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    "On assiste à du grand bricolage" : profs et lycéens déconcertés par les nouvelles épreuves du bac

    Brève publiée le 22 janvier 2020

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://www.marianne.net/node/235162

    Malgré plusieurs blocages d’établissements et la grève des enseignants, les "E3C", épreuves de contrôle continu du nouveau bac, sont soumises depuis lundi aux lycéens de première. Professeurs et élèves témoignent de premiers examens confus et d’une série de dysfonctionnements.

    Le coup d’envoi des "E3C" pour épreuves communes de contrôle continu a été donné ce lundi 20 janvier dans plusieurs lycées de France. Organisées en trois séries sur deux années dès la première générale et technologique, ces nouvelles évaluations d’histoire-géographie, de langues vivantes et de mathématiques ont pour objectif de "valoriser davantage le travail des élèves et leurs progrès" selon le ministère de l’Education nationale. La réforme, loin de faire l’unanimité au sein du corps enseignant, a engendré le report des examens dans douze lycées d’après les informations transmises à Marianne.Des milliers de lycéens ont toutefois pu composer... dans un climat d’incompréhension et, parfois, de tension.

    CONDITIONS D’EXAMEN DISPARATES

    Dans certaines régions, nombreux sont les lycéens et enseignants à pointer des conditions d’examens contrastées selon les établissements. A Nîmes par exemple, au lycée technologique Dhuoda, Jules n’a été soumis qu’à une épreuve d’histoire-géographie ce lundi. L’épreuve de langue, elle, a été dispensée le lendemain. Un calendrier à l’initiative de son lycée, puisque cette réforme laisse désormais l’organisation de ces épreuves du baccalauréat à la charge des proviseurs. Un changement inédit qui exaspère Youssef, lycéen en première STI2D au lycée Saint-Riquier à Amiens. "J’ai eu deux épreuves dans la même journée de lundi, contrairement à d’autres élèves. A cela s’ajoute les professeurs qui ont indiqué les chapitres des programmes à réviser. Nous ne sommes pas tous à égalité” déplore-t-il. Un constat partagé par Valérie Franc, professeure d’espagnol au lycée Robert Doisneaux à Vaulx-en-Velin qui pointe "un passage en force" de ces épreuves au détriment de l’égalité des chances. "Tous les lycéens ne composent pas dans les mêmes conditions depuis lundi : il n’y a pas le même nombre de surveillants partout, ni les salles ni les copies ne sont aux normes. On assiste à de grand bricolage" regrette l’enseignante gréviste. Un "bricolage" qui s’illustre notamment par l’absence de surveillants lors des épreuves, comme en témoigne ce tweet mettant en lumière une épreuve "E3C" dans lycée de Seine-Maritime.

    Des professeurs mobilisés contre ce nouveau bac ont par ailleurs dressé à travers une carte un tableau alarmant des conditions d’organisation des épreuves dans toute la France. Ainsi, en région parisienne, à Lyon ou encore du côté Nantes, les enseignants soulignent depuis lundi des examens"non simultanés", une "disposition des tables non conformes" ou encore "des cours non banalisés". Des anomalies en série qui n'étonnent guère Vanessa Bianchi, professeure de français au lycée Jacques Feyder à Epinay-sur-Seine dans le 93. “Toute la procédure des examens a été bafouée depuis le début. Comment voulez-vous que ça se passe normalement dans de telles conditions ?",s'interroge l’enseignante, avant de poursuivre : "Nous n’avons eu accès aux sujets qu’à partir de la mi-décembre. Nous nous sommes adonnés à une improvisation totale" conclut-elle. Une improvisation qui a permis à de nombreux élèves de multiplier les fuites des sujets sur les réseaux sociaux, comme le montrent les tweets ci-dessous publiés par des lycéens.

    SUJETS INATTENDUS

    Outre l'organisation, les contenus de ces examens ont aussi décontenancé enseignants et lycéens. Au lycée Salvador Allende à Hérouville-Saint-Clair dans le Calvados et malgré la mobilisation de membres de la FCPE, les épreuves se sont déroulées normalement. Mais une surprise attendait Inès, lycéenne de première, au moment de plancher ce lundi matin. Les sujets étaient bien différents des indications reçues par ses professeurs. "Je suis tombé sur la Révolution française en Histoire, et la métropolisation en géographie, alors qu’on nous avait demandé de nous concentrer sur d’autres parties du programme [...] ces examens engendrent beaucoup de stress et d’angoisse, c’est comme un saut dans le vide", s’inquiète la jeune lycéenne. Dans certains établissements, la sélection des sujets s'est effectuée seulement par les proviseurs sans l'approbation des professeurs, qui n'ont pas souhaité en proposer en signe de protestation à la réforme. Des situations embarrassantes, qui ont généré des intitulés d'examens parfois loin des programmes de révisions des élèves. Boris Klein, enseignant d’histoire-géographie en banlieue lyonnaise dénonce un "stress sans intérêt" infligé aux lycéens. "Depuis le mois de décembre, toute la communauté éducative est inquiète. On s’inquiète sur la valeur de l’épreuve, sur les chances de réussite de nos élèves".

    Tristan, élève au lycée Alfred Kastler à Cergy-Pontoise, a lui aussi composé dans la confusion sur la "métropolisation" en géographie, mais a cependant réfléchi en Histoire sur "la complexité, l’ambiguïté des relations entre le Roi et la Nation""Si la première partie de la composition m’a paru simple, la deuxième était vraiment étonnante et pas du tout conforme à ce que nos professeurs nous avaient annoncé. C’était un peu troublant", regrette le jeune homme. De son côté, Boris Klein alerte par ailleurs sur la forme de plus en plus locale que prennent ces épreuves, qui pourrait creuser un fossé important entre les lycées. "On voit bien que chaque lycée est en train de gérer ces épreuves à sa manière, laissant le champ libre à toutes les magouilles et autres tricheries. Un bac de la banlieue de Lyon n’aura pas la même valeur qu’un bac d’un lycée de centre-ville", s’insurge-t-il. Comme le rapporte Le Figaro, une proviseure de l’Académie Orléans-Tours n’a d’ailleurs pas hésité à aiguiller les lycéens de son établissement, quelques jours avant l’épreuve d’histoire-géographie, comme l’indique ce mail ci-dessous :

    Pour l’heure, chaque établissement suit coûte que coûte son calendrier pour mener à bien les examens. Mais pour Valérie Franc, les revendications des enseignants sont claires : "On souhaite l’annulation de ces épreuves et un retour à un bac national équitable", explique-t-elle. Je suis tiraillée entre préparer au mieux mes élèves à ces épreuves et m’élever contre le non sens qu’elles représentent".