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Inspection générale des finances: quand l’élite de l’administration préfère servir les intérêts privés

Lien publiée le 4 juin 2021

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Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

Inspection générale des finances : quand l’élite de l’administration préfère servir les intérêts privés - Basta ! (bastamag.net)

Les inspecteurs généraux des finances représentent l’élite de la haute administration. Censés servir l’État et l’intérêt général, ils préfèrent souvent émarger dans la finance. Des allers-retours problématiques sur lesquels Basta ! s’est penché.

Emmanuel Macron, après moult revirements, a annoncé la suppression de l’École nationale d’administration (ENA) et celle des grands corps d’État. Serait-ce donc la fin de l’Inspection générale des finances (IGF) ? Ce corps d’État, dont est issu Macron lui-même, recrute les énarques les mieux classés à leur sortie de promotion. Le top du top, ceux qui partent travailler dans les hautes sphères du ministère des Finances, à la direction du Budget ou à celle du Trésor, d’où ils pilotent la politique économique de la France. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette « élite » de la haute fonction publique n’a pas une bonne image dans l’opinion.

Allers-retours entre secteur bancaire et ministères

C’est peut-être parce qu’elle incarne encore plus que d’autres le manque d’étanchéité entre secteur public et intérêts privés. Car le plan de carrière préféré des IGF, ce sont des allers-retours entre le ministère des Finances et le secteur bancaire, en passant par les cabinets ministériels. Est-il possible de conseiller un ministre des Finances quand on a travaillé juste avant pour le secteur bancaire ? Pour les IGF, cela ne semble pas poser problème. Est-il possible de participer au sein de la direction du Budget ou du Trésor, à la rédaction des régulations du secteur financier, quand on sait que l’on ira ensuite travailler pour celui-ci ? Pas de souci !

À Basta !, on s’est dit que cette situation n’est pas sans poser problème. Nous avons donc voulu mieux cerner les parcours de ces inspecteurs des finances, pour mettre en lumière ces plans de carrière problématiques et les potentiels conflits d’intérêt. Mais l’administration ne communique pas facilement des informations sur ces hauts fonctionnaires. Pas de base de données publique sur les postes occupés par les IGF, actuellement ou par le passé. Pour pallier ce manque, nous avons retracé les parcours de plus de 370 inspecteurs des finances des 44 dernières promotions, de 1975 à 2019. Un travail de fourmi, commencé en 2017 et que nous venons de réactualiser (voir notre base interactive).

Le résultat est (toujours) édifiant : 59 % des IGF ont fait au moins un passage dans le privé. Plus d’un tiers (34,4 %) sont passés par le secteur bancaire à un moment donné de leur carrière. Seuls 62 sont actuellement en poste à l’IGF. Les autres sont « détachés » dans des administrations publiques, « en mobilité » dans d’autres secteurs professionnels, ou démissionnaires, quand ils ont choisi de couper les ponts avec leur corps d’origine. 59 d’entre eux travaillent dans le secteur de la banque et assurance.

Pour beaucoup, le départ vers le secteur privé n’est pas définitif, puisqu’ils reviennent dans le secteur public après avoir travaillé au service d’intérêts privés lucratifs. Sur 370, ils sont également plus de 130 à avoir fait un passage dans un cabinet ministériel ou à avoir exercé un mandat politique.

Lutter contre la fraude fiscale puis intégrer une banque qui la pratique

Parmi les (nombreux) parcours emblématiques de ces « revolving doors » : celui de François Mongin, conseiller du Premier ministre Alain Juppé (1995-1997), puis responsable des Douanes, nommé secrétaire général de Tracfin – organisme de lutte contre le blanchiment et la fraude fiscale – de 2002 à 2007, date à laquelle il devient membre du comité exécutif d’HSBC France, banque connue pour son exemplarité en matière d’évasion fiscale... On peut également citer François Villeroy de Galhau, ex-directeur général délégué de BNP Paribas, nommé en 2015 président de la Banque de France par François Hollande.

