement, à la politique. «La politique autrement», s’entend. Après vingt ans de pouvoir personnel, autorisant toutes les dérives et 57 ans de confiscation de la légitimité populaire, tous les abus et toutes les prédations, il peut paraître superflu de s’attacher à un effort de compréhension. Celui de tous ces mouvements sociaux à coloration politique qui surgissent comme des champignons après une ondée inattendue au pied des oliviers et des figuiers.

Le hirak n’est évidemment pas loin. Sitôt né, sitôt appréhendé comme la seule force capable d’induire une réforme sérieuse d’un système tourné vers l’arrière. Et qui n’en finit pas de prendre la goutte de l’âge, tel un vieillard grabataire atteint de toutes les maladies neurovégétatives. Le mouvement né en février dernier à Kherrata, juste avant le 22 du mois des giboulées et des retournements climatiques, est aussitôt porté par un socle transverse. En ce sens qu’il est attendu de lui par le peuple qu’il remette en ordre les parties mal soudées et déséquilibrées des membres d’un corps social réduit à tanguer plus qu’à marcher sur les deux pieds.

Dès sa naissance, donc, le hirak est entrevu comme la clé salvatrice qui va ouvrir les coffres de la République – ainsi que les greniers – et engager l’œuvre rédemptrice d’une remise d’aplomb générale. Les jeunes, souvent très jeunes manifestants qui ont ouvert le bal et continuent de mener magistralement la danse chaque vendredi et mardi, sont immédiatement adoptés par la population.

Résolument pacifistes, le monde entier salue leur précoce maturité et les admire. Un vieux, le menton posé sur la main qui tient sa canne, parlait, ce mois de février au micro d’une chaîne de télévision non acquise au mercenariat de l’information orientée : «Grâce à ces jeunes, nous retrouvons notre dignité bafouée par un système répugnant et insatiable. Et tous les rêves grâce auxquels nous reviennent espérances et espoir. Désormais, nous renouons avec une vie qui autorise un avenir à regarder en face par tous les Algériens.»

Fait très significatif, le hirak a déjà changé la donne dans le champ politique, syndical et social. Les organisateurs de la contestation dans certaines branches du secteur public de l’économie ne s’en cachent pas : ils souhaitent jeter une passerelle entre eux et le hirak, dans lequel ils retrouvent leurs propres aspirations, tout en y voyant un modèle pour les luttes du front politico-social et syndical. C’est notamment le cas chez les syndicalistes de Sonelgaz, dont les travailleurs sont entrés en grève pour trois jours depuis lundi. Après les avocats, premiers corps socioprofessionnel, avec les enseignants, à se ranger du côté du hirak, il semblerait qu’avec la tournure prise par la crise qui secoue le corps judiciaire, on soit en train de mûrir une initiative de dépassement du blocage par une convergence sur le terrain des luttes sociales.

Il reste juste à savoir : le pouvoir politique et ceux qui l’incarnent seront-ils prêts à associer la jeunesse du hirak à la recherche de solutions aux situations les plus urgentes et pénalisantes pour le quotidien des citoyens ?