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Le Bourget : la grève invisible des cheminots du fret
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Les cheminots de la gare de triage se battent depuis le début contre la réforme des retraites et participent à la paralysie de cette activité, déjà au plus mal en France. Moins de 15% des trains circulent.

« Rien ne bouge. Regardez autour de vous, c'est vide et il n'y a pas un bruit. » Mickaël, cheminot à la gare de triage du fret du Bourget balaie d'un revers de la main le paysage fantôme derrière lui ce vendredi : des voies ferrées désertes et bordées d'herbes folles où habituellement des trains de marchandises circulent doucement mais bruyamment.
Personne n'en parle, personne ne la voit et pourtant c'est une grève déterminée que mènent depuis le 5 décembre les agents de la plate-forme où sont répartis et redirigés les wagons vers leurs nouvelles destinations. Le Bourget reste parmi les principales gares de triage de fret en France, même si son activité a diminué selon le personnel. « On trie 250 wagons par jour », détaille un agent. Un volume qui était le double il y a encore quelques années.
Au moins 300 grévistes depuis le 5 décembre
Le mouvement touche les différents services qui font tourner le site : les aiguilleurs de SNCF Réseau (le gestionnaire des infrastructures ferroviaires), mais aussi les agents de manœuvre de Fret SNCF (le transporteur). Et c'est aussi ce qui rend compliqué à évaluer le nombre de grévistes qui appartiennent à des branches différentes du groupe. « Depuis le 5 décembre, au moins trois cents d'entre nous ont participé à un moment ou à un autre à la grève », assure Anasse Kazib, aiguilleur et syndicaliste Sud Rail.
Ce vendredi, il n'y a pas de feu de palettes. Il n'y a pas non plus la fameuse banderole ornée du slogan « Ni clause du grand-père, ni de la grand-mère ». Les grévistes échangent quelques mots autour d'un café. Ils discutent de leur opposition à la réforme des retraites et aussi des « réorg » en cours. Autrement dit, les réorganisations qui affectent ces dernières années la gare du Bourget et plus largement le fret ferroviaire SNCF.
« Si ça continue comme ça, je vais démissionner »
Le moral des équipes est en berne. « Si ça continue comme ça, je vais démissionner et faire autre chose, lance un cheminot. En 2018, il y a d'ailleurs eu plein de départs. » Les restructurations ont deux conséquences selon le personnel : « Les effectifs sont réduits et les agents deviennent très polyvalents », précise Loïc et Tony. « Les réorg, on les a refusées mais on nous les impose d'office », poursuivent plusieurs de ses collègues.
Les réorganisations sont aussi le reflet des grandes difficultés du secteur. Au 1er janvier prochain, Fret SNCF, le principal transporteur ferroviaire avec 55 % du marché deviendra une société par actions simplifiées (SAS) et se transformera en filiale du groupe SNCF.
Les employeurs et donneurs d'ordre accusent les grèves d'achever le secteur, en ignorant le malaise que provoquent les restructurations sur les cheminots. « Le fret ferroviaire est à l'agonie, c'est le troisième mouvement social d'ampleur qui le frappe depuis 2016 », regrette un professionnel. Pourtant, un tas de marchandises passent par le ferroviaire : céréales, bobines d'acier, automobiles, matériaux du BTP, produits pétroliers et chimiques voyagent par les rails.
« Seulement 10 à 15 % des trains de marchandises circulent »
Et depuis la grève lancée le 5 décembre, « seulement 10 à 15 % des trains de marchandises circulent », estime Fret SNCF, un pourcentage remonté à 15 % en fin de semaine. « Le premier jour, aucun train ne roulait », ajoute-t-on.
Ses concurrents réunis au sein de l'Association française du rail (Afra) tiraient le signal d'alarme il y a quelques jours, parlant d'une « situation dramatique ». Un courrier a même été adressé à Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'Etat aux Transports.
« On a alerté le ministre car le secteur est fragile, explique le délégué général de l'Afra, Franck Tuffereau. Les transporteurs ont des frais à payer très importants. Une locomotive coûte par exemple 3,5 M € ! » Selon l'Association française du rail, ses opérateurs perdent en moyenne 300 000 € par jour. « Il y a une méconnaissance des conséquences sur notre activité car tout le monde est focalisé sur le trafic voyageurs », conclut Franck Tuffereau.




