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Pouvoir d’achat : "Et si l’on rétablissait l’indexation des salaires sur les prix ?"
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Pouvoir d’achat : "Et si l’on rétablissait l’indexation des salaires sur les prix ?" (marianne.net)
Dans une tribune, Liêm Hoang-Ngoc, maître de conférences à l’Université de Paris 1 et ancien eurodéputé, estime que l'indexation des salaires sur les prix est la seule solution pour que l'inflation soit indolore pour les Français.

Le pouvoir d’achat est la principale préoccupation des Français. L’indemnité inflation de 100 euros et le plafonnement du prix de l’électricité ne suffiront pas à le préserver, tant la hausse du prix de l’énergie et des autres matières premières est en passe d’être répercutée par toutes les entreprises sur le prix de vente de leurs produits. Dans ces conditions, l’indexation des salaires sur les prix est le minimum requis pour enrayer l’érosion du pouvoir d’achat des ménages.
Plusieurs leçons peuvent être tirées du dernier épisode inflationniste des années 1970. Le choc actuel s’apparente en effet au choc pétrolier de l’époque. Les entreprises avaient, comme aujourd’hui, répercuté sur leurs prix la hausse du prix du pétrole. Mais, à la différence de la situation actuelle, elles avaient dû, de surcroît, affronter un choc salarial. Les syndicats, en position de force dans une économie alors en plein-emploi, parvenaient à obtenir plus que l’indexation des salaires sur les prix. La boucle prix-salaire était enclenchée, se soldant par une forte détérioration du taux de marge des entreprises.
Contrairement à l’analyse faite par les banquiers centraux de l’époque, cette inflation « par les coûts » n’a pas été créée par un excès de création monétaire. Sous l’emprise des idées monétaristes de Milton Friedman, les banques centrales resserrèrent à tort leur politique monétaire, provoquant une récession mondiale en 1982.
À la lumière de cette leçon de politique monétaire, la BCE, la Banque centrale européenne, est actuellement bien inspirée de ne pas relever ses taux d’intérêt. Elle considère avec raison que le choc lié à la crise sanitaire est temporaire, d’autant plus que le retour de la boucle prix-salaire n’est pas en vue, tant la persistance du chômage de masse a affaibli le pouvoir de négociation des syndicats. Malgré la reprise, la France est encore loin du plein-emploi. Hormis quelques branches en tension, les résultats de la négociation annuelle obligatoire indiquent que les syndicats n’obtiennent que des augmentations modérées, inférieures à l’inflation.
À l’issue de quatre décennies de « modération salariale » et de baisses de « charges », la santé des entreprises françaises est loin d’être précaire. Elle fut récemment dopée par le CICE, la baisse des impôts de production et le « quoiqu’il en coûte ». Le taux de marge (mesurant la part des profits dans la valeur ajoutée), qui s’est stabilisé depuis 30 ans à un niveau élevé (32 % contre 25 % en 1982), vient de dépasser en 2021 la barre historique des 35 %.
En haut de la cordée, les profits des entreprises du CAC 40 ont atteint le niveau inégalé de 137 milliards. La politique de l’offre, censée rétablir la compétitivité des entreprises, n’a cependant pas porté ses fruits. La désindustrialisation s’est poursuivie et la balance commerciale « hors énergie » est devenue chroniquement déficitaire. Cette politique a surtout permis d’accroître la rémunération des actionnaires, qui viennent en 2021 de percevoir près de 70 milliards de dividendes et de rachats d’actions. Comme la propension à épargner des hauts revenus est forte, l’arrosage ne « ruisselle » pas et accentue année après année les inégalités de patrimoine.
Cette répartition inégalitaire des richesses – créées par le travail, faut-il le rappeler ? – est devenue économiquement contreproductive et socialement explosive. Un nouveau divorce entre les salaires et les prix accentuerait cette déformation du partage des revenus. Rappelons que lors du tournant de la rigueur de 1983, la désindexation des salaires sur les prix avait abaissé de 7 points la part des salaires dans la valeur ajoutée en l’espace de cinq ans.
Pour rétablir (au moins) l’indexation des salaires sur les prix, l’État peut étendre à l’ensemble des branches les accords de branche conclus favorablement dans la direction voulue. Il peut donner l’exemple dans ses administrations et dans les entreprises qu’il contrôle encore. Il peut également convoquer une négociation interprofessionnelle, du type de celle qu’il a organisé rue de Grenelle en 1968, et proposer aux acteurs de la démocratie sociale une nouvelle clé de répartition des revenus.
Cette négociation pourrait s’inspirer d’une deuxième leçon des années 70, traitant de la politique salariale. À l’époque, les pays qui avaient le mieux absorbé le choc pétrolier étaient les pays nordiques, où la négociation sociale, menée sous l’égide de l’État entre organisations syndicales et patronales, avait accouché d’un compromis original grâce auquel, dans toute l’économie, les augmentations de salaires avaient été indexées, ni plus, ni moins, sur l’évolution des prix et de productivité du secteur concurrentiel. Cette règle permettait d’assurer des gains de pouvoir d’achat réguliers aux salariés, sans détériorer les marges des entreprises exposées à la concurrence internationale. L’État et la banque centrale pouvaient dès lors maintenir le plein-emploi par des politiques volontaristes s’avérant faiblement inflationnistes.
L’État, le MEDEF et les syndicats gagneraient à s’inspirer de cette leçon s’ils veulent faire montre de l’utilité des corps intermédiaires à traiter positivement la demande sociale. À défaut, la défiance grandissante de la population à l’endroit des institutions et l’antiparlementarisme galopant pourraient avoir rapidement raison de la démocratie politique et sociale.




