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"Affaires sensibles". L’incident du Blayais rappelle qu’en France, 20 ans après, un accident nucléaire est possible
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Quand une centrale nucléaire française frôlait la catastrophe : c'était en 1999, quinze ans après Tchernobyl, douze ans avant Fukushima. Un soir de très forte tempête, la centrale du Blayais, l’un des fleurons du parc nucléaire français, s’est retrouvé… les pieds dans l’eau. Aujourd'hui, alors qu'une partie de ce parc arrive à l'âge de 40 ans, le vieillissement des installations ajoute aux inquiétudes quant à leur sécurité. Un extrait du magazine "Affaires sensibles", coproduit par France Télévisions, France Inter et l’INA d'après l'émission originale de France Inter.
C'était en décembre 1999, pendant les fêtes de fin d'année : en pleine "tempête du siècle", la centrale nucléaire du Blayais, construite au bord de la Gironde, s'est retrouvée les pieds dans l'eau. Passant par-dessus une digue construite trop bas, l'eau du fleuve avait submergé la plate-forme de la centrale et noyé ses systèmes de secours. L'inondation aurait pu conduire au pire : la fusion du cœur d'un réacteur, avec des conséquences dramatiques.
Vingt ans après une nuit de frayeur pour les personnels en poste au Blayais, quelles mesures ont été prises pour renforcer la sécurité des installations ? Il aura fallu attendre 2011 et la catastrophe de Fukushima pour que la protection contre les inondations soit réévaluée sur toutes les centrales françaises. Au Blayais, la digue de protection a été rehaussée à près de 9 mètres, soit presque le double de celle de 1999. Des moteurs diesel dits "d'ultime secours" ont été ajoutés. Mais la route menant à la centrale, qui avait empêché l'accès de personnels de renfort pendant une partie de la nuit du 27 au 28 décembre, reste toujours inondable...
"Les centrales nucléaires vieillissent et, avec ce vieillissement, on peut penser qu'un jour ou l'autre il y aura un accident, comme à Tchernobyl ou à Fukushima."
Michel Duchène, adjoint au maire de Bordeaux (1989-2020)dans "Affaires sensibles"
Aujourd'hui, la centrale du Blayais, comme la plupart des centrales nucléaires françaises, a 40 ans. L'âge auquel elle était censée fermer... C'était sans compter un amendement déposé en 2016, lors du vote de la loi sur la transition énergétique. Porté par Philippe Plisson, alors député de la Gironde, il permet de prolonger la vie des centrales jusqu'à 50, voire 60 ans.
La vie des centrales prolongée jusqu'à 50, voire 60 ans par un amendement
Cet ancien militant antinucléaire ne regrette pas sa "conversion", mais reconnaît un choix "compliqué avec, grosso modo, 3 000 personnes qui travaillent à la centrale". L'élu se dit "persuadé" que "la plupart des gens sont plutôt favorables" à cette centrale qui "a sorti ce territoire, économiquement, de l'ornière".
Aujourd'hui, la question du nucléaire continue à diviser – les scientifiques comme les politiques – et le vieillissement des installations n'est pas fait pour rassurer. A EDF, par la voix de Christian Semperes, ingénieur et chef d'exploitation, on se dit confiant en "nos centrales, aujourd'hui (...) plus sûres qu'hier et moins sûres que demain". Certains experts sont pourtant beaucoup moins optimistes. C'est le cas d'un physicien nucléaire du CNRS, reconnu comme une sommité dans ce domaine. Raymond Sené expose sa vision de la situation au moyen d'un exemple simple, mais parlant : "Vous prenez un trombone, vous l'ouvrez, vous le pliez, et vous savez qu'au bout de cinq, six fois, il va casser. Donc il ne faut pas le manœuvrer plus de cinq, six fois. Or actuellement, on en est au stade où on a toute une série de composants qui sont en limite de durée de vie de construction. Et ça cassera un jour…"
Extrait de "'Tcherno-Blaye' : Le scénario d’un Tchernobyl français ?", un document de Richard Puech, Grégory Roudier et Damien Pasinetti à voir dans "Affaires sensibles" le 1er novembre 2021.




