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    Inde : les ultra-nationalistes à l’offensive

    Inde

    Brève publiée le 9 janvier 2020

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://npa2009.org/arguments/inde-les-ultra-nationalistes-loffensive

    Un dossier paru dans l'Anticapitaliste du 9 janvier 2019

    En Inde, 2019 a été marqué par un regain des tensions avec le Pakistan, mises en scène pour favoriser une nouvelle victoire électorale de l’extrême droite nationaliste et religieuse de Modi (BJP), suivie d’offensives politiques lourdes correspondant au programme ancien de ces nationalistes auxquels la politique de la force historique de la bourgeoisie indienne, le Congrès, a ouvert la voie.  

    Néanmoins, l’urgence de réagir s’est fait sentir particulièrement parmi la jeunesse urbaine ayant contemplé les multiples soulèvements de ces derniers mois, en Asie et ailleurs. Résultat : depuis plusieurs semaines des manifestations regroupant par endroits jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de personnes.

    Des manifestations souvent illégales, réprimées par la police et des milices, mais des tentatives et des réussites parfois quotidiennes à l’échelle d’un État-continent et à l’image des milliers de jeunes qui, comme dans d’autres lieux, se sont emparés de la nuit du 31 décembre pour s’assembler et protester.

    Dossier réalisé par Chris Miclos.

    Inde : colonisation, transfert de pouvoir et partition

    « L’Inde n’est plus aujourd’hui celle de Jawaharlal Nehru ou de Gandhi, mais est celle de Narendra Modi. Si nous avons le signal, nous les éliminerons en l’espace d’une heure. » Le parlementaire BJP de l’Haryana, Leela Ram Gurjar, s’exprimait ainsi le 25 décembre pour s’attaquer aux musulmanEs et aux opposantEs de Modi. Des propos haineux en explosion depuis des années, malheureusement parmi d’autres, mais représentatifs de l’ambiance que l’extrême droite cherche à imposer en Inde, avec l’objectif proclamé de poursuivre la partition religieuse et ethnique du sous-continent inachevée en 1947, malgré les guerres et massacres ayant fait plusieurs centaines de milliers de mortEs et des millions de déplacéEs musulmans, hindous et sikhs. 

    Soulèvements et mouvement national indien

    La Grande-Bretagne, via la Compagnie des Indes orientales, impose à partir du 18e siècle monopoles, réorganisations de la propriété foncière, famines, conquêtes et exactions. À la suite de la conquête du cœur de l’empire Moghol en 1856, une révolte militaire soutenue par les élites musulmanes et hindoues expropriées et les populations locales met plus de six mois à être matée. La Couronne britannique décide de contrôler directement la colonisation et de diviser les populations locales sur des bases ethniques et religieuses pour maintenir sa suprématie. De nouvelles identités apparaissent. L’hindouisme se redéfinit par rapport à la colonisation et l’islam, à travers les festivals religieux autorisés par les Britanniques, l’invention du mythe de la vache sacrée et les violences intercommunautaires autour de cette question1

    Les élites locales, parfois soutenues par les Britanniques, s’organisent. Aux dizaines de millions de morts des ravages de la colonisation, s’ajoutent des soulèvements de la population, particulièrement après la révolution russe de 1905. Les derniers moments de la Première Guerre mondiale et les années qui suivent sont celles d’un nouveau souffle de contestation populaire. Grèves dans les villes, spécialement à Bombay où 1,5 million d’ouvrierEs font grève en 1920, et révoltes dans les campagnes alarment colons et élites indiennes. Parti de la bourgeoisie indienne, le Congrès dirige lui-même un mouvement de révolte (Non-coopération) associant musulmans et hindous en 1920-1922, avant de le saborder devant les risques de révolution sociale. En février 1922, la répression de paysanEs pacifistes dans le village de Chauri-Chaura entraine une révolte violente de ces dernierEs. Gandhi appelle immédiatement à un arrêt du mouvement de Non-coopération, les leaders du Congrès critiquent un « comportement inhumain de la foule » et donnent consigne aux paysanEs de payer les rentes dues aux propriétaires et les taxes aux Britanniques.  

