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USA : portée de la décision réactionnaire de la Cour suprême
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

Il faut bien comprendre la portée de l’offensive de la Cour suprême modelée par Trump.
Bien entendu, il s’agit d’une attaque frontale contre le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes et donc contre le droit de tous et de toutes, d’une remise en cause d’acquis sociaux et démocratiques, ouvrant la voie – c’est explicite de la part de plusieurs juges de cette institution – à d’autres remises en cause se situant, dans un premier temps, dans la sphère dite des « mœurs », visant par exemple les homosexuels ; il s’agit en fait de la vie personnelle de tout un chacun. C’est donc gravissime.
Mais il y a plus. En s’arrogeant le droit, si l’on peut dire, de réduire la liste des droits fondamentaux, la Cour suprême US remet en cause la notion même de droits fondamentaux telle qu’elle a été historiquement instituée par les grandes révolutions démocratiques – la révolution anglaise de 1648 confirmée par l’Habeas corpus et le Bill of Rights en 1689, la révolution américaine de 1776 et sa déclaration d’indépendance, la révolution française de 1789-1793 et les Déclarations des droits de 1789 et de 1793, et la révolution haïtienne de 1794 avec le serment du bois Caïman et la constitution d’une nation par auto-émancipation des esclaves.
Elle la remet en cause pour deux raisons :
1°) en amorçant la réduction de la liste des droits fondamentaux, à ce jour améliorée et précisée par des ajouts (par exemple dans la Déclaration universelle de 1948) elle inverse le processus de création de droits,
2°) en relativisant la notion de droit au nom des “valeurs”, par définition subjectives, civilisationnelles, éventuellement religieuses, elle dynamite la catégorie de l’universalité des droits humains.
C’est la notion de l’universalité des droits, qui n’est pas une abstraction mais qui est un produit historique des luttes sociales, donc une construction à garantir en la poursuivant, qui est donc attaquée par les juges à plumes obscurantistes de la Cour suprême US (laquelle n’a d’ailleurs pas été instituée par Hamilton et le courant fédéraliste, c’est-à-dire étatiste et présidentialiste, en 1789, pour la garantie des droits mais pour celle de la constitution mixte des États-Unis, nuance).
Le précédent au processus régressif qui s’affirme là est le Patriot Act de 2001 qui suspendait l’Habeas corpus dans certains cas relevant de l’arbitraire du pouvoir présidentiel US.
Ainsi, la Cour suprême US, en engageant une croisade contre le droit des femmes, engage un combat contre le principe même des droits de l’Homme et l’universalité des droits et s’inscrit pleinement dans le champ de la relativité des droits, par ailleurs reprochée au courant “woke”.
On voit ici la régression impérialiste US du droit rejoindre l’idéologie des Poutine, Xi Jinping, Modi et des Frères musulmans pour qui les droits universels imprescriptibles sont une catégorie “occidentale”, « décadente » et attentatoire aux bonnes moeurs.
Le 25-06-2022.




