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Barbara Stiegler, déconfiner l’esprit de la recherche
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Barbara Stiegler, déconfiner l'esprit de la recherche (franceculture.fr)
Tracts, le podcast |"Comme tout le monde, je me suis retrouvée confinée avec une parole qui, mécaniquement, se trouvait confisquée" confie Barbara Stiegler, revenant sur la gestion politique de la pandémie. Comment faire entendre une diversité de voix sur les questions de santé ? Dans cette tribune, la philosophe appelle au respect de la discussion scientifique et à la circulation de "l'esprit de l'université", estimant que le sort de la démocratie dépend de la capacité du monde académique à se faire entendre dans les débats politiques.

Barbara Stiegler• Crédits : Crédits : F. Mantovani - Editions Gallimard
Ce que nous vivons depuis maintenant deux ans n'est pas une pandémie, mais bien plutôt une "syndémie". Voilà le constat que fait Barbara Stiegler dans De la démocratie en pandémie. Santé, recherche, éducation (Tracts, Gallimard), auquel sont associés une quinzaine de chercheurs, soignants et enseignants. Autrement dit, le Covid-19 est certes une épidémie à diffusion mondiale, mais elle ne nous touche pas tous de la même façon. En prospérant sur "des terrains sanitaires dégradés par les conditions de vie, le vieillissement et les pathologies chroniques" explique la professeure de philosophie politique à l'Université de Bordeaux en s'appuyant sur un article publié dans la revue scientifique The Lancet, cette maladie révèle à quel point les inégalités sociales et environnementales ont un impact sur la santé.
Alors que les pouvoirs publics étaient alertés de la multiplication des maladies émergentes, analyser l’épidémie comme un simple aléa naturel témoigne d’une ignorance délibérée des causes environnementales. Beaucoup d’entre eux ont pourtant décidé de ne rien en dire, nous préparant à nous adapter sans protester à un monde nouveau, dans lequel nous serions régulièrement appelés à vivre masqués, confinés et survaccinés jusqu’à la fin des temps. Barbara Stiegler
Or, dans de nombreux pays dont la France, les pouvoirs publics n'ont pas pris en compte ces distinctions dans leur politique de santé publique estime Barbara Stiegler. "On a décrété que la maladie était une pandémie au sens de notre imaginaire, c'est-à-dire qu'on était tous à égalité. Donc on a été tous enfermés, tous sous couvre-feu, tous sous pass sanitaire", avec un seul ennemi intérieur : le virus. Pour la philosophe, l'adoption de ces procédures rythmée par une rhétorique martiale a mené à l'édification d'un monde binaire opposant les "progressistes", soucieux de la vie et de la santé "quoi qu'il en coûte", et les "populistes", accusés de nier le virus et de verser dans le complotisme. Résultat : une impossibilité de discuter, d'accepter les dissensus pourtant essentiels à la vie démocratique et la vitalité de la science et de la recherche.
Que faire ? Dans cette tribune, la philosophe appelle à la "reconstruction de nos institutions d'éducation et de recherche, nos laboratoires" et à la circulation de "l'esprit de l'université, l'esprit de la recherche, l'esprit du respect de la discussion scientifique, partout où il y a du savoir".