    Stoppées à mi-chemin, les mobilisations de masse, anticoloniales et sociales, sont minées par des divisions religieuses promues par les colons britanniques et sous des formes différentes par des leaders musulmans et hindous. S’appuyant sur une base plus militante, la Ligue musulmane joue la division avec le Congrès après 1922, alors qu’à la droite de ce dernier l’extrême droite hindouiste s’organise, fondant en 1925 le RSS. 

    La tragédie de la partition

    Dans ses mémoires, Attlee, Premier ministre travailliste en fonction après la guerre, affirmera que la décolonisation de l’Inde, de Ceylan et de la Birmanie aura permis de mettre un coup d’arrêt à l’expansion du communisme. Pilier de l’ordre social, spécialement en refusant de s’opposer à l’impérialisme à partir de 1941, le Parti communiste d’Inde, influent dans certaines régions comme le Kerala, n’est pourtant pas un danger pour les Britanniques ou le Congrès. Mais la révolte gronde. Peu nombreux, et sous les feux des impérialistes, des staliniens et des bourgeois, des travailleurs du textile, qui revendiquent et portent le drapeau de la Quatrième Internationale, sont les premiers à appeler à la grève générale en soutien aux marins insurgés de Bombay en février 1946. 70 usines de coton sur 74 sont fermées et la révolte ébranle l’appareil militaire. Les staliniens appellent à la fin de « l’hystérie collective » et Gandhi définit « l’alliance d’hindous, de musulmans et d’autres pour des actions violentes » comme « contre-nature ». En juin 1946, un affrontement à Madras entre des gardes musulmans et des ouvriers hindous du textile manque de dégénérer en violences intercommunautaires, mais des militantEs se réclamant du trotskisme réussissent à les éviter. Ils organisent une grève de 14 000 travailleurEs durant 48 jours et un meeting de 100 000 personnes à Madras. Les rapports de forces à l’échelle du sous-continent sont toutefois défavorables à ces militantEs et leurs perspectives. En août 1946, lorsque la Ligue musulmane appelle à l’action directe à Calcutta, les leaders du Congrès appellent à briser la grève musulmane. Des massacres s’en suivent. Les grèves militantes longues perdurent, notamment au Bengale, mais ne peuvent changer le cours des choses2.

    Les Britanniques doivent partir plus vite que prévu devant l’ampleur des rébellions et des violences intercommunautaires. Ils enterrent le développement d’une révolution sociale en transférant le pouvoir au Congrès et à la Ligue musulmane. En mars 1948, un trotskiste indien fait le bilan de ces violences : « Dans un pays où exploiteurs et exploités, oppresseurs et opprimés revêtent dans des provinces différentes les visages de communautés différentes, où les paysans et les travailleurs vivent au niveau de la famine et dans la crasse sordide de l’ignorance et du besoin, les sentiments communalistes sont devenus la réponse inflammable à un appel sur la base de la religion. Ils sont devenus également la forme classique par laquelle la classe capitaliste cherche à briser l’unité des masses, les détournant de l’action de classe directe et de l’attaque contre la propriété et en en faisant leurs pions dans leurs propres querelles fractionnelles. »3

    Chris Miclos

    • 1.D. N. Jha, The Myth of the Holy Cow, Verso, 2002.
    • 2.C. W. Ervin, Tomorrow is Ours : The Trotskyist Movement in India and Ceylon, 1935-48, Social Scientists’ Association, 2006.
    • 3.H. Mahadevan, Le Mahatma Gandhi : père du capitalisme indien, mars 1948.

    Inde : un programme nationaliste devenu réalité ?

