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Dans la peau d’une révolutionnaire : "Laissez-moi vous rejoindre" d’Amina Damerdji
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Dans la peau d’une révolutionnaire : « Laissez-moi vous rejoindre » d’Amina Damerdji – Le Comptoir
L’écrivaine Amina Damerdji nous fait vivre dans son premier roman « Laissez-moi vous rejoindre » (Gallimard, 2021) les frémissements de la Révolution cubaine à travers le personnage d’Haydée Santamaría, l’une des compagnonnes de la première heure de Fidel Castro.
Lorsqu’elle entend le nom d’Haydée Santamaría, Amina Damerdji éprouve le désir immédiat de lever le voile qui couvre cette femme et ses mystères : la rareté de la documentation à son sujet ; son suicide…En longeant les murs de Cuba, son visage n’apparaît nulle part. Ni aux côtés de Fidel Castro, ni d’Ernesto Guevara, ni de José Martí, le héros de l’indépendance. Pourtant, Haydée, héroïne du premier roman d’Amina Damerdji Laissez-moi vous rejoindre, est l’une des pionnières de la Révolution. Avec Fidel, son frère Abel Santamaría et une centaine de jeunes révoltés par la dictature de Fulgencio Batista, elle participe à l’attaque de la caserne de la Moncada à Santiago. C’est encore elle qui rassemble les écrits de Fidel Castro, écrits au jus de citron dans sa prison. Puis elle entre au ministère de l’Education, participe à créer le parti communiste et fonde la Casa de las Américas, l’un des plus grands centres culturels cubains. En 1980, elle se tire une balle dans la tête.
Mais les anecdotes figées des discours politiques redondants d’Haydée ne satisfont pas Amina Damerdji. Tout commence pour elle lors d’une université d’été dans la partie orientale de Cuba, à Santiago. « Cette région est époustouflante tant par la nature de la Sierra Maestra que par son histoire. Le rapport à la révolte et à la rébellion y est très fort ». Pour rédiger son mémoire de recherche, elle rencontre de prestigieux écrivains cubains. Certains ont connu et fréquenté Haydée Santamaría à la Casa de las Américas. Plongée dans les archives numériques du centre, les transcriptions d’allocutions, les fascicules vendus en librairies à Cuba, les traces laissées par vidéo sur Internet, elle découvre et tente de mettre à nu cette femme énigmatique.
Récit d’engagement et roman psychologique
De là naît Laissez-moi vous rejoindre, à la fois récit d’un engagement et roman psychologique à la première personne qui a mené l’autrice de 34 ans à revêtir les habits révolutionnaires d’Haydée sur une séquence qui débute en 1951 et s’étend jusqu’au 26 juillet 1953, jour de l’attaque armée de la caserne de la Moncada. Deux années de vie parmi les plus importantes de celle d’Haydée.
« Amina Damerdji retrace ce que signifie être une femme cubaine avant la Révolution. »
Elles débutent à une époque faussement calme. Celle où un jeune cubain brandit fièrement des photos signées par Harry Truman (l’ancien président des Etats-Unis, ndlr), au nom de « l’amitié entre Cuba et les Etats-Unis ». Il irrite Haydée. Elle qui souhaite plus que tout l’indépendance de Cuba. Celle qui mettrait de la chair sur les côtes des vieux paysans qu’elle observe donner des coups de machette dans les cannes à sucre. Qui empêcherait les puissants propriétaires terriens de vendre leurs gigantesques champs à la United fruit company.
Le coup d’État de Batista vient mettre un coup d’arrêt net à l’engagement politique d’une simple étudiante qui organise des manifestations devant la faculté de La Havane. Soudain, les coups de matraque s’abattent sans retenue. La peur s’installe. Dans un premier temps, Haydée et ses amis tentent de la dompter à travers un journal qu’ils distribuent clandestinement. La « Révolution » n’est encore qu’un lointain spectre.
Dans l’intimité des révolutionnaires
Haydée inspire à Amina une prose poétique. « Je me suis mise à rêver sa voix, à imaginer qui pouvait être cette jeune femme. » Une prose si féconde qu’elle finit par épouser Haydée grâce à la première personne. À l’image de Marguerite Yourcenar dans Mémoires d’Hadrien, de Joyce Carol Oates dans Blonde, ou encore de Lola Lafon dans La petite communiste qui ne souriait jamais, Amina Damerdji s’empare du personnage d’Haydée. Elle donne de la matérialité aux lieux, aux visages, à la fatigue. À tout ce qui incarne un combat.
Laissez-moi vous rejoindre permet de voguer dans les pensées d’Haydée, loin de la représentation lointaine des livres d’histoires. On se lie à une femme simple. À une étudiante qui sort le soir avec ses amis, anime des débats à la fac, prépare à manger, cherche du travail, tombe amoureuse, éprouve de la jalousie, du dégoût, de la peur, du mépris. Au plus près des protagonistes de la Révolution, le lecteur est invité à partager leur intimité. Au fil des pages, le « je » pose une question : cette grande Révolution romantique était-elle finalement le fait de banals êtres plus disposés que d’autres à prendre des risques ?
Qui Haydée veut-elle rejoindre ?
Haydée est militante, amie, sœur. Dans Laissez-moi vous rejoindre, elle n’est pas cette femme au corps pulpeux, cette héroïne modelée et mise sous le feu des projecteurs grâce à sa volupté, son charisme. « Je connais peu ce genre d’héroïnes dans la littérature. Elle n’est pas montrée grâce à son corps glorieux », selon les dires d’Amina Damerdji. Haydée économise de l’argent pour acheter des armes avec ses compagnons. Elle maigrit, pendant que sa mère rêve d’une fille replète, mariée avec des enfants.
Dans son livre, Amina Damerdji retrace ce que signifie être une femme cubaine avant la Révolution. La création d’un journal ? Grotesque. Un avortement secret ? Une abomination. Une agression sexuelle par des marines américains ? Banal. La femme révolutionnaire reste une femme. D’ailleurs, juste avant l’attaque de la Moncada, Amina Damerdji présume avec intelligence qu’Abel aurait demandé à Haydée de rester à l’appartement pour accueillir les blessés. Pas question ! Elle aussi peut combattre.
Le choix du titre est aussi habile qu’intrigant. Qui Haydée désire-t-elle tant rejoindre ? Les Cubains exilés, auxquels Amina Damerdji fait si souvent référence dans son ouvrage ? Les hommes de la Révolution, qui étaient aussi les hommes de la vie d’Haydée ? Son ancien fiancé Boris, son frère Abel, fusillés après cette soirée fondatrice du 26 juillet 1953 ? On ne le saura pas. On se sent tout-de-même plus proche d’elle. Mais le secret persiste.
Maïlys Khider
Nos Desserts :
- Pour trouver le livre chez votre libraire
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- Dans les archives du Monde « Mme Haydee Santamaria réaffirme le droit à la libre critique des jurys littéraires »





