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Turquie : menaces d’invasion et fuite en avant nationaliste
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, le gouvernement d’Ankara a multiplié les actions sur la scène politique étrangère et les menaces contre le nord-est de la Syrie. Une tentative de masquer les problèmes intérieurs et gagner en popularité à une année d’élections cruciales en Turquie.

Dans le cadre de l’invasion russe, la Turquie cherche à tirer profit de sa position de médiateur de premier plan. Elle arrive à ne pas s’aliéner Moscou, tout en fournissant des drones à Kiev. Elle souhaite réparer ses relations avec ses alliés occidentaux, en premier lieu desquels Washington, tout en faisant monter les enchères sur plusieurs dossiers de politiques étrangère.
Ankara a notamment attisé les tensions avec la Grèce en mer Égée et multiplié les objections à l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’Otan, sous le prétexte qu’elles hébergent des membres du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et leurs alliés, considérés comme des « terroristes » par la Turquie.
Depuis la fin mai 2022, le gouvernement d’Ankara menace surtout de lancer une nouvelle opération militaire dans le nord de la Syrie. Erdogan a déclaré dans l’optique de cette nouvelle offensive militaire qu’« il faut finir ce qui a été commencé ». À savoir prolonger la « zone de sécurité » large de trente kilomètres conquise par l’armée turque et ses supplétifs syriens au fil des précédentes interventions (2016, 2018, 2019). Une offensive militaire est déjà en cours depuis mi-avril dans le nord de l’Irak pour les mêmes raisons.
Objectif : les élections 2023
Dans ce contexte, les relents nationalistes d’Ankara et la menace d’une nouvelle opération militaire en Syrie lui permet de se positionner en leader rassembleur et de raviver le sentiment nationaliste de l’électorat. Une carte déjà brandie par le passé, notamment lors des incursions précédentes menées dans le nord de la Syrie.
Redoublant d’efforts pour renforcer sa base de droite nationaliste et conservatrice, Erdogan a par exemple banni le mois dernier une dizaine de concerts de chanteurs kurdes prévus dans le pays. L’opposition à la cause kurde est généralement partagée par les autres principaux partis turcs. En février dernier, six partis politiques d’opposition, parmi lesquels le Parti républicain du peuple (CHP), ont constitué une alliance électorale en vue du prochain scrutin. Ils ont décidé d’exclure le Parti démocratique des peuples (HDP), troisième formation du pays et largement soutenue par la population kurde. Le HDP est même accusé par le pouvoir d’être responsable de la crise économique et des profiteurs.
Nier la crise économique et éliminer ces adversaires
Le gouvernement turc est en effet en proie à une grogne populaire croissante. Il est accusé d’avoir vidé les caisses de la banque centrale à cause de politiques monétaires infructueuses et d’avoir plongé le pays dans une crise économique sans fin, aggravée par la pandémie du coronavirus et, plus récemment, par l’invasion de l’Ukraine. En mai dernier, le taux d’inflation annoncé par l’agence nationale des statistiques était estimé à 73,5 %, bien qu’un groupe d’économistes ait fait valoir qu’il se situerait en réalité au-dessus des 160 %.
Erdogan, au pouvoir depuis 2003, cherche à regagner en popularité en vue des des élections présidentielle et législatives prévues en juin 2023. Et pour cause, son Parti de la justice et du développement (AKP) a glissé pour la première fois sous la barre des 30 % des intentions de vote au mois de mai, contre 34,1 % à la même période il y a un an. Le président turc est lui-même concurrencé par trois figures encartées au CHP, principale formation d’opposition. Selon de multiples enquêtes d’opinion menées au cours des derniers mois, ils l’emporteraient tous sur Erdogan à la présidentielle si l’élection avait lieu maintenant.
En même temps, il n’hésite pas à faire usage de moyens autoritaires pour éliminer ses adversaires en intentant des procès à ses opposants afin de les mettre sur la touche. Cette stratégie a commencé avec l’incarcération en 2016 de Selahattin Demirtas, ex-coprésident du HDP, candidat contre Erdogan en 2014 et en 2018 depuis sa prison.
Solidarité avec les démocrates et progressistes en Turquie face à l’autoritarisme toujours continu du gouvernement d’Erdogan !
Article paru dans le n° 407 de solidaritéS (Suisse)