    Après la partition, c’est-à-dire l’exode de plus de 10 millions de personnes, les violences diminuent provisoirement. Fin janvier 1948, Nathuram Godse, aujourd’hui qualifié de héros national par le BJP au pouvoir, assassine Gandhi pour tenter de les relancer, mais cela se solde par un demi-échec car le Congrès bénéficie d’un large soutien populaire. Malgré l’interlude de l’état d’urgence (1975-1977) et toutes ses limites, la Constitution indienne entrée en vigueur en janvier 1950 affirme des principes démocratiques (droit de vote, liberté d’expression et religieuse, égalité juridique, fédéralisme) et des droits formels plus ou moins maintenus depuis. À l’évidence, l’affirmation juridique pèse peu alors que les structures sociales n’ont presque pas bougé pendant le transfert du pouvoir. Les dalits (intouchables) restent majoritairement des paysanEs sans terre, soumis à l’oppression des propriétaires fonciers des castes supérieures ou intermédiaires. 

    L’extrême droite cible, cependant, cette Constitution et ses rédacteurs, comme Ambedkar, perçus comme bien trop progressistes à ses yeux. Ces discours prennent un écho dans le cadre d’une montée des violences inter­communautaires ayant fait, depuis la fin des années 1970 en Inde, des dizaines de milliers de mortEs, principalement musulmans, renforçant ainsi les extrême droites hindouiste et islamiste.

    Écraser le Cachemire

    Parmi les iniquités de la partition, le Cachemire se distingue. En 1947, un maharaja hindou est à la tête d’un royaume majoritairement musulman ne souhaitant pas rejoindre le Pakistan. L’option d’un État indépendant semble plébiscitée par la population. Nehru propose alors un référendum d’autodétermination et l’essentiel du Cachemire reste sous domination indienne après le transfert du pouvoir. Le vote n’a jamais lieu. La population est privée de son droit à l’indépendance depuis lors. Plusieurs guerres avec le Pakistan sont suivies par des décennies d’occupation militaire pour lesquelles le Congrès porte l’essentiel des responsabilités. Le Cachemire indien est une région sans policiers car les tâches de répression sont prises en charge directement par l’armée écrasant la population par ses multiples exactions. Depuis 1990, plus de 10 000 ­disparuEs sont dénombrés. 

    Le BJP a réussi à aller plus loin encore. Depuis plus de 150 jours, les communications du Cachemire avec le reste du monde sont coupées. Des images et témoignages filtrent, mais la population doit faire des dizaines de kilomètres et des heures de queue pour avoir le droit à une minute d’appel téléphonique avec l’extérieur. Les 650 000 militaires (pour une population de 12 millions) déjà présents sur place ont reçu des renforts. Les articles 370 et 35A de la Constitution indienne, visés de longue date par les nationalistes du RSS, car restreignant les possibilités d’achat de terres et de colonisation démographique du Cachemire, ont été abolis. Les politiciens locaux, y compris les plus liés à l’appareil d’État indien et les plus corrompus, ont été arrêtés.  S’il est, très certainement, trop tôt pour faire le bilan des crimes récents de l’armée indienne, la population ne semble pas avoir été soumise. 

    Ayodhya, l’antiquité mystique au 21e siècle

    Parmi les actes de l’extrême droite hindouiste, la mobilisation, en décembre 1992, de 150 000 émeutiers pour la destruction de la mosquée de Babri en ruines à Ayodhya a fait date. Cette provocation a entraîné des violences dans tout le pays (au moins 2 000 morts) et accéléré le cycle des affrontements. Datant du 16e siècle, cette mosquée aurait été construite sur un lieu saint de l’hindouisme. Le conflit, datant de la fin du 19e siècle, a connu une nouvelle actualité à l’Indépendance, puis a été utilisé électoralement par les uns et les autres. Il marque la scène politique indienne depuis 35 ans. 

    En novembre dernier, la Cour suprême indienne a statué que l’espace où avait été construite la mosquée reviendrait aux hindouistes en autorisant la construction d’un temple sur le site. Le Congrès a suggéré soutenir cette construction. Modi a comparé l’évènement à la chute du Mur de Berlin. 

    L’embrasement du Nord-Est comme laboratoire ?

    Un recensement de la population dans l’Assam1, lancé par le Congrès il y a 15 ans, a été élargi par le BJP, avec l’objectif explicite de s’attaquer aux migrantEs musulmans du Bangladesh. Des migrantEs que le ministre de l’Intérieur Amit Shah qualifie de « termites ». Dans un espace aussi fragmenté, où vivent des dizaines de populations en conflits larvés ou directs, tous les types de violences sont susceptibles de se développer sur des bases religieuses, mais aussi linguistiques ou ethniques et de s’étendre au reste de l’Inde où ont migré ­certaines de ces populations.

