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"Tout est fait pour invisibiliser Anasse" - Frédéric Lordon apporte son soutien à Anasse Kazib
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Ce jeudi 3 mars, plusieurs centaines de personnes étaient présentes pour soutenir Anasse Kazib, convoqué par la police après un rassemblement à La Sorbonne contre les intimidations de l'extrême droite à son encontre. A cette occasion Frédéric Lordon a apporté son soutien au cheminot candidat à la présidentielle. Nous reproduisons ici son intervention.

Le préfet de police, en plus d’être un misérable, ne serait-il pas également un peu débile ? On se pose la question… Dans un paysage d’ensemble où tout est fait pour invisibiliser Anasse, une convocation au commissariat d’un candidat déclaré, disposant de plusieurs centaines de parrainages, est certainement une riche idée… On aurait spontanément imaginé que dans ces têtes de pouvoir il se serait trouvé un Machiavel de chef-lieu de canton pour se dire à propos d’Anasse : « Celui-là va sans doute piquer des voix à Mélenchon ; on devrait se le dorloter » L’idée aurait été idiote mais elle aurait au moins eu pour elle un semblant de rationalité. Même pas. Il y a moins de cases que ça dans une tête préfectorale.
Cependant il ne faut pas se moquer : les deux cases sont très opérationnelles. Il y a la case de l’ordre social ; et il y a la case de tout ce qui n’est pas d’accord avec l’ordre social. Avec ces deux cases-là, un préfet pense qu’il y voit très bien. Donc il voit 1) Anasse, 2) devant la Sorbonne (un haut lieu de l’ordre symbolique), 3) sans ses papiers de déclaration tamponnés. Certes ça fait trois choses. Mais un préfet d’élite est capable de les faire entrer dans ses deux cases. Ce qu’il fait aussitôt. Et voilà pourquoi nous sommes ici aujourd’hui.
La riche idée de convoquer Anasse, outre de le sortir de l’invisibilité, c’est de nous aider à rappeler que, oui, il y a la guerre, mais que pendant ce temps il y a aussi une supposée campagne en cours.
Pendant ce temps, le démolisseur en chef n’a plus à s’expliquer sur rien. Pendant ce temps, celui qui a détruit le droit du travail, l’assurance-chômage, la justice et l’hôpital, contemple avec tranquillité les cinq années qui viennent à s’occuper de l’école, de l’université, des retraites et d’à peu près toute la fonction publique.
Pendant ce temps, le 250ème rapport du GIEC déboule et nous laisse de moins en moins de chances.
Pendant ce temps, nucléaire, glyphosate et néonicotinoïdes.
Pendant ce temps, Bure, et les bassines.
Pendant ce temps, par ce qu’il y a aussi le fond du fond du misérable, on profite du fracas des bombes, quand tout le monde est saisi d’angoisse et regarde ailleurs, pour évacuer un cinéma de quartier, la Clef, c’est à deux pas d’ici, où des personnes essayaient de faire vivre autre chose. Mais « autre chose », c’est la hantise du préfet.
La Rochefoucauld disait que l’hypocrisie est l’hommage que le vice rend à la vertu. Il semble qu’on puisse en dire autant de la bêtise policière. En faisant convoquer Anasse, le préfet lui rend l’hommage paradoxal qu’un ordre social dégoûtant reconnaît à ses plus résolus contestataires – ainsi fonctionnent les deux cases préfectorales.
En l’occurrence, elles ne se sont pas trompées. Entre Anasse et l’ordre social capitaliste, ça n’a jamais très bien collé. Ça manque de chaleur. Qu’une personne soit ainsi prise en grippe par toutes les institutions de cet ordre social, c’est à coup sûr l’indication de sa très bonne santé politique.
Anasse n’est pas aimé des sondeurs.
Anasse n’est pas aimé des médias.
Annasse n’est pas aimé des banques – énorme surprise.
Anasse n’est pas aimé de la police.
Et nous, c’est pour ça que nous aimons beaucoup Anasse.