Ou encore Marie-Anne Barbat-Layani : après avoir travaillé à la direction du Trésor (2002-2007), elle devient directrice générale adjointe du Crédit agricole (2007-2010), puis directrice adjointe au cabinet du Premier ministre François Fillon (2010-2012), pour lequel elle coordonne notamment les dossiers financiers et fiscaux. Nommée inspectrice générale des finances, elle revient ensuite dans le secteur bancaire, comme directrice générale de la Fédération bancaire française, le lobby des banques, et membre du conseil exécutif du Medef, à partir de 2014. Il y a aussi Alain Cadiou. Ancien responsable de cellule fiscale du cabinet du ministre de l’Économie, il est devenu, après onze années passées à la banque Hervet, secrétaire général de Tracfin (2000-2002), avant de finir sa carrière deux ans plus tard à HSBC.

Autre parcours emblématique, où poste public et carrière privée se mélangent intimement : celui d’Anne-Gabrielle Heilbronner (52 ans). Après un passage à la direction du Trésor – avec le pilotage d’une petite privatisation, celle du Crédit foncier –, elle rejoint en 2003 le groupe Euris, la société d’investissement de Jean-Charles Naouri, PDG du groupe Casino. Puis elle revient au ministère de l’Économie et des Finances – le ministre est alors Nicolas Sarkozy –, conseille Éric Woerth (réforme de l’État) puis Philippe Douste-Blazy (Quai d’Orsay), intègre la direction de la SNCF avant de revenir dans le privé au sein du groupe Publicis, poids lourd de la publicité et de la communication, après un rapide passage à la Société générale.

Un ancien banquier nommé gendarme de la Bourse

François Pérol, associé-gérant de la banque Rothschild en 2005, est nommé secrétaire général adjoint de l’Élysée, en 2007. Auprès de Nicolas Sarkozy, il est en charge des affaires économiques. Puis est promu en 2009 patron du groupe Banque populaire - Caisses d’épargne (BPCE). Quant à Jean-Pierre Jouyet, directeur du Trésor de 2000 à 2004, ministre de Nicolas Sarkozy en 2007 et 2008, il est ensuite nommé président de l’Autorité des marchés financiers, le gendarme de la Bourse. Secrétaire général du président François Hollande entre 2014 et 2017, puis ambassadeur au Royaume-Uni ou à l’OCDE, il a depuis rejoint le cabinet de lobbying Lysios ainsi que le conseil d’administration de l’assureur mutualiste Covéa.

L’État prévoit-il d’encadrer les pantouflages les plus problématiques, voire de les sanctionner ? La commission de déontologie de la fonction publique s’occupait des saisines concernant d’éventuels conflits d’intérêt et de prise illégale d’intérêt d’agents publics partant vers le secteur privé ou le « secteur public concurrentiel ». C’est donc elle qui surveillait, assez vainement, le pantouflage jusqu’à son dernier rapport, en 2018. Ses maigres moyens (six agents permanents) ont depuis été transférés à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Celle-ci a pour mission de « promouvoir la probité et l’exemplarité des responsables publics », en vérifiant notamment les déclarations de patrimoine des élus. Ses 53 agents ont désormais l’immense tâche de vérifier la probité non seulement des élus de la nation mais le contrôle déontologique des cinq millions de fonctionnaires « dans le cadre d’une mobilité public/privé ». Malgré la disparition éventuelle de l’ENA, la connivence entre l’État, la finance et de gros intérêts privés, risque donc d’avoir encore de beau jour devant elle.

Pour en savoir plus sur ces très hauts fonctionnaires qui émargent dans le secteur bancaire, n’hésitez pas à relire notre enquête, ou à consulter notre base de données actualisée. « Compléments d’enquête », le magazine télé d’investigation, s’en est inspiré pour produire l’émission diffusée ce jeudi 3 juin, à 22 h 55, sur France 2.

Agnès Rousseaux