    33 millions de personnes ont dû prouver, documents à l’appui, que leurs ancêtres étaient indiens avant 1971, c’est-à-dire avant les horreurs de la guerre d’indépendance du Bangladesh et les flux de population ayant suivi. Des situations surréalistes se sont multipliées, comme celle de Mohammed Anuwar Ali : cet homme de 102 ans, trentenaire au moment de l’Indépendance, a dû prouver qu’il était indien, forcé comme les milliers d’habitantEs de son village de vendre ses biens dans l’urgence pour payer le voyage dans un centre administratif situé à plusieurs centaines de kilomètres de son village.

    Près de deux millions de personnes ont été mises « hors listes » : plusieurs centaines de milliers de musulmans, mais plus d’un million d’hindous. Essentiellement pauvres, les populations concernées risquent de perdre, outre leur droit de vote, leurs droits les plus élémentaires. Alors que de multiples camps d’internement sont en construction, leurs capacités semblent trop faibles devant les folies d’une telle politique. 

    Chris Miclos

    • 1.L’Assam est le principal État du Nord-Est de l’Inde, une région située entre le Bangladesh, la Birmanie et la Chine. Culturellement éclatée avec des dizaines de peuples ou de tribus et des centaines de langues différentes du reste du sous-continent, la région a été soumise à une colonisation spécifique où les Bengalis ont servis de relais aux Britanniques. Les populations se sont soulevées après 1947. Elles ont été écrasées par des forces militaires et paramilitaires, et certaines élites intégrées.

    Inde : contrer le « diviser pour mieux régner »

    En décembre, le BJP a adopté un amendement à la loi sur la citoyenneté garantissant la nationalité aux réfugiés d’Afghanistan, du Pakistan et du Bangladesh, à l’exception des musulmanEs. Pour reprendre l’expression de l’intellectuel d’extrême droite Swapan Dasgupta, en créant officiellement un État-nation hindou où la citoyenneté aurait une base religieuse, il s’agit d’une sorte de « droit au retour » pour ceux laissés du « mauvais côté » après la partition. Une manière de la terminer, une manière de mettre en danger très rapidement les 200 millions de musulmanEs indiens et les 15 millions ­d’hindous du Bangladesh. 

    La répression n’arrête rien

    Les 1,3 milliard d’IndienEs devront prouver leur citoyenneté dans le cadre d’un recensement national (NRC), preuves documentaires à l’appui. Les anciennes pièces comme les cartes d’électeur ne suffisent pas. Les preuves demandées font défaut à plusieurs centaines de millions de pauvres, et aux migrantEs de toutes origines, à la majorité de la population ne sachant souvent pas quand elle est née, voire parfois où, et dont les biens sont régulièrement détruits par des inondations. Se dirige-t-on vers une multiplication des camps d’internement à l’échelle de l’Inde entière ? Dans l’Assam, l’opposition ancienne au recensement (NRC) et à l’amendement à la loi sur la citoyenneté (CAA) a connu un nouveau souffle à l’automne avec de multiples tumultes. 

    Comme au Cachemire, couvre-feux, coupures des communications et répression militaire de manifestations ont marqué la période récente. Cela a contribué au développement de mobilisations dans le reste de l’Inde où les manifestations, notamment de jeunes qui étudient ou travaillent, se sont développées contre le CAA et plus généralement contre le pouvoir depuis début décembre 1. Elles ont mobilisé les minorités musulmanes. Le 15 décembre, la police a attaqué deux des principales universités musulmanes du pays (Jamia Millia Islamia et Allahabad Muslim University) avec des gaz lacrymogènes en pourchassant les étudiants et investissant leurs bâtiments y compris bibliothèques et mosquées. Bilan : plus de 200 blesséEs. 

