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Jean-Clément Martin, La Terreur. Vérités et légendes
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://dissidences.hypotheses.org/12863

Un compte rendu de Jean-Guillaume Lanuque
On ne présente plus Jean-Clément Martin, spécialiste reconnu de la Révolution française, professeur émérite et directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française de 2000 à 2008. Sa bibliographie, extrêmement abondante, comprend quelques œuvres notables parmi lesquelles Violence et Révolution. Essai sur la naissance d’un mythe national1. L’ouvrage dont il est question ici est une synthèse très accessible mais d’une densité certaine, publiée dans la jeune collection « Vérités et légendes » des éditions Perrin. Il s’agit donc de dissiper bien des mythes nés et alimentés autour de cette période décisive de la Révolution, allant essentiellement de 1793 à l’été 1794. On pourrait d’ailleurs débuter cette chronique en disant que la Terreur n’est que pure illusion.
Provocateur ? Certes, mais Jean-Clément Martin rappelle fort opportunément que le terme désignant une politique explicitement assumée en tant que telle a été forgé par les Thermidoriens, dont nombre étaient d’ailleurs partie prenante de la séquence chronologique précédente (Carrier à Nantes, Fouquier-Tinville président du Tribunal révolutionnaire, Collot d’Herbois, etc.). Auparavant, le mot était répandu, mais sans majuscule, en tant que synonyme de peur, et visait à stigmatiser la politique de l’adversaire. La poussée populaire de l’été 1793 amena la Convention, ainsi fouettée, à adopter les principes, réclamés par les sans-culottes, d’une armée et d’une justice révolutionnaires… tout en procédant à l’arrestation de Jacques Roux, leader des Enragés, et en réduisant les réunions des sections populaires, vivier des sans-culottes. La mise en place d’un gouvernement révolutionnaire relève alors d’une même démarche, une suspension de la démocratie visant à assécher un radicalisme populaire jugé excessif (et paré du qualificatif de terreur, justement, comme par Saint-Just fin 1793). C’est bien un machiavélisme foncier qui est ici à l’œuvre, la Convention et les Comités cherchant, par la répression, à désigner des boucs émissaires susceptibles de satisfaire la colère du peuple, tout en préservant des catégories indispensables au bon fonctionnement de l’État (les fonctionnaires, surtout), rendues néanmoins plus dociles par la peur du tribunal révolutionnaire. Il y a, dans cette politique d’un juste milieu supposé, le risque d’être sur le tranchant, refusant toute terreur aveugle au profit d’une sévérité morale, d’une justice vertueuse, chère à Robespierre. C’est d’ailleurs ses adversaires au sein de la Convention et des Comités qui, par peur d’un gouvernement personnel et excessivement moral de sa part, vont lui attribuer ce pseudo système de terreur. Jean-Clément Martin va jusqu’à expliquer que la Grande Terreur a en réalité été attisée par ces mêmes adversaires de Robespierre, faisant tout pour pousser à l’inflation des exécutions afin de mieux pouvoir les attribuer à l’Incorruptible. Elle relevait en fait de la poursuite du processus de centralisation du pouvoir judiciaire, mené par la Convention afin de lutter contre des pouvoirs locaux indociles, susceptibles de diviser la Nation. Une fois le mythe posé par les Thermidoriens, renforcé par le goût du sensationnalisme, il put servir à une échelle séculaire pour entacher la Révolution, dans son expression la plus radicale.
L’auteur procède par ailleurs à des mises en perspective parfois intéressantes, parfois trop sommaires. Il rappelle ainsi l’existence d’épisodes de « terreur » dès l’Antiquité, et souligne que la révolution américaine fut tout aussi violente. Il aborde également la question du nombre de victimes, évoquant l’incendie de Cap-Français à Saint-Domingue, durant la guerre civile, cause de la mort de 20 000 personnes, autrement plus impressionnant que la « terreur »2. De même, il écarte l’idée d’une terreur décelable dès 1789, ou d’une terreur pratiquée en Vendée, les massacres résultant davantage d’un vide d’autorité, favorisant par la-même des crimes de guerre traditionnels. Plus original, il relève que la mode du temps était alors à un certain goût pour la terreur, sensible en particulier dans les romans gothiques, et que le despotisme monarchique des dernières années était fréquemment associé à la terreur. En dehors des quelques allusions à la révolution russe, un peu fragiles, et d’une tendance sous-jacente à voir comme trop instinctives et sauvages les masses populaires laissées sans contrôle, voilà un ouvrage fort recommandable.
1Chroniqué sur notre blog : https://dissidences.hypotheses.org/5014
2« Si le mot « terreur », au sens de violences sans limites, sans but et sans organisation, peut s’appliquer, c’est bien à Saint-Domingue. », emplacement 1195 de l’édition numérique.




