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    La révolution féministe d’Aurore Koechlin

    féminisme

    Brève publiée le 16 novembre 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://www.autonomiedeclasse.org/petite-bibliotheque-a2c/la-revolution-feministe-daurore-koechlin/?fbclid=IwAR3IDexTOylncBs0jT7GZ9ubFRHeGPIaK2YSw5ThVbQlFo81sPGJ5Z8L3T0

    8 mars 2019 à Mexico

    La révolution féministe est un livre qui fait du bien. Aurore Koechlin rouvre les débats stratégiques dans le mouvement, et cela répond à un réel besoin ! Nous en profitons alors pour discuter de stratégie révolutionnaire pour le mouvement, interroger certains points du livre  et surtout continuer ces débats qui sont vitaux pour les luttes à venir.1

    Une histoire globale

    Pour apporter de l’eau au moulin de l’histoire féministe qu’Aurore Koechlin (AK) essaye de dresser, et pour avoir une vision plus globale, nous devrons y inclure une histoire des luttes dans lesquelles les femmes ont participé activement – souvent de manière décisive – indépendamment qu’elles aient été menées sous la bannière du féminisme comme celui-ci s’est développé en occident, ou pas.  On pense notamment à la place des femmes dans les révolutions tunisiennes ou égyptiennes, dans les mouvements contre les violences sexuelles en Inde, ou même dans la révolution haïtienne et la lutte pour l’indépendance en Algérie. 

    Un débat pas si vieux

    Ce livre nous interroge sur plusieurs aspects pour lesquels nous pensons qu’il faudrait entamer un débat. Tout d’abord sur la question de l’origine de l’oppression des femmes, c’est un vieux débat du mouvement féministe, mais qui a des conséquences pratiques en terme de stratégie. 

    AK dit  « je considère le modèle que propose Engels comme théorique. Je ne l’utilise pas comme moyen d’administrer la preuve, mais pour conceptualiser ce qu’est la sphère de la reproduction ».  Mais si nos théories ne découlent pas de faits matériels, comment peuvent-elles être une base d’appuis pour construire une stratégie? Comment expliquer autrement l’origine de l’oppression des femmes sans une approche biologisante qui nierait toute possibilité d’émancipation pour l’ensemble de la société?  Surtout qu’ AK se base théoriquement sur le travail de la féministe marxiste Lisa Vogel, qui suit les thèses de l’anthropologue féministe Eleanor Leecock datant l’origine de l’oppression des femmes avec l’apparition des sociétés de classes. 

    AK retombe théoriquement sur ces pattes en parlant de système unitaire, patriarcalo-capitaliste/capitalo-patriarcal, mais son explication nous semble mélanger plusieurs niveaux d’analyse.

    Certes l’oppression des femmes existait avant le capitalisme, mais la reproduction a toujours été réorganisée selon les besoins de chacun des modes de production, car l’un ne peut exister sans l’autre. C’est donc l’exploitation qui entraîne l’oppression des femmes. En effet, le capitalisme organise une forme de reproduction qui correspond à ses besoins, donc la surexploitation des femmes est originaire du mode de production capitaliste et dépend de lui. Ce n’est pas un système en tant que tel, mais un des jalons sur lequel repose le capitalisme.

    Parler de stratégie

    Dans son dernier chapitre, AK apporte une critique très constructive sur les « stratégies réformistes et intersectionnelles » même si son choix de classer le fémonationalisme comme stratégie réformiste nous laisse perplexes . Mais parler de stratégie, pour nous c’est aussi parler de front unique, stratégie indispensable pour permettre des sauts de conscience qualitatifs dans des cadres larges et par l’expérience pratique dans les mouvements. C’est là une des grosses discussions qu’ouvre le livre d’Aurore. Quel cadre d’intervention féministe pour les militantEs révolutionnaires? 

    La politique qu’elle propose dans son livre ressemble plus à la politique dont devrait se doter un parti révolutionnaire et non pas un cadre d’intervention large. 

    Nous ne pouvons que la rejoindre sur sa conclusion : «  la révolution n’est pas morte » et que sans elle «  il ne peut y avoir de libération de l’oppression des femmes et de minorités de genre ». Comme elle le dit, nos analyses ne nous donnent pas une « recette toute prête » mais « une boussole avec laquelle nous diriger ». D’où la nécessité qu’elle soit bien calibrée. 

    Sana et Dimitris

    Notes

    1. Nous ne revenons pas ici sur la théorie de la reproduction sociale dont nous avons publié une critique de Sheila McGreggor ici.