    Combat politique

    Des coupures d’internet ont eu lieu en plein Delhi. Elles ont été massives en Uttar Pradesh, État fédéral de plus de 200 millions d’habitantEs à forte minorité musulmane, dirigé par un yogi parmi les plus radicaux du BJP. Les policiers ont fait irruption dans des quartiers musulmans en ordonnant de « retourner au Pakistan ». Comme au Karnataka, l’article 144, une vieille loi britannique, interdisant les rassemblements de plus de quatre personnes, a été mis en place à l’échelle fédérale. Plusieurs dizaines de mortEs sont déjà dénombrés dans ces deux États. 

    Des dirigeants étudiants, des dalits et un leader anti-corruption ont été arrêtés. La répression s’étend également dans les espaces moins mobilisés comme à Chennai, où 600 personnes, dont une star du cinéma (Siddharth), sont poursuivies à la suite d’une manifestation interdite le 19 décembre. Les flics utilisent la reconnaissance faciale : des drones ont suivi les manifestations. Beaucoup d’occasions d’exprimer son opposition au NRC et CAA sont toujours saisies. Et le BJP en vient à proposer du téléphone rose et des abonnements Netflix en échange d’un soutien au CAA sur Twitter…

    Le BJP pourrait s’être isolé sur la scène politique. Malgré sa victoire nationale en 2019, il a perdu des élections régionales dans des États importants. Par calcul ou sous pression, les États fédéraux d’opposition refusent le NRC et le CAA et affichent une défense de la Constitution ou de leur identité régionale. Le BJP ne semble pas vouloir faire marche arrière, au contraire. Les mobilisations seules ne les feront pas reculer s’ils vont à l’affrontement avec le soutien du grand capital. Le jour de Noël, le RSS, qui compterait plus de 5 millions de membres, organisait un défilé paramilitaire dans les rues d’Hyderabad sur le modèle des organisations fascistes des années 1930.

    Chris Miclos

    Affronter Modi et le grand capital

    Emblématique des conditions de la classe ouvrière d’Inde, l’année 2020 a débuté par un incendie meurtrier dans une usine de Delhi dont le gouvernement refuse de donner le nombre de victimes. En décembre déjà, une centaine de travailleurEs migrants étaient morts dans l’incendie d’ateliers textiles illégaux de la capitale. Près de 300 000 paysanEs se sont suicidés ces vingt dernières années. Et en 2018, le rapport d’une banque Suisse indiquait que 60 % de la population détenait moins de 5 % des richesses du pays tandis que 10 % en possédait plus des trois quarts. Sous les contestations politiques couvent une colère sociale.

    Mouvement de grève(s)

    Le BJP est devenu le principal parti du capital indien et international, et l’allié des gouvernements à leur service, en témoigne l’invitation de Bolsonaro en Inde pour la fin janvier. Le premier soutien international de Modi après sa réélection en avril 2019 était Bill Gates, qui lui a accordé fin septembre le prix de sa « fondation caritative ». Et pour cause, car Modi s’attaque aux quelques protections syndicales et salariales existantes pour certains travailleurEs. On assiste aux pires résultats économiques de ces 30 dernières années, avec des conséquences désastreuses pour la population dont une hausse continue du chômage.

    De grande ampleur, des grèves ont lieu cette semaine et les partis de gauche ont appelé à cinq jours de mobilisation jusqu’au 8 janvier. Les grèves s’annoncent, par exemple, assez suivies parmi les ouvriers de la métallurgie de Wazirpur, une zone industrielle de centaines de petites entreprises travaillant la ferraille au nord-ouest de Delhi. Des organisations paysannes appellent aussi à rejoindre la grève et les syndicats d’enseignants ont mis en avant le retrait du NRC et du CAA dans leurs revendications. Ces mobilisations permettront peut-être de réelles grèves comme celle des travailleurs du jute du Bengale-occidental l’année dernière, et pourraient dans le contexte actuel revêtir une dimension particulière. Pour cela, il faudra que les travailleurEs combattent les calculs et perspectives des syndicats et des organisations de gauche soutenant habituellement le Congrès. Ce dernier, mais aussi ses avatars, ne sont en rien un rempart face à l’extrême droite. 

    Chris Miclos